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Liban: sit-in de deux députés au Parlement pour réclamer l’élection d’un président

Malgré la crise socio-économique sans précédent, les députés restent empêtrés dans leurs divisions et ne parviennent pas à élire un successeur à Michel Aoun

Le parlement libanais à Beyrouth. Illustration. (Crédit : Heretiq/CC BY-SA 2.5/WikiCommons)
Le parlement libanais à Beyrouth. Illustration. (Crédit : Heretiq/CC BY-SA 2.5/WikiCommons)

Deux députés issus du mouvement de contestation ont poursuivi vendredi leur sit-in au Parlement pour réclamer l’élection d’un chef de l’Etat au Liban, sans président depuis près de trois mois et où la crise socio-économique s’aggrave.

Sur fond d’impasse politique totale, la monnaie nationale a franchi le seuil psychologique des 50 000 livres libanaises pour un dollar jeudi. Un instituteur du public touche désormais au mieux 200 dollars et un soldat environ 120 dollars.

Malgré la crise socio-économique sans précédent dans laquelle le pays est plongé depuis 2019, les députés restent empêtrés dans leurs divisions et ne parviennent pas à élire un successeur à Michel Aoun dont le mandat a expiré le 31 octobre.

A l’issue d’une onzième session du Parlement jeudi, qui a échoué comme les précédentes, l’écologiste Najat Saliba et l’ancien bâtonnier de Beyrouth Melhem Khalaf sont restés dans l’hémicycle, annonçant le début de leur sit-in.

« Nous avons dormi ici, et nous espérons que cette journée apportera un nouvel espoir pour le Liban », a affirmé la députée Saliba dans une vidéo postée vendredi sur les réseaux sociaux.

« Nous allons rester au Parlement et nous appelons les députés à assumer leurs responsabilités en élisant un président », a pour sa part déclaré le député Khalaf, joint au téléphone par l’AFP, l’accès au Parlement étant interdit aux journalistes.

Dans le noir

« Sans président, sans gouvernement et avec un Parlement impuissant, allons-nous laisser les Libanais se débattre dans les crises ? », s’est demandé le député.

Depuis le 1er novembre, le pays est dirigé par un gouvernement démissionnaire, chargé d’expédier les affaires courantes, alors que les institutions publiques sont en plein effondrement.

Plusieurs députés, pour la plupart également issus du mouvement de contestation de l’automne 2019 contre la classe dirigeante, se sont joints depuis jeudi soir aux deux parlementaires en signe de solidarité.

Ils ont posté des vidéos les montrant assis dans le noir dans l’hémicycle jeudi soir, s’éclairant à la lumière de leur téléphones portables.

L’Etat en faillite ne pouvant plus acheter de fioul, le courant électrique n’est plus assuré qu’une heure par jour environ, et les Libanais se rabattent sur les générateurs privés.

Les forces de sécurité libanaises et la presse se tenant à l’extérieur d’une succursale de la banque Crédit Libanais, bloquée par un déposant en colère qui réclame l’accès à ses économies, dans la banlieue sud de Beyrouth, à Haret Hreik, le 5 octobre 2022. (Crédit : Anwar Amro/AFP)

Des dizaines de militants se sont rassemblés vendredi après-midi aux abords du Parlement, au milieu d’un important déploiement des forces de sécurité, a constaté un photographe de l’AFP.

L’initiative des deux députés « ne va pas avoir d’impact », tempère l’analyste Michael Young, du centre Carnegie pour le Moyen-Orient.

« Ce qui pourrait mettre fin au blocage est un consensus régional qui encouragerait les parties locales » à se mettre d’accord à leur tour, explique-t-il, soulignant qu’au Liban, chaque partie a « un parrain régional ou un allié ».

Insécurité alimentaire

C’est dans cette optique que la France, dont le président Emmanuel Macron s’est mobilisé pour le Liban depuis l’été 2020, tente d’organiser une réunion regroupant les Etats-Unis et l’Arabie saoudite, grand acteur régional, selon des sources diplomatiques.

Le parlement est divisé entre le camp du puissant groupe terroriste pro-iranien, le Hezbollah, qui n’a pas de candidat déclaré, et celui de ses adversaires qui soutiennent Michel Moawad, fils de l’ancien président René Moawad assassiné en 1989.

Michel Moawad, député libanais et candidat à l’élection présidentielle, pose lors d’une séance de photos en studio dans son bureau à Baabda, à l’est de Beyrouth, la capitale du Liban, le 26 octobre 2022. (Crédit : Joseph EID / AFP)

Aucun des deux camps n’a de claire majorité. M. Moawad est considéré comme proche des Etats-Unis, et le Hezbollah s’oppose à sa candidature, appelant à trouver un candidat de compromis.

Dans ce contexte, l’élection d’un président pourrait prendre des mois, comme cela s’était produit lors de l’élection de Michel Aoun en 2016, après une vacance de 29 mois au sommet de l’Etat.

Une éventualité de nature à aggraver la crise économique. Selon une nouvelle étude du Programme alimentaire mondial, le tiers de la population du pays est désormais en situation d’insécurité alimentaire, soit 1,29 million de Libanais et 700 000 réfugiés syriens.

L’étude estime que la situation va se détériorer encore plus d’ici le mois d’avril, avec 2,26 millions de personnes qui se trouveront en situation de « crise » et auront besoin d’une assistance urgente.

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