L’État hollandais présente ses excuses aux victimes de la Shoah – une première
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L’État hollandais présente ses excuses aux victimes de la Shoah – une première

102 000 Juifs néerlandais sur 140 000 ont été assassinés ; Mark Rutte estimait en 2012 qu'il n'y avait pas assez d'informations sur l'action du gouvernement à l'époque de la guerre

Le Premier ministre Mark Rutte et le maire Femke Halsema assistent à une marche silencieuse vers le monument "Auschwitz Never Again" lors de la Journée nationale du souvenir de l'Holocauste à Amsterdam, le 26 janvier 2020. (Crédit : ANP / AFP) / Netherlands OUT)
Le Premier ministre Mark Rutte et le maire Femke Halsema assistent à une marche silencieuse vers le monument "Auschwitz Never Again" lors de la Journée nationale du souvenir de l'Holocauste à Amsterdam, le 26 janvier 2020. (Crédit : ANP / AFP) / Netherlands OUT)

Le Premier ministre néerlandais a présenté dimanche pour la première fois des excuses au nom du gouvernement pour la persécution des Juifs aux Pays-Bas pendant la Seconde Guerre mondiale.

« Maintenant que les derniers survivants sont encore parmi nous, je présente aujourd’hui (dimanche) mes excuses au nom du gouvernement pour l’action des autorités à l’époque », a déclaré Mark Rutte.

Il s’exprimait lors d’un hommage national rendu aux victimes de la Shoah, à la veille du 75e anniversaire de la libération du camp d’extermination nazi d’Auschwitz par l’Armée rouge le 27 janvier 1945.

C’est la première fois que le gouvernement présente ses excuses pour la persécution des Juifs aux Pays-Bas et leur déportation massive vers les camps de la mort. Sur les 140 000 Juifs que comptait le pays, 102 000 ont été assassinés.

Une foule assiste à une marche silencieuse vers le monument « Auschwitz Never Again » lors de la Journée nationale du souvenir de l’Holocauste à Amsterdam, le 26 janvier 2020. (Crédit : ANP / AFP / Netherlands OUT)

« Je le fais en étant conscient qu’il est impossible de mettre des mots sur quelque chose d’aussi grand et horrible que l’Holocauste », a déclaré M. Rutte, coiffé d’une kippa bleue.

En 2012, des appels avaient été lancés, notamment par le dirigeant du Parti pour la liberté (PVV), le député d’extrême droite Geert Wilders, pour que le gouvernement présente des excuses pour le rôle de l’Etat néerlandais dans la persécution des Juifs sous l’occupation allemande.

La question avait été soulevée en 2012 par certains leaders politiques, mais M. Rutte, déjà Premier ministre, avait estimé qu’il n’y avait pas suffisamment d’informations sur l’action du gouvernement à l’époque, ni de « soutien assez large » pour justifier des excuses officielles.

Il répondait alors à quiconque qui remettait en cause son jugement que l’Etat néerlandais avait déjà reconnu certains manquements en 2000, lorsque le Premier ministre d’alors Wim Kok avait présenté des excuses pour « l’accueil glacial » réservé aux rescapés des camps à leur retour aux Pays-Bas, occupés par les Allemands de 1940 à 1945.

Et en 1995, la reine Beatrix des Pays-Bas avait déclaré lors d’un discours au Parlement d’Israël que les Néerlandais n’avaient pas suffisamment aidé leurs compatriotes juifs pendant la guerre.

« J’ai tout perdu pendant la guerre », déclare Zoni Weisz, dont les parents, les frères et les sœurs sont morts dans les camps. « Ils ne doivent pas être morts pour rien. À cet égard, il est important que des excuses soient faites. Et moi, je les ai acceptées », poursuit M. Weisz, 82 ans, cité par NOS. « Dommage que l’on ait dû attendre 75 ans », ajoute-t-il.

« Nos institutions gouvernementales n’ont pas agi en tant que gardiens de la justice et de la sécurité », a déclaré M. Rutte dimanche, ajoutant que « trop de fonctionnaires néerlandais avaient exécuté les ordres de l’occupant ».

« Les conséquences amères de l’élaboration de registres (de Juifs) et des expulsions n’ont pas été suffisamment reconnues, ni reconnues à temps », a poursuivi M. Rutte.

« Dans l’ensemble, c’était trop trop peu. Trop peu de protection. Trop peu d’aide. Trop peu de reconnaissance », a-t-il ajouté.

« 75 ans après Auschwitz, l’antisémitisme est toujours parmi nous. C’est précisément pourquoi nous devons pleinement reconnaître ce qui s’est passé à l’époque et le prononcer à haute voix », a-t-il encore déclaré.

Le Premier ministre Mark Rutte (g) et le secrétaire d’État Paul Blokhuis (Santé, Bien-être et Sport) ont déposé une couronne au monument Auschwitz Never Again lors de la Journée nationale du souvenir de l’Holocauste à Amsterdam, le 26 janvier 2020. (Crédit : ANP / AFP)

Le jour choisi par le gouvernement néerlandais pour reconnaître les « manquements » des autorités lors de la guerre est très symbolique, observe Frank van Vree, directeur de l’Institut néerlandais de documentation sur la guerre (NIOD).

« C’est un moment approprié », estime-t-il, cité par la télévision publique néerlandaise NOS.

« De premiers pas vers la présentation d’excuses ont déjà été faits dans le passé, je pense que ce n’est pas un hasard si c’est précisément lors de cette commémoration, 75 ans après Auschwitz, qu’elles sont prononcées », déclare-t-il.

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