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« My Name is Sara », l’histoire d’une fillette juive qui a survécu à la Shoah

Le film, qui est projeté au Quad Cinema, à New York, est l'adaptation de l'histoire vraie de Sara Góralnik Shapiro, qui avait vécu comme une chrétienne pour échapper au génocide

JTA — Sara Góralnik Shapiro a survécu à la Shoah en se faisant passer pour une chrétienne et en travaillant pour des fermiers ukrainiens. Elle devait ensuite vivre une existence longue et prospère au sein de la communauté juive de Detroit, dont elle était membre.

L’histoire est incroyable en elle-même – et il n’est guère surprenant qu’il ait inspiré un long-métrage. Et ce film, « My name is Sara », la dernière production spectaculaire de l’USC Shoah Foundation, est dorénavant projeté dans tous les États-Unis, trois ans après avoir été réalisé.

La fondation a récemment élargi ses activités – si elle soutenait, dans le passé, les documentaires sur le génocide juif, elle s’aventure dorénavant dans les longs-métrages, adaptations ou fictions. Cela été le cas, récemment, de « The Survivor » qui a été diffusé sur HBO.

« My Name is Sara » suit la jeune Sara (l’actrice polonaise Zuzanna Surowy dont il s’agit du premier rôle à l’écran) et son frère, Moishe, alors qu’ils fuient les nazis en 1942. Les autres membres de leur famille ont déjà été massacrés. Sur la suggestion de Moishe, le frère et la sœur décident de se séparer et Sara, sous un faux nom, se place à la merci d’un couple de fermiers. Elle parvient à déjouer leurs soupçons immédiats sur son judaïsme en faisant avec succès le signe de croix et lors de son premier dîner sous leur toit, elle mange avec enthousiasme un plat de porc.

L’actrice polonaise Zuzanna Surowy dans ‘My Name Is Sara.’ (Crédit : Strand Releasing/ via JTA)

Sa ruse réussie, Sara et son histoire passent rapidement à l’arrière-plan, laissant la place aux difficultés vécues dans le foyer des fermiers (qui sont interprétés par Michalina Olszanska et Eryk Lubos). En plus de ses problèmes conjugaux, le couple se bat aussi pour pouvoir joindre les deux bouts, harcelé et intimidé par les « libérateurs » soviétiques et par les partisans Juifs, les nazis faisant une apparition de temps en temps. C’est un film qui suscitera l’intérêt potentiel des amoureux de l’Histoire désireux d’en savoir davantage sur la manière dont la classe ouvrière non-juive a résisté aux forces d’occupation pendant la Seconde Guerre mondiale – mais qui s’avère être moins pertinent s’il s’agit de comprendre la survie des Juifs pendant la Shoah.

Steven Oritt, réalisateur de documentaires dont c’est le premier long-métrage de fiction, et le scénariste David Himmelstein, notamment à l’origine du scénario des « Coulisses du pouvoir » de Sidney Lumet, ne négligent pas pour autant ces moments où l’identité de Sara est sur le point d’être percée à jour. Elle est ainsi entendue en train de se réciter à elle-même, dans un cauchemar, la prière de Shema ; à un autre moment, la famille la pousse à s’habiller en « Juive » lors d’une fête et elle revêt ainsi un masque antisémite au nez crochu assorti de payot (ces papillotes portées par un grand nombre d’hommes orthodoxes) entourée par une foule de danseurs. Surowy réagit à ces moments avec une sorte d’indifférence, comme absente d’elle-même, gardant néanmoins un air candide – avec au fond d’elle ce degré de terreur existentielle qui ne disparaît réellement jamais.

Des centaines de films sur la Shoah ont d’ores et déjà été réalisés et un grand nombre d’entre eux ont exploré plus en profondeur l’intimité de leurs personnages que ne le fait aujourd’hui « My name is Sara ».

Ce nouveau film montre le personnage en lutte contre les pressions externes induites par la nécessité de dissimuler son identité, mais il fait peu pour mettre en lumière la difficulté, pour elle, de taire son judaïsme pendant une longue période de temps, seul moyen pour elle de survivre au génocide juif.

Une scène suggère, malgré tout, ce à quoi aurait pu ressembler cette exploration – lorsque Sara rencontre une fillette juive perdue et lui apprend à réciter le « Je vous salue, Marie », l’une des prières au centre du catholicisme, pour que l’enfant puisse éviter, elle aussi, d’être identifiée comme Juive. A la fin du film, Sara revendique et son nom et le judaïsme – mettant le point final à l’une des très rares histoires sur la Shoah pouvant se prévaloir d’une happy-end toute hollywoodienne.

« My Name Is Sara » est actuellement projeté au Quad Cinema de New York et il sortira, cet été, à LA, San Francisco, Miami, Detroit et à Cincinnati.

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