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L’USC Shoah Foundation se distancie d’une élève propalestinienne controversée

Asna Tabassum, dont le discours public a été annulé pour "raison de sécurité" après des réactions vives de la communauté juive, avait cité le centre fondé par Spielberg dans le cadre de ses travaux sur "la résistance aux génocides"

Des étudiants sur le campus de l'University of Southern California (USC) à Los Angeles, en Californie, le 16 avril 2024. (Crédit :  Robyn Beck/AFP)
Des étudiants sur le campus de l'University of Southern California (USC) à Los Angeles, en Californie, le 16 avril 2024. (Crédit : Robyn Beck/AFP)

JTA – Un centre de recherche sur la Shoah qui avait été fondé par Steven Spielberg s’est retrouvé, malgré lui, pris dans une controverse suscitée par une étudiante pro-palestinienne qui s’était distinguée par ses posts en lien avec Israël sur les réseaux sociaux. Désignée major de sa promotion, elle devait prononcer un discours à l’Université de Californie du sud, où se trouve l’USC Shoah Foundation.

La fondation a ainsi jugé utile de minimiser son rôle dans la vie académique de l’établissement d’enseignement supérieur après que l’étudiante, qui avait étudié « la résistance aux génocides » en matière secondaire, s’est vantée des liens qui l’unissaient au centre.

Après l’annonce faite par l’USC, la semaine dernière, qu’Asna Tabassum serait major de sa promotion, les groupes pro-israéliens avaient lancé une campagne à son encontre, mettant en cause le contenu de sa page Instagram avec des publications très critiques de l’État juif et du sionisme.

Lundi, le doyen de l’université a interdit à Tabassum de prononcer son discours – une annulation qui, selon le responsable de la sécurité du campus, a été entraînée par des menaces, certains affirmant qu’ils n’hésiteraient pas à perturber l’événement si elle devait prendre la parole.

Dans une déclaration s’insurgeant contre cette décision, Tabassum, diplômée en génie biomécanique, a souligné un aspect spécifique de son parcours académique.

« Je suis une étudiante en histoire qui a fait le choix d’étudier, en matière secondaire, la résistance aux génocides telle qu’elle est relatée par la Shoah Foundation, et j’ai appris que des gens ordinaires sont capables de commettre des actes de violence indicibles quand on leur enseigne une haine qui est attisée par la peur », a-t-elle écrit. « Et en raison de la peur qui plane plus largement, j’espérais utiliser mon discours pour transmettre à mes camarades un message d’espoir. Mais en annulant mon allocution, l’USC n’a fait que céder à la peur et récompenser la haine ».

L’étudiante de l’USC Asna Tabassum au micro d’ABC News, le 16 avril 024. (Capture d’écran)

« Malgré les suggestions laissant entendre le contraire, notre institut n’est pas une unité au sein de l’université et nous ne tenons pas un rôle officiel dans le cursus d’études des étudiants jusqu’à l’obtention de leur diplôme », a commenté un représentant de l’USC Shoah Foundation auprès de la Jewish Telegraphic Agency dans une déclaration, mardi. « Les affirmations laissant entendre une association quelconque avec l’USC Shoah Foundation sont inexactes et elles entraînent une confusion sur notre rôle, sur nos valeurs et sur notre mission. »

Cette controverse est la dernière d’une série de polémiques liées à la guerre entre Israël et le Hamas, des polémiques qui ont éclaté sur les campus américains. La guerre avait été déclarée par l’État juif le 7 octobre, lorsque des milliers de terroristes placés sous l’autorité du Hamas avaient envahi le sud d’Israël et qu’ils avaient tué près de 1 200 personnes, en particulier des civils, kidnappant également 253 personnes qui avaient été prises en otage dans la bande de Gaza.

Les plus grandes et les plus prestigieuses universités d’Amérique du nord ont eu du mal à répondre aux tensions exacerbées qui sont apparues entre étudiants pro-israéliens et pro-palestiniens – entre professeurs aussi. Les critiques ont affirmé que les administrations, sur les campus, ont souvent préféré détourner le regard et une vague d’antisémitisme s’est abattue dans le milieu universitaire américain. La présidente de l’université de Columbia, Nemat Shafik, dont la réponse aux manifestations pro-palestiniennes et ainsi-israéliennes a souvent fait la Une des médias, a témoigné mercredi devant le Congrès à ce sujet, assurant avoir condamné l’antisémitisme sévissant sur son campus.

