Liberman : « La marche à Gaza, ce n’était pas Woodstock »
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Liberman : « La marche à Gaza, ce n’était pas Woodstock »

Le ministre de la Défense, qualifié "d'hypocrite" la demande d'enquête sur les événements à Gaza, a salué la "détermination et le professionnalisme" des soldats israéliens

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman dirige une réunion de son parti Yisrael Beytenu à la Knesset, le 12 mars 2018 (Miriam Alster / Flash90)
Le ministre de la Défense Avigdor Liberman dirige une réunion de son parti Yisrael Beytenu à la Knesset, le 12 mars 2018 (Miriam Alster / Flash90)

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman a critiqué samedi les responsables israéliens et internationaux qui ont demandé l’ouverture d’une enquête sur les violences qui ont éclaté vendredi le long de la frontière avec Gaza, au cours desquelles 16 Palestiniens auraient été tués, dont cinq combattants du Hamas, et 1 400 personnes auraient été blessées au cours de manifestations massives.

« Les soldats de l’armée israélienne ont repoussé l’aile militaire du Hamas avec détermination et professionnalisme et c’est très exactement ce que nous voulions qu’elle fasse », a écrit Liberman dans un tweet.

« Je soutiens pleinement les soldats parce que grâce à eux, nous avons passé notre repas de seder dans un état de confiance. Je ne comprends pas le choeur des hypocrites qui réclame une commission d’enquête. Ils se sont trompés et ils ont pensé que le Hamas organisait une fête de Woodstock et que nous allions offrir des fleurs aux marcheurs ».

Dans la matinée de samedi, la nouvelle cheffe du parti de gauche du Meretz, Tamar Zandberg, a vivement recommandé aux autorités israéliennes d’ouvrir une enquête sur ces violences. Elle a également laissé entendre que les militaires israéliens avaient peut-être paru trop désireux d’utiliser la force meurtrière.

Federica Mogherini, de l’Union européenne, a également demandé une « investigation indépendante et transparente » concernant l’usage de balles réelles par l’Etat juif.

La nouvelle présidente du parti Meretz, la députée Tamar Zandberg, a prononcé un discours de victoire au siège du parti à Tel Aviv, le 22 mars 2018 (Crédit : Autorisation)

Le bilan meurtrier et les séquences des événements retransmises sur les réseaux sociaux et ailleurs, notamment une vidéo diffusée par les médias Palestiniens montrant un jeune de 18 ans mourir sous les tirs alors qu’il fuit la barrière de sécurité, a dit Zandbrerg, « justifie l’ouverture d’une enquête indépendante par Israël, notamment une enquête sur les règles de l’engagement et l’état de préparation militaire et politique en vue de ces événements ».

« C’est le devoir d’Israël de savoir ce qu’il s’est passé là-bas et c’est également dans son intérêt de le savoir pour empêcher un nouveau round de violences. Nous ne devons pas permettre une politique de ‘gâchette heureuse’, qui entraîne la perte de vies innocentes », a-t-elle écrit sur les réseaux sociaux.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a demandé vendredi une « investigation indépendante et transparente » sur les affrontements meurtriers.

Des dizaines de milliers de Palestiniens ont marché vers la frontière de Gaza avec Israël vendredi à l’occasion de l’une des manifestations les plus importantes de mémoire récente, appelant les Palestiniens à pouvoir revenir sur les terres qu’avaient fui leurs ancêtres au cours de la guerre de l’Indépendance de 1948. Cette marche a été intitulée « la marche du retour ».

Le ministère de la Santé dirigé par le Hamas, à Gaza, a fait état de 16 morts et de 1 400 blessés du côté des Gazaouis, ce qui a fait de cette journée l’une des plus meurtrières depuis la guerre contre Gaza en 2014. Les soldats israéliens ont utilisé des balles réelles, des balles en caoutchouc et des gaz lacrymogènes pour empêcher des milliers d’habitants de l’enclave côtière de s’approcher de la barrière de sécurité.

Une photo prise le 30 mars 2018 montre les Palestiniens participer à une manifestation commémorant la Journée de la terre aux abords de la frontière avec Israël, à l’est de Gaza City. (Crédit : AFP/Mahmud Hams)

Le Hamas, un groupe terroriste qui s’est juré de détruire Israël, a reconnu samedi que cinq des membres de son aile militaire figuraient parmi les morts.

L’armée israélienne a précisé que les manifestants palestiniens avait lancé aux soldats des grenades incendiaires et des pierres, avaient jeté des pneus enflammés dans leur direction et qu’ils avaient tenté d’ouvrir des brèches ou d’endommager la clôture de sécurité. Lors d’un incident, les militaires auraient été pris pour cible à l’aide de balles réelles.

