Malgré les boycotts, le film d’Avi Nesher sur le 7-Octobre vise les Oscars
Lors du Festival de Jérusalem, le réalisateur a évoqué la mise au ban des cinéastes israéliens ; Yoav Abramovich a souligné la difficulté de trouver des coproductions avec la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni ou le Canada
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Le dernier film du réalisateur Avi Nesher, « Our Loves » (Nos amours), est l’occasion pour lui de raconter ce qui est arrivé en Israël le 7 octobre 2023, au moment où les Israéliens ont pris conscience de l’ampleur du massacre commis par le Hamas.
C’est aussi l’occasion de parler des traumatismes d’Israël au reste du monde, à un moment où les cinéastes israéliens font face à un boycott culturel mondial.
« Je crois que la qualité des films israéliens finira par l’emporter ; ce pays compte tellement d’acteurs, de réalisateurs et de cinéastes de talent », déclarait Avi Nesher, lundi, lors d’un débat organisé dans le cadre du Festival du film de Jérusalem, comparant l’industrie cinématographique israélienne à celle de la tech avant qu’elle ne devienne une puissance mondiale.
« Ce boycott est d’une grande tristesse, mais il faut faire avec », a-t-il ajouté.
Le film « Our Loves » est bien placé pour les Ophir (les Oscars israéliens), en septembre prochain, ce qui en ferait le candidat d’Israël aux Oscars.
Le film sortira dans les salles israéliennes le 3 septembre prochain.
Les producteurs du film ont eux aussi pris part à cette table ronde à la Cinémathèque de Jérusalem, qui accueille le festival. Ils ont notamment expliqué la manière dont ils avaient contourné les boycotts et souligné que le film « Our Loves » avait réussi à obtenir le soutien financier des géants du divertissement Fox et Access Entertainment, à un moment où les financements étrangers étaient très difficiles à obtenir et où les festivals se montraient frileux envers les productions israéliennes.
Via Zoom, le président d’Access Entertainment et ex-directeur de la télévision de la BBC, Danny Cohen, a dit croire aux chances du film aux Oscars.
« J’ai été associé à plusieurs films primés aux Oscars, et je pense que le travail d’Avi mérite d’y figurer », a déclaré Danny Cohen.
Danny Cohen et Avi Nesher étaient entourés d’Emilio Schenker, PDG de Sipur et co-producteur du film, et Yoav Abramovich, PDG de la Fondation Yehoshua Rabinovich pour les Arts, qui a également soutenu le projet.
Emilio Schenker a confié qu’il n’avait cessé de pleurer pendant les deux heures du film et qu’il croyait lui aussi en ses chances de remporter l’Oscar du meilleur film étranger.
« Je crois que c’est le premier film israélien qui pourrait gagner », a affirmé Schenker.
« Our Loves » suit plusieurs personnages dont les destins s’entrecroisent le jour du pogrom du Hamas dans le sud d’Israël, au cours duquel les terroristes ont tué plus de 1 200 personnes dans des kibboutzim, des villes et le festival de musique Nova, et fait 251 otages enlevés vers la bande de Gaza.
Le film porte la signature de Nesher, à savoir que le récit tourne autour d’habitants de kibboutzim, de festivaliers de Nova, de policiers et de leurs conjoints, pour une plus grande proximité avec les spectateurs. Il témoigne également à l’écran de la grande diversité d’Israël, en mettant en scène des personnages religieux et laïcs, séfarades et ashkénazes, éthiopiens et russes, issus des centres urbains ou de la périphérie, des ouvriers comme des membres de la classe moyenne supérieure.
Bien que ces personnages soient purement fictifs, le film est d’un réalisme frappant. C’est visiblement ce que souhaitait le réalisateur : donner à voir ce qui s’est passé aux spectateurs du monde entier et, en mettant des visages sur un pays parfois diabolisé, tenter de renverser la tendance anti-Israël qui s’est propagée dans le sillage du pogrom.
Pourtant, la question des boycotts est restée omniprésente tout au long de la discussion.
« Ne nous leurrons pas, c’est extrêmement difficile », a admis Danny Cohen. « Mais je crois que nous sommes tous des battants, et la seule façon de gagner est de continuer à se battre, d’être fiers et de porter bien haut la qualité et la créativité du cinéma israélien. Ce ne sera pas facile, mais nous devons continuer à nous battre. »
Yoav Abramovich s’est montré un peu plus pessimiste, soulignant le boycott officieux qui frappe les cinéastes israéliens et la difficulté de trouver des coproductions avec la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni ou le Canada, des pays qui, avant cela, soutenaient grandement le cinéma israélien.
« On voit bien que ce n’est plus comme avant », a-t-il regretté. « Ils ne veulent pas s’attirer d’ennuis en soutenant des films israéliens. »
Les cinéastes israéliens doivent trouver d’autres moyens d’accéder aux financements, a expliqué Abramovich, à la fois pour maintenir l’industrie en vie et éviter qu’Israël ne soit isolé.
Avi Nesher jouit d’un statut quasi mythique en Israël et a remporté de nombreux prix Ophir.
Sa fille, Tom Nesher, a récemment fait ses débuts en tant que réalisatrice avec « Come Closer », inspiré de la mort tragique de son frère Ari. Ce film avait représenté Israël aux Oscars en 2024.
Mais même avec une carrière aussi impressionnante, Avi Nesher et ses producteurs ont dû faire face à de nombreux obstacles, qu’ils ont évoqués lors du débat.
Avi Nesher a décrit une récente projection de « Our Loves » dans une salle de Los Angeles, où il a ressenti une vive tension liée à sa présence en tant que cinéaste israélien, ce qui avait rendu l’atmosphère « très pesante ».
« Mais ils ont adoré le film », a-t-il conclu. « Ils ont malgré tout applaudi à la fin. »
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