L’Iran aurait cessé de financer le Jihad islamique à cause du Yémen
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L’Iran aurait cessé de financer le Jihad islamique à cause du Yémen

Les membres de l'organisation de Gaza n’ont pas reçu de salaires depuis des mois ; Téhéran soutiendrait une organisation rivale

Elhanan Miller est notre journaliste spécialiste des affaires arabes

Des partisans palestiniens du Jihad islamique célébrant ce qu'ils disent être une victoire sur Israël, dans la ville de Gaza, le 29 août 2014  (Crédit : Emad Nassar / Flash90)
Des partisans palestiniens du Jihad islamique célébrant ce qu'ils disent être une victoire sur Israël, dans la ville de Gaza, le 29 août 2014 (Crédit : Emad Nassar / Flash90)

Le Jihad islamique, le deuxième mouvement armé le plus important dans la bande de Gaza après le Hamas, est au bord de la faillite après qu’il a perdu les faveurs de l’Iran, selon un article d’un journal arabe.

Selon le quotidien pro-saoudien basé à Londres, Asharq Al-Awsat, les membres du groupe terroriste n’ont pas perçu leurs salaires en trois mois et ne devraient pas recevoir le salaire du mois prochain non plus. Le refus du Jihad islamique de condamner la campagne militaire de la coalition arabe contre les insurgés Houthis soutenus par l’Iran au Yémen expliquerait cette crise.

« Des sources palestiniennes bien informées », écrit le papier indique que l’Iran s’attendait à ce que le Jihad islamique, son principal protégé palestinien, publie une déclaration condamnant l’opération Tempête décisive lancée contre les rebelles chiites, en mars, par l’Arabie saoudite. Au lieu de cela, le responsable du Jihad islamique, Nafez Azzam, avait dit à l’époque que son mouvement « insiste pour ne pas intervenir dans des affaires internes arabes ».

Bien que le financement iranien du gouvernement du Hamas à Gaza a également connu une crise en raison de la position officielle du mouvement contre le régime d’Assad en Syrie depuis la fin 2013, la position du Jihad islamique est plus précaire – en raison de sa dépendance complète financière vis-à-vis de la République islamique. Le mouvement a reçu un coup significatif d’Israël pendant la guerre de Gaza l’été dernier, quand un grand nombre de ses hauts commandants ont été tués en action.

Le Hamas et le Jihad islamique sont des mouvements sunnites ; l’escalade des tensions entre le monde arabe sunnite et l’Iran chiite a mis à l’épreuve leur loyauté envers l’Iran et les a placés dans une situation difficile.

« La position de la direction du Jihad [islamique] a surpris les Iraniens », a indiqué une source qui a été citée par le quotidien Asharq al-Awsat. « L’Iran pensait que le Jihad islamique se tiendrait à ses côtés sur tout, comme le mouvement l’avait fait pendant la crise syrienne, mais cela n’a pas été le cas. »

Les premiers signes de la crise ont commencé à se voir dans la sphère publique la semaine dernière, lorsque Ramadan Shalah, le secrétaire général du Jihad islamique, a brusquement quitté son port d’attache de Téhéran pour Beyrouth, selon l’information révélé par le quotidien palestinien Al-Quds le 19 mai. « Rien n’est gratuit », avait tweeté Jamil Abdul Nabi, un commandant du Jihad islamique dans le nord de la bande de Gaza, quatre jours plus tôt. Cette déclaration énigmatique a tout de suite été interprétée comme une référence au soutien conditionnel de l’Iran.

Selon Al-Quds, l’Iran a commencé à donner les fonds destinés au Jihad islamique à un autre groupe émanant du Jihad islamique à Gaza nommé as-Sabirin (« les endurants »), dirigé par un ancien agent militaire du Jihad islamique, Hisham Salem.

Dans une interview accordée à l’agence de presse basée à Gaza, Ar-Rased Al-Arabi, vendredi dernier, le responsable du Jihad islamique, Khaled Al-Batsh, a refusé de répondre aux questions concernant as-Sabirin. Il a refusé de dire si ce dernier était devenu l’alternative de l’Iran au Jihad islamique à Gaza, ou si Téhéran avait en effet arrêté le financement du Jihad islamique.

Il a cependant donné des explications sur la décision de son mouvement de ne pas commenter la guerre au Yémen.

« Nous voulons que le monde entier soit avec la Palestine », a-t-il affirmé. « Si nous avions adopté une position pour un côté, ce serait comme si nous nous querellions avec [les autres Etats musulmans] alors que nous en avons besoin. Par conséquent, le Jihad islamique a décidé de ne pas intervenir dans les affaires internes arabes. »

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