Des étudiants pro-palestiniens participant à une manifestation sur le campus de l’Université Columbia, à New York le 14 novembre 2023. (Crédit : Spencer Platt/Getty Images/AFP)

Aujourd’hui, avec la fin de l’année universitaire qui approche et alors que les événements honorant les étudiants servent de tribune aux mouvements de protestation pro-palestiniens, les cérémonies de remise des diplômes devraient être l’occasion d’un ultime débat sur Israël dans un climat ô combien déjà surchauffé.

L’USC semble avoir espéré empêcher une nouvelle confrontation en annonçant que Tabassum ne serait pas autorisée à s’exprimer pendant la cérémonie du 10 mai – une annulation entraînée par des raisons sécuritaires, a noté le doyen. Cette initiative sans précédent a été prise après que des groupes juifs pro-israéliens du campus et d’au-delà, notamment la branche du mouvement ‘Habad au sein de l’établissement, le groupe étudiant Trojans for Israel et des organisations pro-israéliennes nationales – avec notamment les dizaines de milliers de membres de la page Mothers Against College Antisemitism sur Facebook – ont exercé des pressions sur l’université en faveur de l’annulation de l’allocution de Tabassum.

Certains ont cité des liens partagés par Tabassum – des posts dont elle n’a pas été l’autrice – sur sa page Facebook qui définissaient le sionisme comme étant « une idéologie raciste colonialiste » ; des publications qui prônaient un seul état binational israélo-palestinien et qui disaient que « l’antisémitisme est devenu une arme utilisée à l’encontre des Palestiniens et de leurs alliés… du fait des sionistes qui ont ainsi trouvé le moyen de taire les critiques d’Israël ».

En réponse à ces posts, le groupe activiste We Are Tov, qui fait la promotion de contenus pro-Israël sur les réseaux sociaux en direction des étudiants, a déclaré que Tabassum « fait de la publicité aux points de vue antisémites », ajoutant : « Mais que dira-t-elle à la tribune ? »

Une israélienne brandit une pancarte disant « Mettez fin à la haine des juifs » à une manifestation où des pancartes portant les visages et les noms de personnes prises en otage et détenues à Gaza ont été brandies lors d’une manifestation à Trafalgar Square, à Londres, le 22 octobre 2023. (Crédit : AP Photo/Frank Augstein)

Certains de ces groupes ont salué la décision prise par l’USC d’annuler le discours. « La haine anti-juive a des conséquences », a déclaré End Jew Hatred, un groupe activiste pro-israélien. L’allocution de la jeune femme, a continué le groupe sans apporter de preuve, « était appelée à porter préjudice aux étudiants juifs et à potentiellement créer des agitations chez les activistes anti-juifs ».

L’organisation Trojans for Israel a demandé à l’USC de « réviser » les critères de désignation des majors de promotion, disant que l’étudiante « adopte ouvertement une rhétorique antisémite et antisioniste », ce qui est susceptible de transformer les cérémonies de remise de diplômes en « environnement hostile et intolérant pour les diplômés juifs et leurs proches ».

Mais il y a aussi eu un retour de bâton féroce à cette décision prise – une décision qui, selon ses critiques, a voulu réduire au silence les discours pro-palestiniens et les voix musulmanes (Rabassum est musulmane et originaire du sud-asiatique). L’organisation controversée Council on American-Islamic Relations (CAIR), un groupe musulman de défense des droits civiques, a évoqué ce qu’il a appelé « la lâcheté » de l’université ; la représentante démocrate Ilhan Omar a sans surprise dénoncé un « scandale » et l’auteur vietnamien Thanh Nguyen, lauréat du prix Pulitzer et du prix MacArthur, professeur à l’USC, a lui aussi fait part de son mécontentement sur les réseaux sociaux.

« Je suis dégoûté par ce manque de courage et d’engagement de la part de l’administration et je suis très en colère », a écrit sur Facebook Nugyen, dont le propre discours lié à Israël avait fait polémique, à l’automne dernier, au Centre culturel juif 92NY, entraînant des agitations. Citant les groupes pro-israéliens qui ont pris Tabassum pour cible, l’auteur a ajouté que « j’ai du mal à croire que si un étudiant juif faisait l’objet de menaces similaires, l’université reculerait de cette façon ».

