El-Sayed et Vance se qualifient de « malfaisants » tout en adoptant les mêmes méthodes
Le vice-président républicain et le candidat démocrate au Sénat dans le Michigan rechignent tous deux à désavouer leurs partisans incendiaires
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

On peut affirmer, sans risque de se tromper, que JD Vance et Abdul El-Sayed ne s’apprécient guère.
Vance, le vice-président républicain des États-Unis, a récemment déclaré à propos d’El-Sayed, le candidat démocrate au Sénat américain dans le Michigan, qu’il y avait en lui « quelque chose de très, très malfaisant ». Ce dernier a répondu à Vance : « Le mal, c’est de diviser les gens pour son propre profit. Le mal, c’est de renoncer à ses principes moraux pour un peu de pouvoir. »
Mais ces deux hommes ont un point commun : ils sont tous deux amis avec des personnalités médiatiques extrêmement influentes, accusées d’antisémitisme.
Vance et El-Sayed ont abordé – ou plutôt tenté d’esquiver – ces polémiques de manière remarquablement similaire. Leurs réponses montrent à quelle vitesse le discours sur l’antisémitisme évolue aux États-Unis et mettent en évidence l’effondrement de la barrière de protection entre les politiciens et les extrémistes.
El-Sayed entretient des liens étroits avec Hasan Piker, le streamer d’extrême-gauche farouchement anti-Israël. El-Sayed a invité Piker à faire campagne pour lui dans le Michigan, où ce dernier a prononcé des discours en faveur de sa candidature. Les deux hommes ont fait la fête ensemble et ont été photographiés côte à côte.
Le mois dernier, Piker a affirmé que les Juifs « aggravaient l’antisémitisme » en liant leur identité à Israël, et a averti que quelqu’un « passerait à l’action » contre eux en conséquence. Des personnalités démocrates de premier plan ont condamné ce commentaire, le qualifiant d’antisémite.
El-Sayed a publié un communiqué dans lequel il se distançait de la remarque de Piker. Mais il n’a pas cité Piker nommément dans ce communiqué et a depuis rejeté à maintes reprises les appels lui demandant de désavouer son ami, auteur de multiples propos largement considérés comme antisémites, sans compter une litanie de déclarations virulentes contre l’État d’Israël. Il a affirmé que cette polémique n’avait rien à voir avec sa campagne pour le Sénat, sans toutefois reconnaître que Piker y jouait un rôle de premier plan.
« Nous sommes dans l’État du Michigan. Si vous voulez faire de cette campagne une affaire concernant un streamer californien, je pense simplement que vous passez à côté de l’essentiel », a-t-il répondu la semaine dernière à une question sur les propos de Piker.
Quelques jours plus tard, il a déclaré dans une autre interview que le simple fait d’exiger de désavouer des personnes était malsain et qu’il ne souhaitait pas couper les ponts avec Piker, car il voulait pouvoir s’adresser à son public, qui compte des millions de personnes.
« L’idée de désavouer catégoriquement une personne n’a aucun sens à mes yeux, étant donné qu’il y aura toujours des propos avec lesquels on est en profond désaccord », a-t-il déclaré, avant d’ajouter un instant plus tard : « Il y a 3 millions de personnes qui écoutent Hasan. Et je veux leur offrir un accès à un mouvement électoral. »
Tucker Carlson compte également des millions de téléspectateurs. Il a tenu une multitude de propos qualifiés d’antisémites, tout en accueillant dans son émission une série de négationnistes et d’antisémites pour des interviews complaisantes. Il est l’un des détracteurs les plus virulents d’Israël au sein de la droite.
Vance a qualifié Carlson d’ami. Carlson a poussé le président américain Donald Trump à choisir Vance comme colistier en 2024. Le fils de Carlson travaillait auparavant pour Vance.
Et tout comme El-Sayed sur Piker, Vance a refusé, à maintes reprises, de se dissocier de Carlson. Interrogé sur Carlson et d’autres podcasteurs lors d’une récente intervention à huis clos lors d’un rassemblement de la Republican Jewish Coalition (RJC), il a évité de mentionner le nom de Carlson.
Puis, lors d’une conférence de presse cette semaine, il a répondu directement à une question sur Carlson – en tenant des propos très similaires à ceux d’El-Sayed. Il est à noter que, lorsqu’il a énuméré les déclarations de Carlson avec lesquelles il était en désaccord, le vice-président n’a rien dit au sujet des Juifs ou d’Israël.
« Tucker est un ami », a-t-il déclaré.
« Tucker est un ami, même si nous ne sommes pas d’accord sur un certain nombre de points. Et je ne vais pas me prêter au jeu consistant à sacrifier mes amis simplement parce que j’ai des divergences politiques avec eux. »
Cela peut s’expliquer en partie par la « théorie du fer à cheval », selon laquelle les personnes situées aux extrêmes du spectre politique finissent par adopter des idées et une rhétorique similaires. Toutefois, El-Sayed et Vance démontrent qu’une norme fondamentale de la politique américaine, à savoir le rejet des extrémistes, s’érode.
