L’histoire de la marche Dyke de Chicago m’a coûté mon emploi, dit une journaliste
Rechercher

L’histoire de la marche Dyke de Chicago m’a coûté mon emploi, dit une journaliste

Gretchen Hammond a tweeté qu'on lui avait 'volé' son poste après sa couverture de l'éjection par les organisatrices de trois femmes portant des drapeaux arc-en-ciel avec des étoiles juives

C'est Gretchen Rachel Hammond qui a la toute première rapporté que trois femmes juives qui portaient des drapeaux aux couleurs de l'arc en ciel arborant une étoile juive avaient été expulsées de la marche Dyke le 24 juin 2017 (Autorisation de Hammond)
C'est Gretchen Rachel Hammond qui a la toute première rapporté que trois femmes juives qui portaient des drapeaux aux couleurs de l'arc en ciel arborant une étoile juive avaient été expulsées de la marche Dyke le 24 juin 2017 (Autorisation de Hammond)

La journaliste qui a rapporté en premier l’information de l’expulsion de trois femmes juives de la marche Dyke de Chicago a tweeté qu’elle avait perdu son travail à cause de son article.

Dans un tweet publié lundi, Gretchen Hammond a écrit sur le compte Twitter de la marche Dyke que « vous m’avez attaquée, humiliée et vous [m’avez volé] mon travail ». Hammond a confirmé à JTA, le même jour, être l’auteur de ce tweet.

Hammond a expliqué qu’elle ne pouvait pas toutefois entrer dans les détails de son contenu, faisant part d’un accord passé avec son employeur, le Windy City Times.

Hammond, qui avait dans le passé gagné une distinction lorsqu’elle travaillait pour le journal de la communauté LGBT de Chicago, a été transférée au bureau des ventes après avoir été la première à faire état du fait que trois femmes juives, qui portaient des drapeaux aux couleurs de l’arc en ciel arborant une étoile juive, avaient été expulsées de la marche, le 24 juin.

Les femmes, ainsi que des organisations juives, ont accusé la marche Dyke d’antisémitisme.

Les organisateurs de la marche ont expliqué que les femmes avaient été sorties du cortège parce qu’elles portaient des drapeaux rappelant le drapeau israélien à un événement anti-sioniste et qu’elles ont « exprimé de manière répétée leur soutien au sionisme durant des conversations » avec les autres manifestants.

Le 28 juin, un organisateur de la marche a déclaré à Hammond dans un entretien qu’elle et le journal avaient « échoué dans leur mission journalistique ».

La marche Dyke a été fondée il y a plus de 20 ans en tant qu’alternative de gauche, centrée sur les femmes, à la Gay Pride annuelle de Chicago, que le site de la marche Dyke qualifie d' »entreprise dominée par les hommes blancs ». La marche se définit comme anti-raciste, non-violente et anti-sioniste. Cette année, elle a attiré environ 1 500 personnes.

Participants à la Gay Pride de San Francisco avec un drapeau arc-en-ciel orné d'une étoile de David, le 30 juin 2014. Illustration. (Crédit : Wikimedia Commons/via JTA)
Participants à la Gay Pride de San Francisco avec un drapeau arc-en-ciel orné d’une étoile de David, le 30 juin 2014. Illustration. (Crédit : Wikimedia Commons/via JTA)

Hammond, qui est juive, a indiqué à JTA que, suite à son article, elle avait reçu des douzaines de coups de téléphone anonymes menaçants. Elle a ajouté que l’un de ses interlocuteurs l’avait appelée « youpine » tandis que d’autres lui avaient dit qu’elle perdrait son travail ou qu’elle avait « trahi » la communauté LGBT.

« L’un d’entre eux m’a dit : ‘Je vais faire renvoyer ton c…l de p… », a raconté Hammond à JTA, évoquant les appels et les messages textos reçus. « C’était vicieux. Ce n’était pas une demande de dialogue. C’était ‘Tu nous a b…. . On va te b…’ Ils m’ont reproché le truc qui leur explosait à la figure ».

La marche Dyke a suscité les critiques pour avoir utilisé des insultes antisémites, tweetant le 13 juillet que « les larmes sionistes (‘Zio’ dans le texte anglais) reconstituent mes électrolytes ». Les suprématistes blancs, notamment l’ancien chef du Ku Klux Klan leader David Duke, utilisent ce terme de ‘Zio’ – dérivé du mot ‘Zionist’- comme insulte envers les Juifs.

Le 14 juillet, la marche Dyke a supprimé le tweet et présenté ses excuses, disant qu’elle ignorait « l’histoire violente du terme ».

Hammond a été transférée au bureau des ventes le 10 juillet et a fait savoir à JTA qu’elle cherchait un poste de journaliste ailleurs.

La responsable de la publication du Windy City Times, Tracy Baim, a confirmé la semaine dernière que Hammond avait changé de poste mais n’a pas fait davantage de commentaires. Concernant la couverture de la marche Dyke faite par le journal, Baim a indiqué que les rédacteurs « s’en tiennent au reportage de Gretchen et de nos autres journalistes sur cette histoire ».

Laurel Grauer, l’une des femmes éjectée du cortège, travaille pour l’organisation LGBT pro-israélienne A Wider Bridge. Elle a expliqué avoir apporté le drapeau à la marche depuis des années afin de célébrer son identité juive et homosexuelle.

Mais dans un communiqué paru le 27 juin, les organisateurs de la marche ont fait savoir que les femmes avaient été exclues « pour avoir exprimé des points de vue sionistes qui vont directement à l’encontre des valeurs fondamentales anti-racistes de la marche ». Le communiqué ajoutait que les femmes « perturbaient les slogans », ce que nie Grauer. Il qualifiait le sionisme « d’idéologie suprématiste blanche de façon inhérente ».

Grauer et Hammond ont toutes les deux précisé à JTA qu’elles s’étaient rendues à la marche les années passées sans incident. Hammond a expliqué que la marche, cette année, avait un goût de vitriol.

« Il y avait quelque chose de différent cette année, pour que cela se passe comme ça, pour ce genre de haine et de bile qui se sont dégagés d’eux », a dit Hammond. « Ils avaient choisi de diriger leur colère envers Israël mais ils l’ont fait d’une manière antisémite ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...