Le petit garçon noyé s’était vu refuser le droit d’asile au Canada
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Le petit garçon noyé s’était vu refuser le droit d’asile au Canada

Fuyant l'État islamique, la famille Kurdi avait tenté d'atteindre l'Amérique du Nord avec l'aide d'une tante vivant à Vancouver

Un officier de police turc porte le cadavre d'un enfant migrant au large des côtes à Bodrum, au sud de la Turquie, le 2 septembre 2015 (Crédit : AFP / DOGAN AGENCE DE NOUVELLES)
Un officier de police turc porte le cadavre d'un enfant migrant au large des côtes à Bodrum, au sud de la Turquie, le 2 septembre 2015 (Crédit : AFP / DOGAN AGENCE DE NOUVELLES)

Le jeune enfant dont le corps a échoué mercredi sur une plage turque était un réfugié syro-kurde dont la famille avait désespérément tenté d’atteindre l’Amérique du Nord, bien que le Canada ait rejeté leur demande d’asile.

L’image d’un policier portant le corps d’Aylan Kurdi, 3 ans, sur une plage turque a déclenché des réactions horrifiées alors que la tragédie de la crise des réfugiés frappant l’Europe est en plein essor.

Aylan s’est noyé avec sa mère et son frère de 5 ans, ainsi qu’au moins une dizaine d’autres passagers quand le bateau surchargé dans lequel ils voyageaient a chaviré lors d’une tentative pour atteindre l’île grecque de Kos.

L’image d’Aylan couché sur le ventre au milieu des vagues à l’une des principales stations touristiques de la Turquie a suscité l’horreur à travers le monde, provoquant de nombreux appels à l’Europe pour faciliter l’accueil de milliers de réfugiés fuyant la guerre.

15 autres passagers du bateau ont pu être sauvés dont Abdullah, le père de la famille. Selon un reportage, il a dit qu’il souhaite maintenant revenir pour enterrer sa famille dans leur ville natale.

Le député canadien Fin Donnelly a révélé au journal The Canadian Press qu’une femme de la région de Vancouver avait cherché à parrainer la mère et ses deux enfants, mais que sa demande avait été rejetée par les responsables de l’immigration.

Le Ottowa Citizen citant la tante d’Aylan, qui a immigré à Vancouver il y a plus de vingt ans, a dit que la demande de statut de réfugié financée à titre privé de la famille Kurdi avait été rejetée en juin par le departement de la citoyenneté canadienne et de l’Immigration.

Comme des milliers de réfugiés en Turquie, ils ne sont pas enregistrés comme réfugiés par le HCR et le gouvernement turc n’accorde pas de visas de sortie aux réfugiés non enregistrés sans passeport valide.

« J’ai tenté de les parrainer, et mes amis et voisins m’ont aidé avec les garanties bancaires, mais nous n’avons pas pu les faire sortir, et voilà pourquoi ils sont montés sur le bateau. J’ai même payé un loyer pour eux en Turquie, mais c’est horrible la façon dont ils traitent les Syriens là-bas », a dit Teema Kurdi.

Aylan et sa famille avaient embarqué sur un petit bateau destiné à quatre personnes, mais qui apparemment transportait 15 réfugiés. La famille considérée comme originaire de la ville kurde syrienne de Kobani a fui l’année dernière vers la Turquie pour échapper aux extrémistes de l’Etat islamique.

L’Europe, où les tensions montaient face à l’afflux de dizaines de milliers de réfugiés et de migrants, était sous le choc après la publication des photos du corps sur une plage turque d’un petit garçon mort noyé dans le naufrage de deux embarcations transportant des Syriens.

Ces bateaux étaient partis dans la nuit de mardi à mercredi de la ville côtière turque de Bodrum à destination de l’île grecque de Kos, l’un des plus courts passages maritimes entre la Turquie et l’Europe, lorsqu’ils ont chaviré, ont expliqué les garde-côtes turcs.

Rapidement prévenus par les cris des naufragés, les sauveteurs ont repêché douze corps sans vie parmi lesquels celui d’un garçon âgé de quelques années, dont les photos ont envahi les réseaux sociaux sous le mot-dièse #KiyiyaVuranInsanlik (« l’humanité échouée » en turc).

L’une d’entre elles montre le cadavre de l’enfant, tee-shirt rouge et short bleu, face contre terre, sur une des plages de la station balnéaire de Bodrum.

De nombreux internautes ont confié leur émotion sur Twitter : « Où va ce monde ? », a commenté l’un, « Plus jamais ça ! », a renchéri un autre.

Les images étaient aussi largement commentées dans la presse européenne.

Selon le quotidien britannique The Guardian, elles résument « toute l’horreur du drame humain qui se déroule sur les côtes européennes ». « Si ces images extraordinairement fortes d’un enfant syrien rejeté sur une plage ne modifient par l’attitude de l’Europe vis-à-vis des réfugiés, qu’est-ce qui le fera ? », interroge de son côté The Independent.

En Italie, le quotidien italien La Repubblica a tweeté « La photo qui fait taire le monde », et en Espagne, le journal El Pais en faisait le « symbole du drame migratoire », tandis qu’El Periodico titrait sur le « Naufrage de l’Europe ».

Un flux continu

A peine avaient-ils débarqué sur les côtes italiennes et grecques, où les arrivées ne tarissent pas, que migrants et réfugiés continuaient d’être attirés comme des aimants par l’Allemagne.