Il a terminé son post en s’interrogeant sur la raison pour laquelle les professeurs d’université devraient, dans de telles circonstances, assister à ces cérémonies.

Des étudiants rassemblés près d’une décoration d’Halloween représentant le monstre de Frankenstein lors d’un « Walkout pour lutter contre le génocide et libérer la Palestine » sur la Bruin Plaza de l’Université de Californie, à Los Angeles, le 25 octobre 2023. (Crédit : Frederic J. Brown/AFP)

L’USC Shoah Foundation n’est pas directement intervenue dans la controverse, et le centre n’a pas non plus mentionné explicitement le nom de Tabassum. Mais l’institution a malgré tout utilisé cette opportunité pour dénoncer toute tentative visant à utiliser le génocide pour « déshumaniser » les Juifs et les Israéliens.

« Quand ils sont utilisés de façon responsable, les témoignages apportés par les survivants peuvent être la base du dialogue civil, de l’apprentissage et de la compréhension », a fait savoir un communiqué émis par la fondation. « Nous avons l’obligation sacrée de sauvegarder la mémoire et l’importance de la Shoah. Nous devons garantir que l’Histoire ne sera pas dénaturée ou utilisée pour déshumaniser qui que ce soit, y compris les Juifs et ceux qui vivent en Israël. Ce qui exige que nous continuions à privilégier et à enrichir le débat informé sur cette période de l’Histoire, aujourd’hui et à l’avenir ».

Un réexamen des exigences à respecter dans le cadre du cursus sur la « résistance aux génocides », telles qu’elles sont publiées sur le site de l’USC, montre qu’il est possible – quoique difficile – d’obtenir le diplôme sans prendre aucun cours consacré au moins en partie à la Shoah. La Shoah Foundation a indiqué que sa participation se limitait largement à fournir des témoignages de survivants, la mission qui est au cœur de ses activités.

Spielberg avait fondé la Shoah Foundation en 1994 en lien avec son film oscarisé sur le génocide juif, « La Liste de Schindler », et l’université avait accueilli l’institution dans ses locaux en 2006. Pendant un discours prononcé devant l’USC, le mois dernier, Spielberg avait décrié « la machinerie de l’extrémisme… sur les campus universitaires ».

Steven Spielberg lors d’une cérémonie à l’Université sud-Californie à Los Angeles, le 25 mars 2024. (Crédit : USC/Sean Dube)

Pour les administrateurs du campus, la polémique entraînée par la sélection de Tabassum – choisie comme major de promotion parmi plus de 200 étudiants à la moyenne quasiment parfaite – a représenté une forme d’activisme frappante.

Dans un communiqué émis en direction de la communauté du campus, le doyen de l’USC, Andrew Guzman, a estimé que « le débat » sur la major de promotion « a pris une tournure alarmante », ajoutant que « la tradition doit céder le pas à la sécurité ». « La décision prise d’annuler le discours n’a rien à voir avec la liberté d’expression. Pendre la parole lors d’une cérémonie de remise de diplôme n’est pas un droit relatif à la liberté d’expression », a-t-il continué.

Dans un entretien accordé au Los Angeles Times, Guzman a aussi nié que la décision avait été prise en raison de la rhétorique de Tabassum et de la présence de cette dernière sur les réseaux sociaux.

Le « médaillon universitaire » de l’Université du sud-Californie, qui a été donné aux survivants de la Shoah et à l’USC Shoah Foundation. (USC/Sean Dube)

Des paroles qui ont entraîné la colère du rabbin Dov Wagner, qui dirige la branche du mouvement ‘Habad à l’USC. Il a écrit sur Instagram que la mention, par l’école, « d’inquiétudes sécuritaires » et l’omission des activités de Tabassum sur les réseaux sociaux étaient un problème.

« Ces propos viennent véhiculer l’idée que l’université soutient les discours de haine et elle donne finalement l’impression que c’est notre communauté qui pose une menace sécuritaire, alors que nous sommes en réalité diffamés par ces écrits », a écrit Wagner, évoquant les posts publiés par l’étudiante pro-palestinienne.

Il a ajouté que « ce sont les étudiants juifs de l’USC qui sont présentés comme menaçant la sécurité de la major de promotion ; ils sont présentés comme des personnes qui réduisent au silence les voix musulmanes, alors que rien ne peut être plus éloigné de la réalité ».

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