Marche du Retour: Oren fustige la gestion de la communication israélienne
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Marche du Retour: Oren fustige la gestion de la communication israélienne

La plupart des employés et porte-paroles du ministère des Affaires étrangères et de l'armée étaient en congés ou mal préparés, a déploré le vice-ministre chargé de la diplomatie

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Des Palestiniens manifestent lors d'affrontements avec les forces de sécurité israéliennes à la frontière avec Israël, à l'est de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 1er avril 2018. (DIT KHATIB/AFP)
Des Palestiniens manifestent lors d'affrontements avec les forces de sécurité israéliennes à la frontière avec Israël, à l'est de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 1er avril 2018. (DIT KHATIB/AFP)

Alors que les informations sur les violents affrontements de vendredi à la frontière de Gaza disparaissent des gros titres internationaux – avant une réapparition probable lors de la prochaine grande manifestation de Gaza prévue vendredi – les responsables et les experts israéliens se disputent la réponse diplomatique publique du gouvernement pour la prochaine – Marche du Retour.

Le ministère des Affaires étrangères insiste sur le fait que la situation a été gérée professionnellement et entièrement sous contrôle, soutenant que plusieurs douzaines de porte-parole à travers l’Europe et l’Amérique ont travaillé rapidement pour diffuser le message d’Israël et répondre aux revendications palestiniennes.

Plusieurs responsables actuels et anciens de la diplomatie publique israélienne – la hasbara – sont très critiques à l’égard de la réponse de Jérusalem à la marche, déplorant que la diplomatie publique israélienne ait très peu appris des altercations militaires précédentes et trébuché tristement, en étant non préparé, au piège tendu par le Hamas, elle aurait dû voir venir.

Michael Oren, pour sa part, le vice-ministre du bureau du Premier ministre chargé de la diplomatie, a déclaré qu’Israël n’était manifestement pas préparé à la crise sur le champ de la bataille diplomatique et médiatique et que à l’étranger le récit israélien perdait face au récit palestinien.

L’approche du ministère des Affaires étrangères consiste à indiquer que l’effort palestinien pour attirer l’attention du monde sur les manifestations de Gaza « n’a pas pris », a déclaré Ohad Kaynar, porte-parole du ministère.

Cette évaluation, à son tour, a conduit le ministère des Affaires étrangères, en coordination avec d’autres responsables israéliens de la diplomatie publique, à minimiser leur réponse, craignant qu’Israël « attise les flammes » d’un événement qui susciterait étonnamment peu d’intérêt mondial.

« Nous avons surveillé les différents hashtags sur les médias sociaux et les articles dans les médias, et déterminé que le Hamas échoue », a déclaré Kaynar. « Nous ne voulions pas jeter de l’huile sur le feu. »

Keynar était le seul porte-parole du ministère des Affaires étrangères en service actif pendant le week-end, lorsque les forces israéliennes ont tué 15 Palestiniens au cours des émeutes à la frontière de Gaza, dont la plupart étaient membres de groupes terroristes. Le porte-parole en chef du ministère, Emmanuel Nahshon, est actuellement en lune de miel. Un autre porte-parole du ministère était à l’étranger pour d’autres raisons. Pendant les fêtes juives, le ministère est généralement fermé.

Malgré les absences et les jours fériés, la réponse de la diplomatie publique israélienne à la marche a été entièrement coordonnée entre l’armée, le ministère des Affaires étrangères et le bureau du Premier ministre, a souligné Kaynar, citant « des milliers de messages WhatsApp ».

Ayant déterminé que les événements étaient relativement peu médiatisés, il a été décidé de déployer un nombre limité de porte-paroles – notamment David Keyes, conseiller des médias de Netanyahu et Mark Regev, ambassadeur d’Israël au Royaume-Uni – afin de ne pas donner plus d’envergure à l’information qui déclinait lentement, a-t-il dit.

Les responsables israéliens étaient plus actifs sur les 600 canaux de médias sociaux du gouvernement, a ajouté Kaynar. Ils ont surveillé le nombre et le succès relatif des hashtags sur Twitter ainsi que les minutes et les secondes de temps d’antenne palestiniens et israéliens accordés sur les réseaux d’information mondiaux, a-t-il dit.

Le ministre adjoint Oren a déclaré avec amertume que « la diplomatie publique d’Israël n’était pas prête ». Oren, un ancien ambassadeur d’Israël aux États-Unis, a déploré : « Cela se passe toujours mal. Nous ne préparons pas le terrain, nous ne préparons pas les médias à ce qui va se passer. »

« Le champ diplomatique était en vacances », a déploré un haut fonctionnaire récemment à la retraite impliqué dans la hasbara israélienne qui a demandé à ne pas être nommé. « Les choses semblent toujours se passer le Shabbat, et les réponses diplomatiques sont toujours lentes. »

Un ancien diplomate, qui a également demandé à ce que son nom ne soit pas cité parce qu’il ne voulait pas offenser ses anciens collègues, s’est inquiété qu’Israël n’ait rien appris des crises précédentes.

