Michael Bloomberg et les questions qui intéressent les électeurs juifs en 2020
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Michael Bloomberg et les questions qui intéressent les électeurs juifs en 2020

En plus des questions de politique interne, les Juifs américains tiennent compte de la position des candidats sur Israël, l’antisémitisme et d’autres sujets

Michael Bloomberg, candidat à l'investiture Démocrate et ancien maire de New York, s'exprime lors d'une conférence de presse au Lucy Craft Laney Museum à Augusta, Géorgie, le vendredi 6 décembre 2019. (Michael Holahan/The Augusta Chronicle via AP)
Michael Bloomberg, candidat à l'investiture Démocrate et ancien maire de New York, s'exprime lors d'une conférence de presse au Lucy Craft Laney Museum à Augusta, Géorgie, le vendredi 6 décembre 2019. (Michael Holahan/The Augusta Chronicle via AP)

Le 24 novembre, l’ancien maire de New York Michael Bloomberg a fait une entrée tardive dans la campagne à l’investiture démocrate pour les présidentielles de 2020 – bien qu’il ait déclaré en mars qu’il préférerait « doubler le travail que j’ai déjà fait et financé » plutôt que de se présenter.

La décision a divisé dans les cercles démocrates, mais certains ont rapidement souligné que sa grande fortune – plus de 54 milliards de dollars, pour être plus précis – pourrait lui permettre de marquer son empreinte sur la course.

S’il réussissait, Bloomberg deviendrait le premier Juif à obtenir l’investiture d’un grand parti américain, et peut-être le premier président juif.

Quelles sont les origines juives de Bloomberg ?

Bloomberg a grandi dans une partie du Massachusetts comptant peu d’autres familles juives, mais il a été élevé dans un foyer qui respectait la loi juive et a fait sa bar mitzvah.

Sa synagogue locale, le Temple Shalom, a été renommée Centre communautaire William et Charlotte Bloomberg de Medford après que Bloomberg a fait des dons à la synagogue. Il participe encore aux cérémonies lors des Grandes Fêtes, mais ses deux filles n’ont pas fait leur bat mitzvah.

Le maire de Jérusalem de l’époque, Nir Barkat (à gauche), avec Michael Bloomberg, ancien maire de New York, à l’événement MadeinJLM, le 21 mai 2014. (Crédit)

Que dit Bloomberg sur l’antisémitisme ?

En 2019, Bloomberg s’est exprimé lors de la remise des diplômes à l’Université Washington à St Louis. « Nous sommes confrontés à de nombreux défis importants aujourd’hui aux Etats-Unis – le changement climatique, la violence liée aux armes à feu, l’échec du système scolaire, l’épidémie d’opioïdes, la tendance inquiétante sur les campus au racisme, au sexisme, à la haine, à l’antisémitisme et l’intolérance des points de vue et opinions impopulaires », a-t-il dit aux nouveaux diplômés. « Pour avoir un petit espoir de surmonter ces défis, nous devons commencer par reprendre le dialogue civique à ceux qui l’ont abaissé et dégradé – et qui nous empêchent de faire avancer les choses ».

Avant les élections de mi-mandat de 2018, Bloomberg a diffusé une publicité avec des images de Pittsburgh après la fusillade antisémite contre la Synagogue de l’Arbre de Vie. « La violence politique déchire le cœur de notre démocratie. Et la violence contre un groupe religieux, dans une maison de Dieu, déchire celui de notre humanité. Pendant ces moments de grande tragédie nationale, nous nous tournons vers Washington pour nous guider, nous offrir des solutions, pour nous rassembler et pour parler à tous les Américains », pouvait-on entendre Bloomberg en voix-off.

Il a également fait de nombreuses déclarations sur le sujet lors de ses 11 années en tant que maire de New York. Voici un exemple de 2011, en réponse à des crimes antisémites sur des biens (« ce type d’actes haineux n’a aucune place dans la ville la plus libre du pays le plus libre au monde »).

Que pense-t-il du mouvement BDS ?

En 2013, le maire Bloomberg a dit qu’il « ne pouvait pas être en plus fort désaccord » avec le BDS, et en 2014, il a qualifié le mouvement de « scandale » qui est « totalement déplacé », selon un article de Jodi Rudoren.

Pourtant, il a défendu la décision d’une université de Brooklyn en 2014 de co-parrainer un panel de discussion sur le mouvement.

« Si vous voulez aller dans une université où le gouvernement décide quel sujet peut être discuté ou non, je vous suggère de vous inscrire à une école en Corée du Nord », a déclaré Bloomberg lors d’une conférence de presse concernant la polémique de l’université Brooklyn.

Le maire de New York, Michael Bloomberg, (debout au podium), prend la parole lors du petit-déjeuner législatif du conseil de la communauté juive de Borough Park, le dimanche 18 octobre 2009, dans la section Borough Park du quartier de Brooklyn, à New York, en présence de l’ancien maire Rudy Giuliani, (assis à droite). (AP Photo/Tina Fineberg)

Quelle est la relation de Bloomberg avec les organisations juives ?

Bloomberg est un philanthrope prolifique et a donné à de nombreuses causes juives. En plus de financer le réaménagement de la synagogue de son enfance, son nom est apposé sur le siège de Jérusalem du Magen David Adom – qu’il a nommé la station William H. Bloomberg MDA de Jérusalem en l’honneur de son père – et a également dédié le Charlotte R. Bloomberg Mother and Child Center au Centre médical de l’Université Hadassah de Jérusalem à sa mère pour son 95e anniversaire en 2003.