Le porte-parole de l’armée israélienne, le général de brigade Ronen Manelis, a expliqué samedi que les personnes qui ont été tuées s’étaient engagées dans des violences, ajoutant que les responsables du ministère de la Santé exagéraient le nombre de blessés et que plusieurs douzaines de personnes au plus avaient été touchés par des tirs à balles réelles, les autres ayant été affectées par des gaz lacrymogènes et autres moyens de dispersion.

Les Palestiniens transportent la dépouille de Hamdan Abu Amsha, qui aurait été tué par des tirs israéliens un jour auparavant durant une manifestation massive à la barrière de sécurité, à Beit Hanoun, dans le nord de la bande de Gaza, le 31 mars 2018 (Crédit : AFP/ MAHMUD HAMS)

Le porte-parole de l’armée israélienne Ronen Manelis a expliqué que l’armée a dû affronter une « manifestation terroriste violente en six points » le long de la clôture. Il a expliqué que l’armée israélienne avait fait usage de « tirs chirurgicaux » à chaque fois que des protestataires ont tenté de franchir la barrière de sécurité ou de l’endommager.

« Toutes les victimes étaient âgées de 18 à 30 ans, plusieurs d’entre elles étaient connues de nos services, et au moins deux étaient membres des forces de commando du Hamas », a-t-il précisé en fin d’après-midi.

Manelis a répété samedi qu’Israël « ne permettra aucune brèche massive dans la barrière de sécurité vers le territoire israélien ».

Il a ajouté que le Hamas et les autres groupes terroristes utilisaient le mouvement de protestation comme couverture pour commettre des attentats. Si les violences devaient continuer, « nous ne serons plus en mesure de limiter notre activité à la zone de la clôture et nous agirons contre ces organisations terroristes sur d’autres sites également », a-t-il dit.

Les violences se sont calmées vendredi soir et des manifestations plus modestes ont eu lieu samedi, avec environ 25 blessés durant toute la journée.

Les organisateurs ont indiqué que ces marches massives continueraient jusqu’au 15 mai, 70ème anniversaire de l’établissement de l’Etat d’Israël. Les Palestiniens considèrent cette journée comme leur « nakba », ou catastrophe, lorsque des centaines de milliers de personnes avaient quitté volontairement ou non le territoire de l’Etat juif durant la guerre d’Indépendance de 1948. La vaste majorité des deux millions d’habitants de la bande de Gaza sont leurs descendants.

Le Hamas a salué le mouvement de protestation et le camp de tentes installé qui restera en place pendant six semaines, le leader de Gaza, Ismail Haniyeh, estimant vendredi que les manifestations ont marqué le retour des Palestiniens dans « toute la Palestine ».

« Nous sommes là pour déclarer aujourd’hui que notre peuple n’acceptera pas de conserver le droit au retour au simple stade du slogan », a-t-il dit.

Yahya Sinwar, leader du Hamas à Gaza, a pour sa part estimé dans un discours prononcé devant les manifestants vendredi que « La marche du retour continuera…Elle ne cessera pas jusqu’à ce que nous faisions disparaître cette frontière éphémère [entre la bande de Gaza et Israël] ».

Le mouvement qui a eu lieu, a-t-il dit,  » marque le début d’une nouvelle phase du combat national palestinien sur la voie de la libération et du retour [des réfugiés palestiniens et de leurs descendants dans leurs anciennes habitations au coeur d’Israël] ».

La « marche du retour », a ajouté Sinwar, « répète que notre peuple ne peut renoncer à un centimètre de notre terre de Palestine ».

Lors des pourparlers de paix antérieurs, les Palestiniens ont toujours demandé, avec la souveraineté en Cisjordanie, à Gaza, à Jérusalem-est et dans la Vieille Ville, un « droit au retour » en Israël pour les Palestiniens qui avaient quitté ou avaient été dans l’obligation de quitter l’Etat juif lors de sa fondation. Les Palestiniens ne demandent pas seulement l’exercice de ce droit pour les centaines de milliers de réfugiés encore en vie – un chiffre qui atteindrait des dizaines de milliers de personnes – mais également pour leurs descendants, qui sont des millions.

Aucun gouvernement israélien ne pourrait probablement accepter cette demande puisqu’elle signerait la fin d’Israël en tant qu’Etat à majorité juive. Le positionnement israélien est que les réfugiés palestiniens et leurs descendants pourraient devenir les citoyens d’un Etat palestinien à l’apogée du processus de paix, comme cela avait été le cas des Juifs contraints à fuir les pays du Moyen-Orient en raison de gouvernements hostiles qui sont devenus par la suite des ressortissants israéliens.

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