Malgré l’exemption d’importation, la pénurie de lait devrait s’aggraver à l’approche des fêtes
Rosh HaShana, Yom Kippour et Souccot tomberont en milieu de semaine, entraînant l'arrêt de la production laitière dans les laiteries pendant neuf jours ouvrables au total
Sharon Wrobel est journaliste spécialisée dans les technologies pour le Times of Israel.

Les magasins d’alimentation en Israël rationnent le lait depuis quelques semaines, en prévision d’une pénurie nationale de ce produit de base attendue pendant les prochaines fêtes du Nouvel an juif, qui débuteront à la fin du mois.
Lundi, alors qu’elle faisait ses courses dans une succursale de la chaîne Tiv Taam dans le centre-ville de Tel Aviv, l’auteur de ces lignes a été informée par un employé que l’achat était limité à deux briques de lait par client, à l’instar du rationnement mis en place dans l’un des magasins de proximité de la chaîne AM:PM, ouvert 24 heures sur 24, situé dans le même quartier. Les clients des hypermarchés Rami Levy ont également constaté des pénuries, le lait ordinaire ayant disparu des rayons.
Cependant, les commandes en ligne auprès des principales chaînes de supermarchés israéliennes, telles que Shufersal, Victory, Hazi Hinam et Carrefour, n’ont fait l’objet d’aucune restriction concernant la vente de briques de lait classiques.
« Ce n’est que le début, car nous ne connaissons pas encore de pénurie importante, mais la véritable pénurie est attendue à la veille et pendant les fêtes du mois de Tishri [qui commencent avec Rosh HaShana, cette année le soir du 22 septembre] », a déclaré Itzhak Shnaider, PDG de Moetzet HeHalav (Conseil laitier israélien), au Times of Israel.
« Il n’y a pas de véritable pénurie de lait cru dans les exploitations laitières qui ont su respecter les quotas et même produire au-delà de la demande malgré les perturbations survenues pendant la période la plus difficile de ces deux dernières années de guerre », a-t-il souligné.
« Cependant, étant donné que le gouvernement n’a pas pris de mesures ces dernières années pour encourager les investissements dans des lignes de production supplémentaires de lait à prix réglementé – une mesure également recommandée par le contrôleur de l’État – la production laitière des laiteries ne suffira pas à répondre à la demande prévue. »
Les fêtes du Nouvel an juif – Rosh HaShana et Yom Kippour —-suivies immédiatement par Souccot et Shemini Atzeret-Simhat Torah, qui débuteront à la fin du mois, tombent cette année en milieu de semaine, entraînant l’arrêt de la production laitière pendant neuf jours ouvrables au total. La production est également interrompue le jour du Shabbat, afin de respecter les exigences de la casheroute.
En conséquence, environ six millions de litres de lait cru ne seront pas transformés par les entreprises laitières locales pendant le mois de Tishri. La baisse prévue de la production alimente déjà la demande des consommateurs. De plus, la demande accrue pendant les fêtes aggravera encore la pénurie de lait pour les consommateurs, selon Shnaider.
Le marché du lait en Israël est régi par une planification centralisée et des quotas approuvés par l’État. Le gouvernement détermine le volume et fixe le prix du lait cru que les producteurs laitiers vendent aux fabricants de produits laitiers. Cependant, les laiteries utilisent le lait cru pour fabriquer du lait, du fromage et d’autres produits laitiers, dans le cadre d’un processus qui n’est pas réglementé.
Cette industrie est dominée par une poignée de producteurs laitiers, avec en tête Tnuva, le plus grand fabricant alimentaire du pays, suivi par Strauss, Tara Dairy (propriété de Central Bottling Company Ltd., détenteur de la licence Coca Cola en Israël) et Golan Heights Dairies.
À ce jour, Tnuva détient environ 75 % de la production de lait à prix régulé.
Tnuva, Strauss, Tara et Tiv Taam n’ont pas souhaité réagir lorsqu’ils ont été contactés par le Times of Israel.
La pénurie de lait ordinaire à prix régulé, le produit de base le plus populaire en Israël, n’est ni un phénomène nouveau ni saisonnier. Ces dernières années, les entreprises laitières ont signalé d’importantes pertes liées à la production et à la vente de lait à prix régulé.
Étant donné que l’État fixe les prix du lait, les laiteries ont été réticentes à augmenter leur production de lait et d’autres produits laitiers soumis à la régulation gouvernementale. Elles ont préféré se concentrer sur la production et la vente de produits laitiers plus coûteux, comme les boissons lactées enrichies, à faible teneur en lactose ou au chocolat, qui ne sont pas réglementées. Cela a entraîné des pénuries de lait ordinaire pendant les périodes de forte demande.
« Israël va devoir faire face à une pénurie attendue de lait ordinaire à prix régulé pendant les fêtes, non pas parce que les exploitations laitières ne produisent pas suffisamment, mais en raison de goulots d’étranglement dans les laiteries, des restrictions liées à Shabbat et aux fêtes, et d’une préférence pour la production de produits haut de gamme très rentables », a expliqué Haïm Alush, entrepreneur agricole.
« Les fermes laitières produisent suffisamment de lait ; le problème, c’est que les laiteries ne peuvent pas répondre à la demande, ce qui crée l’illusion d’une pénurie de lait. »
« Résultat : les consommateurs se retrouveront bientôt face à des rayons vides, tandis que les producteurs laitiers seront contraints de jeter des millions de litres de lait cru », a-t-il ajouté.
Alush, qui organise la conférence agricole annuelle d’Israël qui se tient cette semaine à Jérusalem, a ajouté : « Si les rayons sont vides, c’est parce que quelqu’un a intérêt à créer cette pénurie. »
Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a récemment signé un décret supprimant les droits de douane pouvant atteindre 40 % sur le lait importé, et ce, pour une durée de six mois, afin de pallier la pénurie.
Ces deux dernières années, le ministère des Finances a à plusieurs reprises supprimé les droits de douane sur le lait importé afin d’augmenter l’offre, d’encourager la concurrence et de contribuer à faire baisser les prix pour les Israéliens, confrontés à un coût de la vie élevé en cette période difficile de guerre. Cependant, ces mesures ne se sont pas avérées efficaces pour attirer davantage d’acteurs sur le marché des produits laitiers.
Auparavant, de petits volumes de lait étaient importés de Pologne et d’autres pays d’Europe de l’Est, où le prix du lait est environ 30 % moins élevé qu’en Israël. Cependant, l’importation de lait pendant une période limitée, en particulier en temps de guerre, se heurte à des obstacles économiques et logistiques, sans compter les coûts supplémentaires liés au transport et à la certification casher.
Shnaider a déclaré que Moetzet HeHalav avait demandé au gouvernement d’autoriser des non-juifs à travailler dans les laiteries pendant les fêtes afin d’éviter une pénurie temporaire de lait.
« Malheureusement, le gouvernement a décidé de pénaliser l’industrie laitière locale en autorisant les importations de lait pendant six mois, bien au-delà de la période des fêtes, et en récompensant les agriculteurs et les importateurs polonais au détriment des producteurs laitiers israéliens », a déploré Shnaider.
« Il est triste que, même après deux ans de guerre au cours desquels les producteurs laitiers et les employés du secteur ont été menacés et ont travaillé sous les bombes, risquant leur vie pour assurer la sécurité alimentaire, ce soit l’État lui-même qui nuise à leurs moyens de subsistance, précisément parce qu’ils respectent les lois de la casheroute. »







