Lion se dit vainqueur à Jérusalem mais tout n’est pas fini, selon son rival
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"Jérusalem a choisi ce soir la solidarité, l'union"

Lion se dit vainqueur à Jérusalem mais tout n’est pas fini, selon son rival

Ofer Berkovitch a juré de ne pas abandonner, indiquant que son équipe juridique contrôlera des "irrégularités" dans les bureaux de votes. 8 500 bulletins n'ont pas encore décomptés

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

Les partisans du candidat à la mairie de Jérusalem Moshe Lion réagissent aux résultats préliminaires de la course à la mairie, le 13 novembre 2018 (Crédit :  Yonatan Sindel/FLASH90)
Les partisans du candidat à la mairie de Jérusalem Moshe Lion réagissent aux résultats préliminaires de la course à la mairie, le 13 novembre 2018 (Crédit : Yonatan Sindel/FLASH90)

Le candidat à la mairie de Jérusalem Moshe Lion a déclaré sa victoire lors du scrutin des élections municipales mercredi matin à l’issue du second tour mais son adversaire, Ofer Berkovitch, a juré que son équipe juridique se pencherait sur des « irrégularités » présumées qui auraient été commises dans les bureaux de vote.

Le décompte des bulletins des élections locales de mardi s’est achevé par la victoire de Lion, soutenu par les ultra-orthodoxes, qui devance Berkovitch de plus de 6 000 voix. Berkovitch doit encore reconnaître sa défaite et 8 500 votes des soldats de l’armée israélienne, de prisonniers et de personnes hospitalisées ne seront dépouillés que mercredi, selon la radio militaire (environ 5 500 de ces suffrages sont soumis par des soldats). Mais les trois points de pourcentage d’avance du favori (51 % contre 48 %) ont suffi pour que le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri et le candidat déclarent avec confiance la victoire de Lion dès deux heures du matin.

« Jérusalem a choisi cette nuit l’unité, le sens de la solidarité, le bien », a déclaré Lion devant une salle bondée de partisans, dont un grand nombre a scandé avec enthousiasme le nom d’Aryeh Deri.

« J’ai l’intention d’être le maire de tous les habitants de Jérusalem, qui qu’ils soient. Ceux qui ont voté pour moi et ceux qui ne l’ont pas fait », a dit Lion lors de son discours de victoire, à environ deux heures et quart du matin. Il a remercié ses soutiens, sa famille ainsi que le maire sortant Nir Barkat.

Les partisans du candidat à la mairie de Jérusalem Moshe Lion réagissent aux résultats préliminaires de la course à la mairie, le 13 novembre 2018 (Crédit : Yonatan Sindel/FLASH90)

A 1h40, Berkovitch a reconnu devant ses partisans que « les résultats ne semblent pas bons », mais sans concéder sa défaite. « C’est Jérusalem qui gagne », a-t-il ajouté. Il a plus tard indiqué que son équipe juridique évaluerait des « irrégularités » variées constatées dans les bureaux de vote.

« Nous travaillerons là-dessus cette nuit et demain matin », a-t-il continué, soulignant qu’une « force » – qu’il n’a pas nommée – « nous a fait face en utilisant des méthodes violentes et certains moyens qui étaient à la limite de l’illégalité ».

« Nous n’abandonnerons pas non plus la victoire dans ce tour », a-t-il conclu.

Plus tôt dans la nuit, Deri – un partisan de longue date et ami de Lion – a publié une vidéo sur Twitter narrant son appel téléphonique de félicitations pour sa victoire ostensible. « J’ai félicité mon ami, Moshe Lion, maire élu de la municipalité de Jérusalem », a-t-il dit.

Lion bénéficie du soutien du ministre de la Défense Avigdor Liberman et de la faction ultra-orthodoxe Shas – la formation de Deri – ainsi que d’une partie de YaHadout HaTorah, ce qui avait laissé planer le doute sur un potentiel accord en coulisses passé au niveau national pour lui garantir le poste.

Berkovitch, pour sa part, est à l’avant-garde de la population laïque de la ville avec son parti Hitorerut [réveil].

Les partisans du candidat à la mairie de Jérusalem Ofer Berkovitch réagissent aux résultats préliminaires de la course à la mairie, le 13 novembre 2018 (Crédit : Noam Revkin Fenton/FLASH90)

Certains avaient pourtant salué de manière anticipée la victoire de Berkovitch après la fermeture des bureaux de vote, à 22 heures, lors de ce scrutin à suspense dans la capitale.