« En septembre 2000, nous avons été pris au dépourvu lorsque la Seconde Intifada a éclaté à Rosh HaShana », se souvient-il. « Des images de la souffrance palestinienne ont été diffusées dans le monde entier, et personne du côté israélien n’était disponible pour parler parce que tout le monde était parti. »

« Des conclusions auraient dû être tirées depuis, mais cela ne s’est pas produit », a déclaré l’ancien diplomate. « Si vous savez qu’une grande opération militaire est en cours, vous devez vous assurer que les gens sont prêts à commenter. Mais encore une fois, cela ne s’est pas produit cette semaine, parce que tout le monde était en famille pour célébrer la Pâque juive. »

L’armée israélienne était-elle bien meilleure que le ministère des Affaires étrangères ?

Sur le plan opérationnel, la réponse de l’armée aux manifestations de Gaza a été considérée comme un succès – certainement par l’armée elle-même, la sécurité et le gouvernement. Mais plusieurs vétérans de l’unité de porte-parole se sont plaints cette semaine de la piètre performance du lieutenant-colonel Oron Mincha, qui a bégayé lors d’une interview avec France 24.

Le chef du bureau international du porte-parole de Tsahal, Jonathan Conricus, est actuellement à l’étranger pour des vacances de Pâques prévues depuis longtemps.

Au cours du week-end, l’armée a demandé à la hâte à d’anciens porte-parole expérimentés de participer à des séances d’information et à des entrevues. Quelques-uns se sont sentis obligés mais ont dit qu’ils avaient été contactés seulement après qu’un récit pro-palestinien avait été narré dans les médias. D’autres ont été incapables de répondre à la demande de l’armée dans un si court délai.

Des manifestants palestiniens face au gaz lacrymogène tiré par les forces de sécurité israéliennes lors d’affrontements à la suite d’une manifestation commémorant le Jour de la Terre, près de la frontière avec Israël, à l’est de Gaza le 30 mars 2018. (Mahmud Hams / AFP)

« Tout devrait être coordonné à l’avance entre le ministère des Affaires étrangères et l’armée israélienne et d’autres porte-parole », a déclaré Yigal Palmor, un ancien porte-parole du ministère des Affaires étrangères. « Mais il est essentiel pour les échelons supérieurs de se rappeler que les communications et l’image ne sont pas quelque chose que vous traitez après un événement ou au cours d’un événement, mais quelque chose que vous devez prendre en compte dans les premières étapes de planification. »

Le député Oren a déclaré qu’il avait publiquement averti qu’Israël n’était pas convenablement préparé à défendre sa réputation au cours de l’inévitable prochain cycle de violence. Il a décrié le fait que son bureau n’a ni le budget ni l’autorité pour lancer un effort de hasbara plus efficace.

Nous utilisons beaucoup d’armes pour nous défendre. Que faisons-nous pour défendre notre droit de nous défendre ?

Oren, qui a accordé ces derniers jours des interviews au Royaume-Uni, en Allemagne, aux Etats-Unis et ailleurs, a déclaré ne pas remettre en cause l’évaluation du ministère des Affaires étrangères selon laquelle la crise était discrète.

Le vice-ministre Michael Oren à la Knesset, le 27 juin 2017. (Yonatan Sindel)

La solution au problème des relations publiques d’Israël ne consiste pas à envoyer plus de porte-paroles pour donner des interviews dans des situations de crise, mais à les former à délivrer un « message très calibré », a dit Oren.

« Le premier point que nous devons faire passer est que le Hamas est une organisation terroriste. Nous n’y parvenons pas. Nous devons insister », a-t-il déclaré.

Cette semaine, la porte-parole de Tsahal, le ministère des Affaires étrangères ou même la Direction nationale de l’information, organe du bureau du Premier ministre chargé de coordonner les efforts de plaidoyer de l’Etat, ne sont pas nécessairement responsables de la mauvaise performance diplomatique du gouvernement.

Cette mentalité est vieille de plusieurs décennies, a-t-il déclaré. Une partie du problème avec les relations publiques est que beaucoup d’Israéliens ne croient plus que cela vaut la peine d’essayer de convaincre les médias occidentaux de la légitimité de leur cause, a dit Oren.

« En tant que société, nous n’avons pas décidé que cela en valait la peine. Beaucoup pensent qu’il est trop tard. Mais je pense que nous devons essayer beaucoup plus intensément. »

Si la bonne réputation d’Israël est importante, alors le pays doit faire de sa défense une priorité nationale et la Direction nationale de l’information devrait recevoir « des millions de dollars » pour mener une campagne internationale, a-t-il insisté.

Les soldats israéliens se préparent à des manifestations massives de la part des Palestiniens à Gaza et à la possibilité que des manifestants tentent de franchir la barrière de sécurité le 30 mars 2018. (Forces de défense israéliennes)

« Nous n’avons pas intériorisé que le combat du 21ème siècle est autant, sinon plus, sur les écrans d’ordinateur et de télévision que sur le champ de bataille », a-t-il dit.

Le Hamas veut que les Israéliens tirent sur les civils palestiniens, a dit Oren, parce que son but n’est pas nécessairement de franchir la barrière de Gaza mais surtout de délégitimer Israël aux yeux du monde.

« Maintenant, nous devons faire ce que nous devons faire pour nous défendre. Je ne dis pas que nous devons changer ce que l’armée fait », a déclaré Oren. « Mais nous devons changer la façon dont nous expliquons ce que fait l’armée. »

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