Mauritanie : une diplomate démissionne après un tweet antisémite
Rechercher

Mauritanie : une diplomate démissionne après un tweet antisémite

Mariem Aouffa s'était réjouie de l'expulsion de JM Pelenc, le qualifiant de "juif appartenant à Charlie Hebdo, qui offense la religion musulmane en général"

Le président de la Mauritanie, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, arrive au sommet du G5 sur le Sahel à Pau, dans le sud-ouest de la France, le 13 janvier 2020. (Crédit : Regis Duvignau/Pool Photo via AP)
Le président de la Mauritanie, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, arrive au sommet du G5 sur le Sahel à Pau, dans le sud-ouest de la France, le 13 janvier 2020. (Crédit : Regis Duvignau/Pool Photo via AP)

Une diplomate mauritanienne de haut-rang a annoncé mardi avoir démissionné après un tweet à connotation antisémite contre un militant français anti-esclavagiste, refoulé la semaine dernière à son arrivée à Nouakchott.

Une source proche du gouvernement a indiqué que la diplomate aurait été renvoyée si elle n’avait pas démissionné d’elle-même, sans préciser si c’était le caractère antisémite de son message qui lui aurait valu d’être sanctionnée.

Mariem Aouffa, directrice du département Amérique et Asie au ministère des Affaires étrangères, s’était réjouie sur Twitter de l’expulsion le 10 janvier de Jean-Marc Pelenc, le qualifiant de « juif appartenant à Charlie Hebdo, (journal) qui offense la religion musulmane en général, du Coran et du prophète Mohamed en particulier ».

Son tweet, accompagné de la photo d’une Une de Charlie Hebdo, a depuis été effacé.

Jean-Marie Pelenc, président de la branche française de la principale organisation anti-esclavagiste mauritanienne, l’IRA (Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste), avait été interpellé à sa sortie de l’aéroport de Nouakchott, et renvoyé en France.

Des sites mauritaniens avaient affirmé pendant le week-end, sans preuve, que M. Pelenc était lié à l’hebdomadaire satirique dont la rédaction parisienne a été la cible en janvier 2015 d’un attentat islamiste qui a fait 12 morts.

Des pompiers devant les locaux de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015. (Crédit : Philippe Dupeyrat/AFP)

Le commissaire du gouvernement mauritanien aux droits de l’Homme, Mohamed El Hassen Ould Boukhreiss, a qualifié lundi cette expulsion « d’acte isolé », dû selon lui à la « persistance de dysfonctionnements administratifs ». Elle ne reflète pas la politique d’ouverture du nouveau président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, a-t-il dit.

« La république islamique de Mauritanie, terre de rencontres, de brassage et d’hospitalité est ouverte aux visiteurs quelles que soient leurs opinions, origines ou religions », a-t-il ajouté.

Mme Aouffa a annoncé sur Twitter avoir décidé de démissionner après un message « que j’ai posté à tort ». Elle affirme son « respect pour tous les peuples (et) toutes leurs religions », et assure que ce qu’elle a écrit « ne représente pas l’opinion de mon gouvernement ou de son peuple et ne représente pas du tout mon opinion personnelle ». Elle « présente (ses) excuses à tous ceux qui ont été blessés ».

L’AFP n’a obtenu aucun commentaire des Affaires étrangères. « La diplomate a été contrainte de démissionner, sachant bien sûr qu’elle serait limogée », s’est contentée de dire une source proche du gouvernement sous le couvert de l’anonymat.

Officiellement aboli en 1981, l’esclavage perdure en Mauritanie, bien que les sanctions aient été durcies en 2015, selon les ONG spécialisées.

L’IRA a vivement critiqué sur son site internet la prise de position de la diplomate, équivalant selon elle à approuver l’attaque contre Charlie Hebdo. La « judéophobie », courante en Mauritanie selon l’association, « se double ici d’une promotion du jihad de la part d’une employée de l’Etat dans le domaine ô combien stratégique de la diplomatie », estime l’IRA-Mauritanie.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...