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Même le retour de Natalie Portman peine à sauver le nouveau Marvel avec Thor

Désormais dans les salles, le blockbuster est divertissant mais ses blagues répétitives sont telles que l’on ne regrette pas que le film soit le plus court de toute la série

Natalie Portman dans 'Thor : Love and Thunder.' (Crédit : Avec l’aimable autorisation de Walt Disney Studios Motion Pictures)
Natalie Portman dans 'Thor : Love and Thunder.' (Crédit : Avec l’aimable autorisation de Walt Disney Studios Motion Pictures)

NEW YORK — L’ensemble de l’œuvre de l’univers cinématographique Marvel est lucrative et domine la culture depuis ses débuts en 2008, mais une chose notable lui a manqué, ces huit dernières années. L’actrice oscarisée d’origine israélienne Natalie Portman n’est plus apparue depuis sa prestation dans « Thor: The Dark World » en 2013.

Avec « Thor: Love and Thunder » du scénariste et réalisatrice juif-maori Taika Waititi, non seulement elle est de retour, mais en plus, cette fois, elle porte l’armure asgardienne, zoome dans l’espace-temps et manie Mjölnir, le marteau charmé qui ne peut être tenu que par un être digne de posséder le pouvoir de Thor. Mais nous y reviendrons.

Lorsque nous revoyons pour la première fois la brillante astrophysicienne qu’interprète Portman, la Dre Jane Foster, nous constatons que sa carrière a décollé depuis qu’elle et le dieu nordique du tonnerre se sont séparés. Ses travaux sur les trous de ver (auquel elle se réfère par leur nom plus juif de « ponts Einstein-Rosen ») sont suffisamment populaires pour qu’elle voie parfois des gens lire son livre. Malheureusement, cette petite satisfaction est assombrie par un long traitement de chimiothérapie.

La Dre Foster est hélas atteinte d’un cancer de stade quatre et le pronostic est assez mauvais. (Je prends un instant pour dire, plus sérieusement, que les Juifs ashkénazes ont beaucoup plus de risques d’être porteurs du gène BRCA, ce qui peut augmenter considérablement le risque de cancers chez les femmes. La détection précoce étant une mesure clé de la prévention, faites-vous tester si vous correspondez à cette description.)

Quand tout espoir semble perdu, elle ressent « l’appel » des morceaux de l’arme brisée de Thor, Mjölnir, désormais sous verre dans « New Asgard », ville scandinave de réfugiés interstellaires qui sert également d’attraction touristique digne de Disneyland.

En sa présence, le puissant marteau se réassemble et redonne à Jane sa pleine santé, des bras musclés et une magnifique chevelure blonde.

Natalie Portman et Chris Hemsworth dans ‘Thor : Love and Thunder.’ (Crédit : Avec l’aimable autorisation de Walt Disney Studios Motion Pictures)

Mais ca ne s’arrête pas là. Son nouveau rôle de Thor (pas « Lady Thor » ou « Thorgirl», mais un autre Thor) lui permet de cogner les méchants et de passer la journée aux côtés de son ex-petit ami, ce magnifique Gentil de l’espace, le Thor original, joué par le très divertissant et très musclé Chris Hemsworth. Et bien qu’il soit évident, dès leurs retrouvailles qu’il y a encore de l’amour entre eux, ses nouveaux pouvoirs divins lui prennent toute sa force vitale, et dès qu’elle repose le marteau, elle est quasi moribonde.

Pourquoi en est-il ainsi ? Et pourquoi ne peut-elle pas tout simplement fusionner le marteau à son corps pour toujours? Je ne peux pas vous apporter de réponse satisfaisante. Ce que vous devez comprendre, c’est que « Thor: Love and Thunder » est, plus encore que la plupart des projets Marvel, un film pour enfants qui passe à la vitesse de la lumière, davantage axé sur le rire facile et les prouesses que sur le sens profond de l’intrigue.