A minuit, le conseiller municipal et activiste de 35 ans devançait Lion de 10 000 votes alors que 50% des bulletins étaient comptés.

Cet avantage s’est réduit petit à petit et alors que 90 % des bulletins étaient dépouillés, Lion présentait une avance de 6 000 votes. Selon les résultats initiaux, Lion a obtenu 51 % des suffrages et Berkovitch 48 %.

Les sympathisants célèbrent l’arrivée du candidat à la mairie de Jérusalem Moshe Lion à son QG de campagne, le 30 octobre 2018. (Hadas Parush/Flash90)

Les résultats préliminaires, publiés par la municipalité, doivent encore être confirmés par le ministère de l’Intérieur. Si Lion était confirmé dans sa nouvelle fonction, il aura alors besoin d’une autorisation spéciale du ministère pour prendre la tête du conseil municipal après que sa formation a échoué à remporter un seul siège dans cette instance de 31 membres lors du premier tour, le 30 octobre. La formation Hitorerut de Berkovitch en a pour sa part gagné sept.

Les bureaux de vote ont fermé mardi soir à 22 heures en affichant un taux de participation de 31,5 % dans la capitale. Selon le ministère de l’intérieur, 200 000 résidents de Jérusalem sur 638 000 ont exercé leur devoir municipal.

Le candidat à la mairie de Jérusalem Ofer Berkovich et son épouse Dina déposent leur bulletin dans l’urne dans un bureau de vote pour les élections municipales israéliennes, le 13 novembre 2018 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les chefs religieux hassidiques de Jérusalem avaient ordonné lundi à leurs fidèles de s’abstenir lors de ce second tour, divisant ainsi le vote ultra-orthodoxe par le biais d’une manoeuvre qui aurait pu venir en aide au candidat Ofer Berkovitch en le plaçant au coude-à-coude avec le favori du premier scrutin, Lion.

Lors du premier tour, Lion avait remporté 33 % des voix et Berkovitch 29 %.

Les résidents de Jérusalem-Est qui constituent environ un tiers de la population de la ville, boycottent les élections municipales.

Ce second tour entre les deux candidats s’était imposé après qu’aucune des cinq personnalités en lice lors du premier tour — Lion, Berkovitch, le ministre des Affaires de Jérusalem Zeev Elkin, l’adjoint au maire Yossi Deitch et Avi Salman — ne sont pas parvenus à rassembler 40% des suffrages. Le taux de participation lors de ce premier vote s’était élevé à 39%.

Des hommes juifs ultra-orthodoxes assistent à une manifestation de soutien au candidat du maire de Jérusalem, Moshe Leon, au mur Occidental dans la Vieille Ville de Jérusalem le 12 novembre 2018 (Crédit : Aharon Krohn / Flash90)

Malgré le vaste soutien apporté à Lion parmi les Haredim, l’animosité qui couve entre le mouvement lituanien non-hassidique Degel Hatorah et Agudat Yisrael, largement hassidique, avait amené le conseil rabbinique de ce dernier à décider, à 24 heures du vote, qu’il ne participerait pas à ce second tour et qu’il n’apporterait pas son soutien à Lion – une initiative considérée comme un encouragement tacite à la candidature de Berkovitch.

Dans les dernières heures d’ouverture des bureaux de vote, de nombreux Hassidiques se sont montrés, selon les médias en hébreu. Parmi eux, le leader du parti YaHadout HaTorah, Yaakov Litzman, confident de la dynastie Gur et vice-ministre de la Santé israélien.

Agudath Yisrael avait rompu les rangs avec les autres groupes ultra-orthodoxes lors du premier tour du vote, choisissant son propre candidat — Yossi Deitch — au détriment de Lion. Les communautés hassidiques auraient également été, selon les rumeurs, un facteur décisif dans la victoire étroite de Nir Barkat face à Lion, en 2013.

Un homme montre les bulletins de vote des candidats à la mairie de Jérusalem Ofer Berkovich et Moshe Lion, pendant les préparations pour le second tour dans un entrepôt de Jérusalem, le 11 novembre 2018 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La course s’était également resserrée après que Lion, autrefois considéré comme le grand favori des élections, a reçu plusieurs appuis très médiatisés. Il a reçu le soutien du maire sortant Barkat, des sections locales du Likud et du parti HaBayit HaYehudi, et de plusieurs ministres du Likud. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu n’avait donné son appui ni à Lion, ancien directeur général de son cabinet, ni à Berkovitch.

Raoul Wootliff a contribué à cet article.

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