Les scissions supposées chez les Démocrates autour d’Israël sont très exagérées
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Les scissions supposées chez les Démocrates autour d’Israël sont très exagérées

L'article de Buzzfeed affirmant que les électeurs sont désabusés par la proximité de Netanyahu et Trump et la progression du mouvement BDS n'est pas fondé sur la réalité

Un Juif regarde les résultats de l'éction lors d'un événement organisé en faveur de la candidate démocrate et ancienne secrétaire d'état Hillary Clinton au  Jacob K. Javits Convention Center de New York, le 8 novembre 2016.  (Win McNamee/Getty Images/AFP)
Un Juif regarde les résultats de l'éction lors d'un événement organisé en faveur de la candidate démocrate et ancienne secrétaire d'état Hillary Clinton au Jacob K. Javits Convention Center de New York, le 8 novembre 2016. (Win McNamee/Getty Images/AFP)

JTA — L’article « Israël sera le grand sujet de débat de politique étrangère des primaires démocrates » du site Buzzfeed se répand comme une traînée de poudre.

Les Démocrates sont de plus en plus désabusés quand il s’agit d’Israël, telle est l’idée principale, déjà évoquée ailleurs, de l’article. Il invoque plusieurs raisons à cela : le manque de progrès et de nouvelles idées sur la question palestinienne, la fragile relation entre Benjamin Netanyahu et l’ancien président Barack Obama et l’adhésion de Netanyahu au nouveau président américain entre autres.

Son autre argument principal, plus réducteur — à savoir que le mouvement BDS progresse au sein des Démocrates et qu’il déchirera le parti lors de ses primaires pour l’élection de 2020 — semble plutôt reposer sur les vœux pieux de certaines des personnes interrogées (des sceptiques d’Israël qui veulent que le parti démocrate demande des comptes à l’État hébreu, un Républicain qui attend la même chose des Démocrates) que sur la réalité.

L’article contient quelques erreurs (la loi anti-BDS que la sénatrice démocrate de l’état de New York ne soutient plus n’est pas celle à laquelle les journalistes font référence), et certaines de ses conclusions ne présentent pas beaucoup d’arguments pour les justifier.

Des manifestants dénoncent Israël à New York, au mois de juin 2016 (Crédit : Erik McGregor/Pacific Press/LightRocket via Getty Images)

« Certaines des étoiles montantes du Parti démocrate considèrent Israël comme un état-voyou qui devrait être traité comme l’Afrique du Sud de l’ère apartheid » fait office de paragraphe d’introduction, illustré par deux noms : les représentantes au Congrès du Minnesota, Ilhan Omar, et du Michigan, Rashida Tlaib, qui soutiennent le mouvement BDS visant Israël.

Les auteurs enchaînent ensuite sur un résumé : « les questions au sujet d’Israël ne changeront pas : pensez-vous que Jérusalem est la capitale d’Israël ? L’ambassade américaine doit-elle se trouver à Jérusalem ? Les États-Unis doivent-ils aider financièrement Israël ? Les États-Unis doivent-ils soutenir le droit d’Israël à se défendre ? Mais si les candidats veulent remporter les votes des jeunes électeurs de gauche, ils pourraient se rendre compte qu’ils doivent donner des réponses différentes. »

Le « pourraient » de la dernière phrase s’avère très révélateur. Assurément, les sondages démontrent que les Démocrates soutiennent moins Israël qu’auparavant, mais je n’ai pas vu les chiffres, les auteurs n’en citant pas non plus, appuyant l’idée que le scepticisme à l’égard d’Israël sera un facteur déterminant des prochaines primaires pour beaucoup d’électeurs.

Une chose que l’on a pu observer lors de la quatrième semaine du shutdown du gouvernement américain, c’est l’efficacité et l’autorité de la présidente du groupe démocrate à la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, et de son homologue du Sénat, Chuck Schumer, qui sont parvenus à mettre leurs troupes au pas.

Le sénateur démocrate de New York et chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, prend la parole à la conférence politique de l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) à Washington, DC, le 5 mars 2018. (Crédit : AFP Photo/Nicholas Kamm)

Ce sont les mêmes qui s’étaient présentés en décembre à la conférence annuelle du Conseil israélo-américain penchant à droite et avaient assuré à la foule que leur soutien d’Israël ne bougerait pas d’un iota. Nancy Pelosi avait ensuite lâché une petite phrase, comme à son habitude, en référence à Tlaib et Omar : ne prêtez pas « attention aux quelques-uns qui voudraient suivre leur propre route », avait déclaré la parlementaire de Californie.

Il faut s’attendre au même point de vue de la part de la plupart si ce n’est de tous les candidats du camp démocrate : aucun n’a exprimé la moindre sympathie pour le mouvement BDS. Israël ou le Moyen-Orient ne se sont pas non plus invités dans leurs annonces de lancement de campagne.

Hillary Clinton et Bernie Sanders lors d’un débat dans le cadre des primaires démocrates le 13 octobre 2015 (Crédit : capture d’écran YouTube/CNN)

Comme le souligne Buzzfeed et d’autres, c’es Bernie Sanders qui a ouvert la voie aux critiques contre Israël au sein du parti, notamment lors d’un débat avec Hillary Clinton en 2016 dans le cadre des primaires.

Mais la réponse ferme de Clinton à Sanders laisse entendre que les partisans démocrates soutenant Israël sont bien ancrés dans le parti (Clinton ayant remporté l’élection démocrate).

De même, Sanders, lors de ce débat et tout au long de sa campagne, a soutenu sans équivoque l’existence d’Israël et son droit à un pays — « à
100 % » comme il a dit.

Oui, les pro-Israël auront beaucoup de travail s’ils veulent faire de la défense d’un État juif un sujet prioritaire chez les Démocrates, mais c’est un travail au long cours. Il ne faut pas s’attendre à des annonces spectaculaires en amont des élections présidentielles de 2020.

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