Lorsqu’il était maire, M. Bloomberg a aidé à lancer (et a donné 100 millions de dollars à l’effort de création) Cornell Tech, l’université de recherche de haute technologie de l’île Roosevelt qui est une coentreprise entre l’Université Cornell et le prestigieux Technion de Haifa.

L’ancien maire de New York Michael Bloomberg s’exprime lors d’une cérémonie au Cornell Tech à Roosevelt Island à New York, le mardi 16 juin 2015. (AP Photo/Seth Wenig)

En septembre, Bloomberg Philanthropies a lancé Hazira, un programme d’innovation pour améliorer les villes israéliennes.

À l’époque où Bloomberg était républicain, en tant que maire en 2004, il a assisté à une réception lors du congrès du parti, tenu cette année-là dans sa ville, organisé par l’AIPAC et les Fédérations juives d’Amérique du Nord. S’adressant à des Juifs qu’il jugeait sceptiques quant à la réélection de George W. Bush à la présidence, M. Bloomberg a déclaré que M. Bush était meilleur que son rival démocrate, John Kerry, parce qu’Israël était « la seule question qui comptait ».

« Il n’y a pas deux personnes qui sont d’accord sur tout, mais quand il s’agit de défendre Israël, ce qui, je pense, est comme défendre l’Amérique, George Bush a été là », a dit Bloomberg.

Dans cette photographie du 26 novembre 2019, le candidat à l’investiture Démocrate Michael Bloomberg parle aux médias à Phoenix. (AP Photo/Rick Scuteri)

Que pense-t-il d’Israël ?

En 2005, il s’est rendu en Israël en tant que maire de New York, à la tête d’une délégation américaine. Bloomberg a dit : « Cette visite est allée au cœur même de la raison d’être de l’État d’Israël, et de la raison pour laquelle il doit toujours perdurer. Ce printemps marque le 60e anniversaire de la fin de la Shoah. Nous ne devons jamais oublier les énormes atrocités qui ont été commises à l’époque. »

Comme JTA l’a écrit à l’époque, Bloomberg est « conventionnellement pro-Israël ».

New York City Mayor Michael Bloomberg visits Sderot in January 2009 and sees a collection of debris from rockets fired at the town from Gaza. (Photo credit: Kobi Gideon/Flash90)
Michael Bloomberg, alors maire de New York, visite Sdérot en janvier 2009 et découvre un amas de débris de roquettes tirés sur la ville depuis Gaza. (Crédit : Kobi Gideon/Flash90)

Pendant la guerre de Gaza de 2014, Bloomberg s’est envolé pour Israël, défiant l’interdiction de l’Autorité fédérale de l’aviation de se rendre en Israël. Bloomberg a tweeté qu’il était là « pour montrer son soutien au droit d’Israël à se défendre », et il a écrit une tribune dans Bloomberg View expliquant pourquoi.

Que pense-t-il de Netanyahu ?

En 2014, il avait tweeté que Netanyahu était « un grand leader et ami ».

Quelle est sa position sur le conflit israélo-palestinien ?

Bloomberg est favorable à une solution à deux États.

« Mon avis personnel, c’est qu’il faut avoir la solution à deux États, car les deux camps pensent que Dieu leur a donné la même parcelle de terre. Il faut diviser cette parcelle et en donner une partie à chacun. C’est la moitié du gâteau. C’est mieux que pas de gâteau du tout. Et cela pourra apporter la pièce. Pour que votre peuple, mon peuple et son peuple puissent avoir une meilleure vie », avait-il déclaré à Arab News en septembre 2019.

Qu’a-t-il dit au sujet de l’aide à Israël, des implantations ou de l’annexion de la Cisjordanie ?

En 2011, Bloomberg avait été interrogé sur la réélection de Barack Obama : faudrait-il que le président cesse de faire pression sur Israël en faveur d’un arrêt des constructions dans les implantations pour qu’il le soutienne ? L’intéressé n’avait pas totalement répondu à la question, mais avait rétorqué : « Le soutien des États-Unis à Israël est dans l’intérêt de tous les Américains, je pense, pas seulement les Juifs américains, mais tous, et il s’agit d’une question très importante pour moi ».

Cinq ans plus tard, Bloomberg News avait publié un édito non signé reprochant à l’administration Obama sortante de s’être abstenue sur une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU condamnant la politique d’implantation israélienne. The New York Sun, un quotidien néo-conservateur en ligne, semblait penser que Bloomberg était derrière ce papier, le félicitant pour sa sortie.

Michael Bloomberg, à droite, reçoit le Prix Genèse du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu alors que le président du Prix Genèse Stan Polovets les observe, le 22 mai 2014. (Crédit photo: Haim Zach/GPO/Flash90)

Anecdote juive amusante

En 2013, Bloomberg a reçu la première édition du prix Genesis — surnommé le Nobel juif — qui distingue « des individus pour leurs réussites et leur engagement pour les valeurs juives ». Bloomberg avait utilisé la rétribution pécuniaire accompagnant le prix pour créer un challenge de projets « guidés par les valeurs juives ». Depuis, Ruth Bader Ginsburg, Natalie Portman et Michael Douglas, entre autres, ont reçu le prix.

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