Ligue des champions : Tottenham et l’Ajax, les clubs frères
Rechercher

Ligue des champions : Tottenham et l’Ajax, les clubs frères

L'Ajax et Tottenham ne sont pas des clubs juifs à proprement parler, mais ont embrassé cette identité au tournant des années 1970 et 1980, comme signe fort de ralliement

Sofyan Amrabat (G) du Feyenoord Rotterdam à la lutte pour le ballon avec Max Wober (à terre) de l'Ajax Amsterdam lors d'un match de championnat à Rotterdam, le 22 octobre 2017 (Crédit : AFP PHOTO / ANP / Olaf KRAAK )
Sofyan Amrabat (G) du Feyenoord Rotterdam à la lutte pour le ballon avec Max Wober (à terre) de l'Ajax Amsterdam lors d'un match de championnat à Rotterdam, le 22 octobre 2017 (Crédit : AFP PHOTO / ANP / Olaf KRAAK )

Frères : victimes d’antisémitisme et tournés vers le beau jeu, Tottenham et l’Ajax ont construit une amitié qui sera mise à l’épreuve alors que les deux clubs s’affrontent mardi en demi-finale aller de la Ligue des champions.

« Les deux clubs ont un lien avec leurs communautés juives respectives. Une grande proportion des fans des Spurs vient de la communauté juive, qui s’est installée dans le nord de Londres au début du XXe siècle », explique Alan Fisher, auteur de plusieurs ouvrage sur l’histoire des « Spurs ».

« Les deux clubs célèbrent une partie de leur identité. Les supporters n’ont pas rejeté les juifs, alors que les juifs ont pu être rejetés ailleurs. Je suis juif et je me sens en sécurité dans les tribunes de Tottenham », assure-t-il.

L’Ajax et Tottenham ne sont pourtant pas des clubs juifs à proprement parler, mais les deux clubs ont embrassé cette identité au tournant des années 1970 et 1980, pour en faire un signe fort de ralliement.

A Amsterdam, les premières démonstrations d’attachement au judaïsme remontent au début des années 1980. En réponse à des chants injurieux, les supporters ont décidé de s’autoproclamer juifs.

Les fans de l’Ajax, qui s’appellent entre eux les « Superjoden » (« super-juifs ») brandissent régulièrement des drapeaux israéliens géants durant les matchs, même si « ces drapeaux se font de plus en plus rares », notait récemment Edwin Van der Sar, directeur général du club.

Les images de campagne antisémites contre l’Ajax d’Amsterdam. (Crédit : Erik de Vleger/Twitter)

Histoires parallèles

A Tottenham, à peine 10 % des abonnés (selon un sondage réalisé en 2014) sont issus des communautés juives installées dans le nord de Londres pour fuir les persécutions en Russie et en Europe dans les années 1900 puis 1930 et 1940.

Le club a aussi été détenu par plusieurs propriétaires juifs, dont l’actuel président, Daniel Levy, renforçant encore l’image d’un club juif.

Et les fans de Tottenham font encore régulièrement l’objet d’insultes antisémites, particulièrement de la part des supporters des rivaux londoniens de Chelsea, West Ham et Millwall.

Photo d’illustration : Des fans brandissent une bannière antisémite durant un match de Ligue européenne à Belgrade entre le club britannique de Tottenham et le Partizan de Belgrade, le 18 septembre 2014 (Capture d’écran : YouTube/Danger News, illustration)

Comme un pied de nez, dans les années 1970, supporters juifs et non juifs ont eux aussi répondu en s’appropriant le terme de « Yid », un terme péjoratif pour désigner une personne de religion juive.

« Ce que les deux clubs ont en commun, c’est d’avoir été victimes d’antisémitisme de la part des clubs rivaux », insiste Alan Fisher auprès de l’AFP. « Les supporters ont alors pris pour eux cette identité, ‘Yids’ à Tottenham ou ‘Superjoden’ à Amsterdam. Ce n’est pas un acte volontaire, mais une réaction. »

D’où un certain rapprochement entre supporters, avec échanges de tifos et soutiens respectifs. « Beaucoup de supporters de l’Ajax suivent Tottenham. On est accueilli avec plaisir au stade de l’Ajax, quand on porte un maillot de Tottenham », apprécie l’auteur londonien.

Beau jeu

Mais il n’y a pas que les tribunes qui rapprochent les clubs. Les deux institutions partagent aussi une certaine idée du football.

L’Ajax a bien sûr accouché du « Football total », Tottenham a construit sa réputation de beau jeu et d’élégance dès la fin du XIXe siècle.

Dès lors, l’ère moderne a vu les échanges se multiplier, surtout en faveur des riches Londoniens. Actuellement, le génial meneur de jeu Christian Eriksen, ainsi que les trois défenseurs centraux des Spurs Toby Alderweireld, Jan Vertonghen et Davinson Sanchez ont été formés à l’Ajax.

« Les deux clubs ont une réputation de jouer un beau football », affirme Alan Fisher. « Les Spurs veulent des joueurs qui jouent selon le style de l’Ajax : bonne technique, bonne intelligence, capable de prendre des responsabilités à un âge relativement jeune. Quand ils arrivent chez les Spurs, ces jeunes ont déjà joué au moins deux ans à haut niveau avec l’Ajax. »

« Je reviens à la maison », a ainsi expliqué Alderweireld dans Voetbal International. « Il n’y a pas de meilleure école de foot que l’Ajax actuellement. Le travail réalisé par Johan Cruyff avant son décès porte aujourd’hui ses fruits. »

Peu importe le résultat mardi ou la semaine suivante, les supporters seront assurés de deux choses : du beau jeu et une sacrée ambiance.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...