Les témoins comparaîtront au procès de Netanyahu en janvier
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Les témoins comparaîtront au procès de Netanyahu en janvier

Un avocat du Premier ministre avait demandé un report parce qu'il ne pouvait pas "interroger les témoins" portant le masque ; l'Affaire 4000 sera abordée en premier

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, portant un masque de protection, dans la salle d'audience du tribunal de district de Jérusalem, le 24 mai 2020, au début de son procès pour corruption. (Ronen Zvulun / POOL / AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, portant un masque de protection, dans la salle d'audience du tribunal de district de Jérusalem, le 24 mai 2020, au début de son procès pour corruption. (Ronen Zvulun / POOL / AFP)

Un magistrat a décidé, dimanche, que les témoins commenceraient à comparaître dans le procès pour corruption de Netanyahu au mois de janvier 2021, avec des audiences qui auront lieu trois fois par semaine.

Le procès de Netanyahu, qui est actuellement jugé pour pots-de-vin, fraude et abus de confiance a commencé au mois de mai devant la Cour de district de Jérusalem. Le Premier ministre n’était pas présent dimanche.

L’avocat du Premier ministre a demandé un report du procès en raison de la pandémie de coronavirus, citant la nécessité de porter le masque comme venant entraver le bon déroulement de la procédure.

« Je ne peux pas interroger des témoins lorsqu’ils se présentent devant nous en portant un masque », a estimé l’avocat Yossi Segev.

« Comment un contre-interrogatoire peut-il être mené si je porte un masque, si le témoin porte un masque et que le juge en porte un également ? », a-t-il interrogé.

L’avocat Yossi Segev arrive au tribunal de district de Tel-Aviv pour représenter le patron du crime Rico Shirazi, le 19 juin 2017. (Flash90)

Segev, qui a rejoint l’équipe de la défense du Premier ministre au début du mois, a ajouté que « je suis venu aujourd’hui absolument pas préparé. Je vous suggère de nous retrouver ici dans six mois, après le coronavirus. »

Le ministre de la Justice Avi Nissenkorn a promis vendredi dit qu’il n’y aurait aucune limitation sur les activités de la cour, même si un nouveau confinement total devait être réimposé. L’ouverture du procès de Netanyahu, prévu au mois de mars, avait été initialement reporté en raison des restrictions qui étaient venues réduire considérablement les activités des tribunaux au début de la pandémie.

Segev a également déclaré au tribunal qu’il n’avait obtenu un mandat en tant qu’avocat que pour l’audience de dimanche, « car le procureur-général n’a pas autorisé de financement extérieur. »

Le juge a alors riposté : « Je ne comprends pas. Vous êtes là aujourd’hui et ce ne sera peut-être pas le cas demain ? Mais où est donc [Amit] Hadad, qui était présent lors de l’audience précédente ? Il est impossible qu’il y ait quelqu’un de différent à chaque fois, il doit y avoir une représentation permanente. J’espère que vous ne serez pas remplacé avant la prochaine fois ».

Le début du procès du Premier ministre Benjamin Netanyahu au tribunal de Jérusalem. Le Premier ministre Netanyahu est poursuivi pour des accusations criminelles de corruption, fraude et abus de confiance, le 24 mai 2020. (Photo par Amit Shabi / Flash90)

La constitution de l’équipe assurant la défense de Netanyahu a été gênée par les refus répétés de la Commission des permis – une instance qui dépend du bureau du contrôleur de l’Etat – d’accéder à la demande du chef de gouvernement. Ainsi, au début du mois, la commission a encore une fois rejeté la possibilité que le Premier ministre puisse accepter des dons provenant de riches bienfaiteurs pour régler les frais induits par son procès, exigeant, de surcroît, que les fonds qu’il avait préalablement reçus soient remboursés.

Le Premier ministre est notamment mis en cause pour avoir accepté environ
200 000 dollars de cadeaux – sous la forme, entre autres, de cigares et de bouteilles de champagne – de la part de deux milliardaires, le magnat du cinéma hollywoodien Arnon Milchan et de l’Australien James Packer.