Cela rend le film divertissant, mais peut aussi être un peu fatigant. La blague sur la nouvelle arme de Thor, une hache appelée Stormbreaker, jalouse du retour de Mjölnir est drôle.

La 20eme blague du même genre est la blague de trop. Le style décontracté de Waititi, qui faisait merveille dans « Thor: Ragnarok », favorise un humour superficiel qui dépend trop d’une succession d’événements inattendus et de réactions exagérées. On ne s’attend pas à ce qu’un gars prêt au combat comme Chris Hemsworth se révèle timide ou perde confiance, et c’est donc c’est le gag qui sera servi dans chaque scène.

Ces ressorts comiques fonctionnent bien disons, dans « The Office », mais pour un film d’action-aventure, ce devrait être la garniture, pas le plat principal.

Malheureusement, il y a très peu d’enjeux dans ce film, et presque pas de moment fort. Ils font les imbéciles, guère plus. Normalement, je déteste devoir me lever pendant un film pour aller aux toilettes ou acheter des friandises, mais sincèrement, une pause de trois minutes ne peut ici que faire du bien.

Au-delà des blagues – et de l’omniprésence à l’écran de nos deux magnifiques personnages – le scénario est plutôt mécanique, avec un méchant (interprété par Christian Bale) qui tue des dieux et doit être arrêté. Cela donne lieu à une scène amusante à Omnipotence City, royaume panthéiste où les divinités de toutes les cultures – mésoaméricaines, égyptiennes, hommes pierres et cyclopes – se retrouvent pour se soutenir et parler orgies. (Je vous assure que c’est un film pour enfants, ces dialogues les laisseront indifférents.) C’est ici qu’un Russell Crowe bouffi apparaît sous les traits de Zeus, flanqué d’un ridicule accent grec. Il y a aussi une histoire d’enfants kidnappés, prisonniers d’une cage faite d’os et envoyés dans l’espace (vraiment, je vous assure, ce film est pour les enfants) et le personnage de Valkyrie qu’incarne Tessa Thompson apparaît de temps en temps sur un cheval ailé.

Les batailles font penser à des jeux vidéo, entrecoupées d’une sélection plutôt sympa de titres rock des années 80 (beaucoup de Guns N’Roses, un peu de Dio) et il y a un moment assez futé dans le royaume des ombres, où le film est littéralement vidé de toute couleur. Certaines créatures sont d’une simplicité rétro absolument délicieuse, évocatrice de Ray Harryhausen. Et les enfants martyrisés volent la vedette aux adultes à la toute fin du film.

Tessa Thompson et Natalie Portman dans ‘Thor : Love and Thunder.’ (Crédit : Avec l’aimable autorisation de Walt Disney Studios Motion Pictures)

Tout le monde sait qu’il faut regarder un Marvel jusqu’à la fin. Je ne révèlerai pas son nom, mais un acteur juif britannique prometteur est présenté sur le ton de la plaisanterie comme un ennemi à venir pour Thor. Si la conclusion du film vous parait un peu trop sentimentale, vous apprécierez peut-être la petite fioriture située juste avant le fondu final, comme un petit baiser sur le front.

Il est très difficile de ne pas aimer un film dans lequel des Vikings de l’espace se déplacent au milieu de la poussière galactique comme sur un manège de parc d’attractions, tiré par d’énormes chèvres bavardes. Mais j’aurais aimé que Taika Waititi fasse un peu plus confiance à son film.

C’est ce qui lui a valu, avec son précédent film, « Jojo Rabbit », film anti-nazi, l’Oscar de la meilleure adaptation de scénario. (Je n’hésite pas à faire ici preuve de dissidence !) Sa patte, pour moi, c’est de hurler ‘CECI EST DRÔLE’ à pleine voix, ce qui entame bien de moitié la charge humoristique. À la fin de « Thor: Love and Thunder », vous aurez peut-être l’impression que c’est le marteau de Waititi qui vous a donné un coup sur la tête.

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