« L’hormone de l’amour » peut aussi entraîner de l’agressivité – Scientifiques
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« L’hormone de l’amour » peut aussi entraîner de l’agressivité – Scientifiques

Largement considérée comme l'ultime aphrodisiaque, l'oxytocine pourrait aussi être à l'origine de comportements moins aimables, selon une équipe de l'institut Weizmann

Un couple se dispute (Crédit : IStock via Getty Images)
Un couple se dispute (Crédit : IStock via Getty Images)

Des scientifiques israéliens ont déclaré avoir déterminé que ce qu’on appelle « l’hormone de l’amour » – qui intervient lors de l’orgasme – pourrait avoir un effet moins réjouissant : le renforcement de l’agressivité.

L’oxytocine, une hormone produite par le cerveau qui atteint un pic lors des premiers stades de la relation amoureuse, a entraîné tellement d’excitation au cours de la dernière décennie qu’au moins une étude publiée dans un journal a suggéré que l’oxytocine pouvait renforcer les relations amoureuses et aider lors des séances de conseil prénuptiales.

Et en effet, les sprays à l’oxytocine reconstituée s’arrachent sur internet, leurs vendeurs disant qu’ils améliorent la vie sexuelle et qu’ils dynamisent les relations amoureuses et les interactions sociales (même si de telles affirmations doivent raisonnablement être accompagnées d’une dose saine de scepticisme).

Certains professionnels de la médecine s’intéressent toutefois également à l’utilisation de l’hormone dans le traitement de diverses névroses et maladies psychiatriques – notamment dans le traitement de l’anxiété sociale et la schizophrénie. Elle pourrait être également exploitée chez les autistes.

Mais récemment, les scientifiques ont commencé à adopter une attitude plus circonspecte et, dans une nouvelle étude publiée dans le journal Neuron, les chercheurs de l’Institut Weizmann ont indiqué qu’ils avaient conclu que renforcer le taux d’oxytocine pouvait, finalement, faire plus de mal que de bien.

« Nous avons constaté que l’hormone est capable de stimuler des comportements que nous ne désirons pas stimuler par ailleurs, comme l’agressivité », commente Sergey Anpilov, qui a passé une semaine à observer 44 souris au cours d’une expérience sociale de type Big Brother dans laquelle les rongeurs rentraient en concurrence pour la nourriture. Toutes leurs interactions sociales avaient été filmées et analysées.

Cinq fois par jour, Anpilov et son équipe ont utilisé des dispositifs à fibre optique spéciaux, placés sur les crânes des souris, pour altérer le fonctionnement de leurs cerveaux.

En activant des neurones spécifiques, ils pouvaient dynamiser la délivrance d’oxytocine. Les rongeurs n’ayant pas reçu cette stimulation d’oxytocine ont conservé un comportement relativement constant, contrairement à ceux qui ont été stimulés.

L’hormone a d’abord joué le rôle attendu d’elle. « Les souris attaquaient moins après une stimulation du taux d’oxytocine », explique Anpilov au Times of Israel, ajoutant qu’elles interagissaient également davantage entre elles.

Mais l’effet constaté n’a pas été constant.

« Au premier jour, nous avons pu voir une augmentation des interactions sociales : Elles passaient plus de temps les unes avec les autres. Mais elles sont devenues plus agressives dès le deuxième jour », continue Anpilov.

Les souris se trouvaient dans des structures ressemblant à une petite maison, par groupes de quatre, avec des espaces pour jouer et interagir. Anpilov note que l’élément social est important, la recherche sur l’oxytocine, jusqu’à présent, n’ayant pas placé les souris dans des contextes sociaux intenses.

Les cellules responsables de la production de l’oxytocine dans le cerveau d’une souris (Autorisation : Institut Weizmann des Sciences)

Anpilov suggère dorénavant que l’oxytocine n’est pas une hormone nécessairement liée à l’amour, mais qui détermine plutôt une plus grande intensité des réactions face à une situation chez les êtres humains et chez les animaux – pour le meilleur ou pour le pire.

« L’oxytocine ne nous emmène pas dans une direction spécifique, la direction qu’elle prendra dépendra de la situation sociale », poursuit-il, soulignant que lorsque le taux d’oxytocine est stimulé, les signaux sociaux semblent « amplifiés ».

Anpilov explique que s’il faut faire d’autres recherches encore sur le sujet, l’étude pourrait avoir des ramifications pratiques, et particulièrement en ce qui concerne une remise en cause du bien-fondé de la délivrance d’oxytocine thérapeutique chez les êtres humains.

« Si on suppose que l’hormone a le même effet chez les êtres humains qu’elle peut avoir chez les souris et que nous l’utilisons pour des troubles sociaux, on pourrait, sans le vouloir, renforcer des comportements indésirables ».

Ou, dans des termes plus simples : « Ça pourrait nous retomber dessus ».

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