Mansour Abbas : Des acteurs étrangers ont fait pression pour que je m’allie à Netanyahu en 2021
Selon le chef du parti Raam, le Qatar souhaitait voir le Premier ministre revenir au pouvoir en raison de sa position jugée "conciliante envers le Hamas"

Samedi, le chef du parti Raam, Mansour Abbas, a affirmé que des acteurs étrangers, probablement liés au Qatar, avaient fait pression sur lui pour qu’il poursuive les négociations de coalition avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, plutôt que de rejoindre les partis d’opposition après les élections de 2021. Il a invoqué une « approche conciliante » du Premier ministre envers le groupe terroriste palestinien du Hamas.
Dans une interview accordée à la chaîne N12 News, le député arabe a affirmé qu’avant le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, Netanyahu avait cherché à conclure un « accord à long-terme » avec le groupe terroriste afin de maintenir la fracture et la division entre les dirigeants palestiniens et l’Autorité palestinienne (AP) basée en Cisjordanie.
Interrogé sur d’éventuels signaux reçus du Qatar alors qu’il se trouvait dans la même pièce que Netanyahu lors des négociations de coalition qui ont depuis échoué, Abbas a répondu : « Pas dans la pièce. »
Il a refusé de confirmer ou d’infirmer avoir reçu des messages provenant d’acteurs liés au Qatar, mais a révélé avoir été contacté par « des personnes d’ici [Israël] ayant des liens avec des pays étrangers ».
« Ces personnes m’ont encouragé à continuer et à essayer de former un gouvernement avec Benjamin Netanyahu et non avec l’autre camp », car « Netanyahu ne fait pas la guerre », a déclaré Abbas.
« J’ai compris que Benjamin Netanyahu avait intérêt à ce que la fragmentation du côté palestinien soit préservée », a-t-il poursuivi, ajoutant que le Premier ministre cherchait à « faire avancer un accord à long-terme avec le Hamas dans la bande de Gaza ».
Interrogé pour savoir si Netanyahu avait explicitement fait référence à cela, Abbas a répondu : « Ce sujet a été abordé » lors des négociations de coalition.
« J’ai compris de ses propos qu’il était favorable à un accord [avec le Hamas] », a-t-il poursuivi, affirmant qu’un tel accord profiterait à la fois à Netanyahu et au groupe terroriste.
Netanyahu avait courtisé Abbas pour qu’il rejoigne sa coalition en 2021, mais ce dernier s’est finalement associé à ses rivaux, faisant de Raam le premier parti arabe à faire partie d’une coalition au pouvoir depuis des décennies, dirigée par Naftali Bennett et Yaïr Lapid.
Abbas a ajouté qu’il n’avait pas été choqué par l’affaire dite du « Qatargate » qui a depuis été révélée, dans laquelle trois des collaborateurs de Netanyahu sont soupçonnés d’avoir effectué des travaux de relations publiques rémunérés pour la monarchie du Golfe, et qu’il avait « fait le lien » après que le scandale a éclaté.
« Les gens ont aujourd’hui du mal à comprendre ce qu’est l’affaire du Qatargate, mais à l’époque, Netanyahu, le Qatar et le Hamas avaient un intérêt commun à préserver la situation existante », a-t-il déclaré.
Les déclarations d’Abbas au sujet du Premier ministre ont suscité samedi de vives réactions de la part des députés de l’opposition, notamment de l’ancien Premier ministre Bennett, qui a affirmé que « [le leader du Hamas Yahya] Sinwar, aujourd’hui assassiné, préférait Netanyahu parce que Netanyahu est bon pour le Hamas, c’est la vérité ».
« M. Netanyahu, qui a mené pendant des années cette horrible politique de renforcement de Sinwar et de financement du Hamas en dollars, la politique de « confinement » et, finalement, sous sa surveillance, le massacre du 7-Octobre … doit rentrer chez lui immédiatement », a-t-il poursuivi.
Avigdor Liberman, le chef du parti Yisrael Beytenu, a publié une blague sur le thème de la Saint-Valentin représentant ce qui semblait être des versions générées par intelligence artificielle (IA) de Netanyahu et d’Abbas se tenant la main sur fond de roses.
יום אהבה שמח❤ pic.twitter.com/Sel1CkURFn
— אביגדור ליברמן (@AvigdorLiberman) February 14, 2026
Vendredi, la commission centrale électorale (CCE) a ordonné au parti de Netanyahu, le Likud, de supprimer une image publiée le mois dernier, dans laquelle l’IA était également utilisée pour représenter Bennett et Lapid en train de célébrer avec des dirigeants de partis arabes.
Le député Gilad Kariv (Les Démocrates) a réagi en exigeant l’ouverture d’une enquête sur les liens présumés de Netanyahu avec le Qatar par les forces de l’ordre.
« Le Qatar s’est ingéré dans les dernières élections. Il tentera de le faire à nouveau », a écrit Kariv sur le réseau social X. « Ce qui a été révélé au sujet des liens de Netanyahu avec le Qatar n’est que la partie émergée de l’iceberg. Le moment est venu d’enquêter sur Netanyahu en tant que suspect pour ses liens avec le Qatar. »
Plus tard dans l’interview, Abbas a rappelé que Netanyahu lui avait donné des « leçons » sur le leader sioniste Zeev Jabotinsky lors des négociations de coalition entre les deux hommes, qui ont depuis échoué.
Il a déclaré que c’était comme si le Premier ministre « voulait souligner que le Likud est précisément le parti qui tente de faire progresser la condition de la société arabe », puis a cité Jabotinsky qui disait : « S’il y a un Premier ministre juif, son adjoint devrait être arabe. »
Abbas a ensuite critiqué Netanyahu, affirmant que « [les membres du Likud] ne sont pas fidèles à la voie tracée par Jabotinsky », considéré comme le précurseur idéologique du parti de droite.
Abbas n’a pas exclu de futures discussions avec le Likud, malgré ses récentes déclarations dans lesquelles il accusait Netanyahu d’abandonner les Arabes au profit de la droite ultranationaliste du pays, qui jouit d’une influence considérable au sein de la coalition actuellement au pouvoir.
Il a toutefois souligné qu’il préférerait de loin siéger dans un gouvernement sans Netanyahu, ajoutant que sa « première préférence » allait à la « mise en place d’un gouvernement du changement en Israël ».
Le « gouvernement du changement » désignait l’ancien gouvernement Bennett-Lapid, qui comprenait le parti Raam, et qui s’est effondré après un an.
Ni Netanyahu ni le Likud n’ont réagi à l’interview d’Abbas samedi.