Il est aussi accusé d’avoir offert de prôner une législation qui aurait bénéficié à des personnalités éminentes des médias israéliens en échange d’une couverture plus positive de ses actions dans leurs journaux.

Netanyahu, pour sa part, n’a cessé de clamer son innocence.

Des Israéliens protestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant sa résidence officielle à Jérusalem, le 18 juillet 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Les procureurs ont demandé que les audiences débutent avec l’Affaire 4000, dans laquelle le Premier ministre est accusé d’avoir approuvé des initiatives régulatoires bénéficiant à l’actionnaire majoritaire de l’entreprise Bezeq en échange d’une couverture favorable de ses actions sur le site d’information Walla, propriété de la firme.

Dans ce dossier, qui est considéré comme le plus grave des trois, le Premier ministre a été mis en examen pour corruption, ainsi que pour fraude et abus de confiance.

Dimanche, l’équipe assurant la défense de Shaul Elovitch, actionnaire majoritaire de Bezeq – qui comparaît lui aussi devant les magistrats – s’est opposée à la présentation de l’Affaire 4000 en début de procédure, affirmant que c’était inopportun au vu du déroulement préalable de l’enquête.

Les avocats d’Elovitch – qui, contrairement à ceux de Netanyahu, étaient présents lors de l’audience – ont affirmé que les matériels de l’enquête ne leur avaient pas été fournis par les procureurs, et ils ont également remis en question les pressions exercées sur leur client pour que ce dernier accepte de devenir témoin de l’accusation.

« Dans cette affaire, il y a des événements super-spectaculaires, des centaines de milliers d’heures d’enregistrement et des douzaines de pages de compte-rendus – Je n’ai d’autres choix que de remonter à ces enregistrements pour les contrôler », a dit l’avocate Michal Rosen-Ozer.

« L’Affaire 4000 est la plus importante en termes d’ampleur des matériels qui sont bien plus nombreux que dans les deux autres dossiers. C’est elle qui compte aussi le nombre le plus élevé de témoins », a-t-elle continué. « Les procureurs ont tenté de nous dissimuler les matériels de l’enquête. Il est donc impossible de définir une date pour la présentation des éléments de preuve », a-t-elle poursuivi.

L’actionnaire majoritaire de Bezeq, Shaul Elovitch, quitte la cour de district de Jérusalem après une audience, le 19 juillet 2020 (Capture d’écran/Kan)

Le procureur Ben-Ari a riposté que « personne n’a dissimulé des éléments de l’enquête aux avocats de la défense, vous avez les enregistrements devant vous ».

Ben-Ari a ensuite répondu à une affirmation similaire émanant des avocats de Netanyahu, disant que « malheureusement, personne ne nous a contactés au nom de Netanyahu – et là, voilà que vous arrivez en vous plaignant ».

Dans l’affaire de pots-de-vin, Netanyahu est accusé d’avoir prôné des faveurs en termes de régulation au bénéfice d’Elovitch en échange d’une couverture médiatique positive de ses actions. Dans un autre dossier, il est accusé d’avoir tenté de conclure un accord de compromis avec Arnon Mozes, propriétaire du journal Yedioth Ahronoth, pour bénéficier, là aussi, d’une couverture favorable.

L’audience de dimanche est survenue dans le sillage de multiples mouvements de protestation anti-Netanyahu au cours desquels les manifestants ont réclamé sa démission au vu de son procès pour corruption.

Netanyahu a déclaré, pour sa part, être la victime d’un vaste complot dont l’objectif serait de l’écarter du pouvoir – un complot ourdi par l’opposition de gauche, les médias, la police et les procureurs de l’Etat. Il n’a cessé d’affirmer que les accusations à son encontre étaient dénuées de tout fondement.

A LIRE – Etat d’Israël vs. Netanyahu : détails de l’acte d’accusation du Premier ministre

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