Au seul port athénien du Pirée, près de 4 500 d’entre eux ont mis pied à terre mercredi sur le continent européen, transférés par bateaux spéciaux de Lesbos, en Egée orientale.

Au large des côtes libyennes, ce sont près de 3 000 personnes, dont des centaines de femmes et d’enfants, qui ont été secourues mercredi, selon les garde-côtes italiens et l’ONG Médecins sans frontières.

La Grèce a décidé d’améliorer la prise en charge des exilés et s’est engagée à « accélérer » leur enregistrement et leur identification. C’est là une des demandes de ses partenaires européens pour mettre fin à leur dispersion incontrôlée dans l’Union européenne.

Depuis le début de l’année, la Grèce a compté un record de 160 000 arrivées, parmi les plus de 350.000 personnes au total ayant tenté le passage par la Méditerranée, dont plus de 2 600 sont morts pendant la traversée.

La plupart ont ensuite emprunté la route des Balkans pour gagner le nord de l’Europe, abandonnées à leur sort par les autorités grecques.

L’Allemagne a indirectement encouragé cet exode en renonçant à renvoyer les Syriens vers leur pays d’entrée dans l’UE, et en s’engageant à traiter leurs demandes d’asile.

Plusieurs centaines de réfugiés et de migrants ont ainsi continué d’affluer mercredi dans ce pays, après l’arrivée record mardi de 3 709 personnes sans visa, passées par la Hongrie et l’Autriche voisine.

Vienne a du coup haussé le ton mercredi contre cette entaille allemande aux accords de Dublin réglant en principe la prise en charge des réfugiés dans l’UE.

« J’ai toujours mis en garde contre une suspension des accords de Dublin (…) nous en voyons les effets maintenant », a déploré le ministre de l’Intérieur Johanna Mikl-Leitner.

A Budapest, une centaine de migrants ont manifesté devant la principale gare de la capitale hongroise cependant que la police empêchait 2 000 personnes de monter dans des trains pour l’Autriche et l’Allemagne.

Mardi, 2 284 personnes, dont 353 enfants, sont entrées en Hongrie, qui a compté au total plus de 50 000 arrivées en août, en dépit de la clôture de barbelés érigée le long de sa frontière avec la Serbie.

L’espace Schengen menacé ?

Pour faire face à cet afflux de populations fuyant la guerre, les persécutions et la pauvreté au Moyen-Orient et en Afrique, « le plus important est d’apporter la paix et la stabilité » dans les régions en crise, a pour sa part affirmé le Premier ministre britannique David Cameron.

« Je ne pense pas qu’une réponse puisse être trouvée en prenant en charge de plus en plus de réfugiés », a-t-il insisté.

Dans le même temps, une pétition exhortant le gouvernement britannique à accueillir davantage de réfugiés avait recueilli mercredi soir plus de 20 000 signatures sur le site internet du Parlement.

Le risque se dessine désormais d’une crispation menaçant la liberté de mouvement dans l’UE, un des principaux succès de la construction européenne.

Pour négocier une sortie de crise, la Commission européenne plaide pour une modification des accords de Dublin, au risque de relancer les divisions récurrentes entre les 28 sur ce chantier, à l’approche d’une réunion européenne le 14 septembre.

La question sera abordée jeudi et vendredi par le numéro deux de l’exécutif européen Frans Timmermans et le commissaire chargé des migrations Dimitris Avramopoulos, en visite en Grèce.

L’Allemagne, la France et l’Italie ont à cet égard réclamé, dans une lettre de leurs chefs de la diplomatie publiée mercredi, une refonte du droit d’asile en Europe, qu’ils jugent dépassé, et une meilleure répartition des migrants dans toute l’UE.

Manuel Valls : La photo du petit Syrien mort noyé montre « l’urgence d’agir »

La photo qui émeut le monde d’un petit Syrien de trois ans mort noyé dans le naufrage d’une embarcation de migrants tentant de rejoindre la Grèce montre « l’urgence d’agir », a réagi jeudi le Premier ministre français, Manuel Valls.

« Il avait un nom: Aylan Kurdi. Urgence d’agir. Urgence d’une mobilisation européenne », a tweeté le chef du gouvernement, en publiant une des photos montrant un policier turc portant le cadavre de l’enfant.

« C’est insoutenable », a réagi pour sa part la ministre française de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem, s’exprimant sur la télévision iTélé.

« Et en même temps, il ne faut pas qu’on se trompe de débat comme très souvent. Plus insoutenable encore que cette image – qu’il faut à mon avis montrer, parce qu’on ne doit pas détourner le regard – est la situation de ces migrants », a estimé Mme Vallaud-Belkacem.

« Certains se demandent si c’est pertinent de montrer ce genre de photo (…) Je trouve qu’il faut le faire, bien sûr », a estimé pour sa part la ministre française.

« Parce que nous devons ouvrir les yeux, nous devons être éclairés sur la réalité de ces migrations, de cette misère, de ces situations terribles qui poussent les migrants sur les routes avec leurs enfants au risque de leur vie », a-t-elle expliqué.

« Depuis le début de l’année ce sont plus de 2 500 migrants qui sont morts noyés en Méditerranée », a rappelé la ministre Vallaut-Belkacem.

« Oui, nous avons une responsabilité, tous collectivement, et l’Europe en ce qui nous concerne, a une responsabilité, c’est pour ça que sur cette question des migrants il faut toujours se garder des discours définitifs », a-t-elle souligné.

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