En 2008, alors qu’il était candidat à la présidence, Barack H. Obama avait été contraint de prendre ses distances avec son pasteur, Jeremiah Wright, qui avait critiqué Israël, déclaré « Que Dieu maudisse l’Amérique » et affirmé que les États-Unis étaient eux-mêmes responsables des attentats du 11-Septembre. Cette prise de distance est intervenue après plusieurs semaines durant lesquelles Obama s’était écarté de la rhétorique de Wright, tout en s’efforçant de replacer ses propos dans leur contexte.
En 2016 et 2020, l’actuel président américain Trump s’est retrouvé à plusieurs reprises dans une situation délicate en raison de ses réticences à condamner le KKK, son ancien dirigeant David Duke et, plus tard, le groupe d’extrême-droite des Proud Boys. Les propos de Trump, qui mettaient sur un pied d’égalité les néonazis et leurs opposants lors du rassemblement d’extrême-droite de 2017 à Charlottesville, en Virginie, avaient poussé Biden à se présenter à la présidence et, finalement, à le battre.
Le phénomène consistant pour des personnalités politiques de premier plan à rejeter la rhétorique de leurs partisans extrémistes a même un nom dans le langage américain : le « Sister Souljah moment », du nom de l’épisode où Bill Clinton a désavoué une rappeuse et militante du même nom pour ses propos incendiaires en 1992.
Ces garde-fous semblent céder. Certes, l’idée selon laquelle la politique démocratique exige une grande ouverture et une tolérance à l’égard des opinions dérangeantes est largement partagée. Mais ces dernières décennies, l’antisémitisme était considéré comme strictement interdit aux États-Unis.
El-Sayed et Vance ont tous deux déclaré s’opposer à l’antisémitisme, et El-Sayed s’est récemment excusé pour une remarque jugée ambiguë à propos d’une attaque contre une synagogue l’an dernier. Toutefois, ils ont également fait preuve de réticence à se distancier de leurs partisans qui colportent une rhétorique extrémiste. L’an dernier, Vance a pris la défense d’un fonctionnaire qui avait démissionné après la révélation de ses propos racistes. Ce fonctionnaire a par la suite été réintégré.
Il est important de noter que Vance et El-Sayed ont tous deux une quarantaine d’années, sont nés à moins de trois mois d’intervalle et ont atteint leur majorité dans une culture politique nettement différente de celle de Bill Clinton, par exemple.
Leur refus de désavouer leurs partisans incendiaires intervient après plus d’une dizaine d’années durant lesquelles Trump a insulté ses adversaires et leur a attribué des surnoms dérisoires sur les réseaux sociaux. Cela survient également à un moment où les podcasteurs et les commentateurs de tous bords gagnent et fidélisent des auditeurs dans un paysage médiatique saturé en tenant des propos provocateurs et controversés, épisode après épisode.
À l’heure où Israël est au cœur du débat politique international depuis près de trois ans, une part importante de ces déclarations provocatrices vise l’État juif, voire les Juifs eux-mêmes. Vance et El-Sayed (ainsi que Piker, 35 ans) appartiennent à une tranche d’âge, celle des Américains de moins de 50 ans, qui, dans l’ensemble, a une opinion défavorable d’Israël. Carlson, 57 ans, n’est pas très éloigné de cette catégorie.
Et bien qu’El-Sayed et Piker, d’une part, et Vance et Carlson, d’autre part, se situent aux antipodes du spectre politique, on commence à observer des recoupements.
Dans un récent épisode de podcast, Carlson, figure de l’extrême-droite, a salué El-Sayed comme étant « littéralement trumpien » pour l’importance qu’il accorde aux préoccupations nationales américaines. Mais lorsqu’il a été question de l’adversaire républicain pro-Israël d’El-Sayed, Mike Rogers, son ton s’est durci.
« Je ne voterais pas pour Mike Rogers même sous la menace d’une arme », a ironisé Carlson.
« C’est essentiellement un pantin d’Israël et des agences de renseignement. Comment pourrait-on soutenir quelqu’un comme ça ? Ça n’a même pas de sens. »
... alors c’est le moment d'agir ! Le Times of Israël vous fournit chaque jour les informations qui vous intéressent. Qu'il s'agisse de la politique, de la high-tech en Israël, de l'enseignement de la Shoah, des Juifs de Diaspora ou bien encore de l'archéologie, de la culture et de l'environnement en Israël : nous tâchons toujours de couvrir un large spectre des sujets qui vous concernent, alors si vous le pouvez, aidez-nous à continuer à vous offrir ce contenu de qualité indispensable, surtout depuis le 7-Octobre.
la Communauté du Times of Israël !







