Moissac, une ville de Justes remportée par un candidat RN aux tweets antisémites
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Moissac, une ville de Justes remportée par un candidat RN aux tweets antisémites

Romain Lopez, le nouveau maire d'extreme droite, avait décrit Serge Klarsfeld comme l’un des "apôtres du complexe victimaire [qui] ne savent plus quoi inventer"

Romain Lopez, suite à sa victoire à la mairie de Moissac, le 28 juin 2020. (Crédit : Quentin Lamotte / Twitter)
Romain Lopez, suite à sa victoire à la mairie de Moissac, le 28 juin 2020. (Crédit : Quentin Lamotte / Twitter)

Romain Lopez, ancien attaché parlementaire de Marion Maréchal et soutenu par le Rassemblement national, a remporté dimanche une large victoire, avec 62,45 % des voix, à Moissac, a annoncé la mairie de cette commune agricole du Tarn-et-Garonne divisée par la présence de saisonniers roms bulgares.

Ce trentenaire originaire de Moissac, qui menait une liste sans étiquette, qui avait recueilli 47 % au 1er tour s’est imposé, face à Estelle Hemmami, une enseignante de 45 ans qui menait une « liste citoyenne » divers gauche.

Historiquement ancrée à gauche, Moissac est considérée comme une ville de Justes parmi les nations, ayant permis le sauvetage de 500 Juifs durant la Seconde Guerre mondiale. Dix habitants de la commune ont d’ailleurs été reconnus comme Justes par l’Etat d’Israël.

Son nouveau maire, Romain Lopez, avait été l’auteur il y a quelques années de tweets antisémites, ont rapporté l’Union des étudiants juifs de France et le journal Le Monde.

Moissac, ville symbole de la résistance, passe aux mains d’un antisémite notoire avec l’assentiment et les félicitations…

פורסם על ידי ‏‎Union des Etudiants Juifs de France [ UEJF ]‎‏ ב- יום ראשון, 28 ביוני 2020

En 2015, peu après les attentats de Charlie Hebdo et du magasin Hyper Cacher, le futur maire d’extrême droite avait réagi à la formation d’un groupe d’études sur l’antisémitisme à l’Assemblée nationale par ces mots : « Comme s’il n’y avait pas eu assez d’études sur ce sujet… »

Le responsable politique avait également à l’époque décrit l’avocat Serge Klarsfeld, chasseur de nazis engagé dans la lutte contre l’antisémitisme, comme l’un des « apôtres du complexe victimaire [qui] ne savent plus quoi inventer ».

Dans un troisième post, il répondait à un message du polémiste Alain Soral, qui avait écrit : « L’Europe, Charlie et… le Donbass ignoré de tous. »

Lopez lui avait ainsi répondu : « Sans parler des 2 000 chrétiens du Nigeria mais ils ne sont ni journalistes ni Juifs. Donc le système ‘se frego’. » Par l’expression « se frego », il faisait référence à la devise « me ne frego », « je m’en fous », du dictateur fasciste Benito Mussolini.

Face aux médias qui l’interrogent à ce sujet, Romain Lopez explique une « erreur de jeunesse ». « Vous savez, ici, ces tweets n’intéressent personne », a-t-il déclaré au journal Le Monde.

Afin de se dédouaner de tout antisémitisme, le candidat avait, jusqu’à sa victoire dimanche soir, épinglé en une de sa page Twitter un message vidéo de Paul-Alain Altar, dit Alter, enfant juif réfugié à la Maison des enfants de Moissac pendant la guerre, également grand-père de Julien Leonardelli, délégué départemental du Rassemblement national de Haute-Garonne.

Je remercie chaleureusement Paul-Alain ALTAR DIT ALTER, enfant juif réfugié à la Maison des enfants de Moissac pendant la guerre, pour son vibrant témoignage ainsi que son soutien :

פורסם על ידי ‏‎Romain Lopez‎‏ ב- יום חמישי, 25 ביוני 2020

« Je soutiens la liste de Romain à deux mains. Je suis vraiment de son côté. Tout en étant israélite, mais Marine a beaucoup changé par rapport aux conneries que disait son père », expliquait l’homme dans sa vidéo.

Dimanche, avant même l’annonce de sa victoire, M. Lopez avait déclaré à l’AFP : « Nous étions dans la course pour gagner mais ne nous attendions pas à cette ampleur. Cela confirme que notre projet a su fédérer des Moissagais de toutes les sensibilités. »

« Depuis le début, nous sommes sur une logique de rassemblement puisque nous sommes une liste divers droite où il y a six adhérents RN, une majorité de gens de droite et quelques personnes de gauche », a-t-il ensuite mis en avant.

« Je ne suis pas moins républicain que les autres candidats et pas plus qu’eux. On va redonner confiance au personnel municipal et on tentera de résoudre les incivilités pour redonner une bonne image à Moissac », a-t-il ajouté.

Maryse Baulu, arrivée en 3e position en mars, à la tête de la majorité de centre-droit du maire sortant, Jean-Michel Henryot, s’était désistée sans consigne de vote, qualifiant « d’extrémistes » les deux listes arrivées en tête.

La commune de 13 000 habitants avait pour la première fois basculé à droite en 2014.

Romain Lopez avait axé sa campagne sur la promesse de « restaurer l’autorité » et la « propreté » de la localité face aux réticences soulevées par la venue de plusieurs centaines de saisonniers roms bulgares, dont certains restent à l’année.

« Si elle veut rester à Moissac, la communauté rom bulgare doit faire comme l’on fait mes grands-parents (venus d’Espagne), s’assimiler, il n’y a pas de fatalité », affirmait-il récemment à l’AFP.

La présence des saisonniers « est un sujet dans la bouche des Moissagais depuis plusieurs années » mais il a pris « d’énormes proportions avec le RN qui en joue », soutenait pour sa part sa rivale dans la dernière ligne droite avant le scrutin.

M. Lopez a attribué sa victoire à un « regain de participation de huit points par rapport » à mars, où 50 % des électeurs s’étaient abstenus.

Au cours des années 2010, l’arrondissement de Castelsarrasin et en particulier la ville de Moissac sont devenus les principales places fortes de la communauté rom bulgare sur le territoire français, une spécificité liée aux importants besoins du secteur agricole.

Au fil des années, beaucoup se sont installés durablement à Moissac, comme l’avaient fait avant eux les saisonniers marocains dans les années 1970.

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