Mark Talisman, à l’origine d’une loi majeure pour les Juifs d’URSS, s’est éteint
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Mark Talisman, à l’origine d’une loi majeure pour les Juifs d’URSS, s’est éteint

Commémoré comme "une force de la nature qui a consacré sa vie à rendre le monde meilleur", ce militant infatigable a contribué à la création du Mémorial de la Shoah américain

Mark Talisman lors d'une cérémonie à bord du porte-avions USS Harry S. Truman consacrée à un rouleau de la Torah, sauvé de Lituanien prêté au navire, le 24 juin 2007. (Crédit : U.S. Navy/Wikimedia Commons via JTA)
Mark Talisman lors d'une cérémonie à bord du porte-avions USS Harry S. Truman consacrée à un rouleau de la Torah, sauvé de Lituanien prêté au navire, le 24 juin 2007. (Crédit : U.S. Navy/Wikimedia Commons via JTA)

Mark Talisman, conseiller d’un parlementaire de l’Ohio, qui a fortement contribué à l’adoption d’une mesure clé dans le combat pour la liberté des Juifs d’URSS et a consacré sa vie à la mémoire historique et à la défense des Juifs, s’en est allé. Il aurait eu 79 ans cette année.

C’est sa fille, Jessica Talisman, qui a annoncé son décès sur Facebook.

De 1963 à 1975, Mark Talisman a officié comme chef de cabinet du représentant démocrate Charles Vanik (Cleveland). En 1972, ce dernier présente un projet de loi qui conditionnerait les échanges commerciaux américains à la politique d’émigration d’un pays. Cet amendement visait directement l’URSS et sa persécution des Juifs, interdits de pratiquer leur foi ou de quitter l’Union.

Mark Talisman aurait passé 10 jours de janvier 1973 à appeler les 435 bureaux de représentants, s’entretenant parfois des dizaines de fois avec eux avant qu’ils n’ajoutent leur nom à une liste croissante de partenaires de la loi. Il a agi de manière combinée avec le travail de terrain d’organisations juives soviétiques, qui ont insufflé un élan — en raison des objections de l’administration Nixon — pour un projet de loi qui sera adopté en 1974 et abrogé par le président Gerald Ford en 1975.

On the eve of Mikhail Gorbachev's first visit to the US in 1987, 250,000 people marched on Washington demanding freedom for Soviet Jews (photo credit: Courtesy Joshua Hammerman)
À la veille de la première visite de Mikhail Gorbatchev aux États-Unis en 1987, 250 000 manifestants marchaient dans Washington DC pour réclamer la liberté des Juifs d’URSS. (Autorisation : Conseil national des Juifs d’URSS)

Cette même année, Mark Talisman a crée le Centre d’action pour le Conseil des fédérations juives d’Amérique du Nord et y officie en tant que directeur les 17 années suivantes.

William Daroff, le directeur actuel du Centre, se souvient de son prédécesseur comme « [d’]une force de la nature qui a consacré sa vie à rendre le monde meilleur ».

En 1980, Mark Talisman est nommé vice-président du Conseil du mémorial de la Shoah américain par le président d’alors, Jimmy Carter. Composé de 60 membres, ce conseil a été établi pour soulever des fonds privés pour la construction du musée du mémorial de la Shoah américain, lequel a ouvert en 1993.

« Il partageait ses sages conseils et faisait avancer le projet. C’était un héros discret dans la création du musée du mémorial de la Shoah des États-Unis », se souvient dans un e-mail Michael Berenbaum, ancien chef de projet du musée.

En 1983, Mark Talisman et son épouse, Jill, ont créé la Fondation Judaica (Project Judaica Foundation), une organisation caritative soutenant les efforts visant à sauver et exposer des Judaica historiques ou menacés. D’après Michael Berenbaum, Mark Talisman a joué un rôle crucial dans la mise sur pied d’une exposition de Judaica au musée Smithsonian de Washington et dans d’autres musées américains en 1983.

Le Mémorial de la Shoah américain à Washington D.C. (Crédit : CC BY SA/Agnosticpreacherskid/Wikimedia commons)

Mark Talisman a obtenu une maîtrise et un master à Harvard. Sa famille et lui étaient membres du Temple Emanu El, dans l’Ohio.

Dans un hommage au président Ford écrit en 2007 dans les colonnes du Cleveland Jewish News, il s’est souvenu du jour où le chef de l’État devait officiellement ratifier son projet de loi. Son épouse était sur le point de donner naissance à leur fille dans un hôpital de Washington. Gerald Ford retarda alors la cérémonie officielle et dépêcha une voiture pour faire venir Mark Talisman à la Maison-Blanche.

« Même si cet amendement a peu fait, initialement, pour aider les Juifs d’URSS, à la fin des années 1980, Mikhail Gorbatchev accepta de le respecter », a-t-il écrit. « Depuis, des centaines de milliers de réfugiés soviétiques (des Juifs, des chrétiens évangéliques et des catholiques) ont immigré aux États-Unis, et plus d’un million de Juifs d’URSS ont immigré en Israël. Aujourd’hui, ces derniers représentent un cinquième des Israéliens et ont significativement changé le visage de l’État juif ».

En plus de son épouse et de sa fille, Mark Talisman laisse derrière lui son fils, Raphael.

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