Netanyahu dit qu’il a bien discuté des implantations avec Mike Pompeo
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Netanyahu dit qu’il a bien discuté des implantations avec Mike Pompeo

Rejetant les dénégations du département d'Etat, le Premier ministre affirme avoir parlé de l'annexion de la vallée du Jourdain avec le secrétaire d'Etat américain

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors de la conférence du journal israélien Makor Rishon au centre de convention international de Jérusalem, le 8 décembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors de la conférence du journal israélien Makor Rishon au centre de convention international de Jérusalem, le 8 décembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a insisté, dimanche, sur la réalité de la discussion portant sur l’annexion possible de la vallée du Jourdain et d’autres parties de la Cisjordanie avec le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo au cours d’un entretien survenu la semaine dernière, malgré les dénégations du département d’Etat, il y a vingt-quatre heures.

« Je veux la reconnaissance américaine de notre souveraineté dans la vallée du Jourdain. C’est important », a dit Netanyahu au cours d’une conférence organisée par le journal Makor Rishon, clamant que l’Etat juif dispose actuellement d’une « opportunité formidable » de réaliser le projet ainsi que de conclure un pacte de défense mutuelle entre Israël et les Etats-Unis.

« Il est temps d’appliquer la souveraineté israélienne dans la vallée du Jourdain et de régulariser toutes les communautés qui se trouvent en Judée et Samarie – celles qui sont dans les blocs comme à l’extérieur. Elles intègreront l’Etat d’Israël », a-t-il juré, utilisant le terme biblique pour la Cisjordanie et faisant référence aux blocs dits d’implantations qui, selon de nombreux observateurs, seront retenus dans le cadre d’un éventuel accord de paix avec les Palestiniens.

Israël a capturé Jérusalem-Est et la Cisjordanie – avec notamment la vallée du Jourdain – au cours de la guerre des Six jours de 1967. Les Palestiniens veulent ce territoire dans le cadre d’un futur Etat dont Jérusalem-Est serait la capitale.

Avant 1967, le territoire se trouvait entre les mains de la Jordanie, qui ne l’avait pas annexé mais qui ne l’avait pas non plus donné aux Palestiniens.

« On a pu dire que nous n’avions pas évoqué un plan formel et c’est vrai. Mais la question a toutefois été soulevée et je l’ai soulevée avec le secrétaire d’Etat Mike Pompeo. J’ai par ailleurs bien l’intention de discuter de la question avec l’administration Trump », a clamé le Premier ministre.

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo, (à gauche), rencontre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à Lisbonne, le 4 décembre 2019. (Kobi Gideon/GPO)

Ces propos ont été tenus après qu’un haut-responsable du département d’Etat américain a semblé démentir cette affirmation faite par Netanyahu, la semaine dernière.

« Je peux vous dire qu’il n’y a eu aucun plan d’annexion, plein ou partiel, pour quelque partie de la Cisjordanie que ce soit, qui ait été présenté par Israël aux Etats-Unis au cours de la réunion », a déclaré le secrétaire-adjoint aux Affaires moyen-orientales David Schenker aux journalistes au cours du point-presse officiel du département d’Etat organisé dans la journée de samedi.

« Et c’est là le positionnement adopté depuis longtemps par le gouvernement américain – celui que la répartition ultime des territoires devra être déterminée entre les parties impliquées », a ajouté Schenker, citant le soutien traditionnel apporté par Washington à des négociations israélo-palestiniennes.

Netanyahu, qui s’était exprimé jeudi à l’issue d’une visite de deux jours au Portugal durant laquelle il avait rencontré Pompeo, a affirmé explicitement, dimanche, que les deux hommes avaient débattu d’un plan d’annexion possible.

« Nous avons discuté de la question de l’annexion mais nous n’avons pas encore évoqué de calendrier. Ce genre de choses est beaucoup plus facile quand il y a un gouvernement », a indiqué Netanyahu aux journalistes dans son hôtel de Lisbonne après avoir rencontré le Premier ministre portugais Antonio Costa.

Israël a un gouvernement de transition depuis le scrutin du mois d’avril.

Le 18 novembre, Pompeo avait paru ouvrir la voie à une annexion israélienne de la vallée du Jourdain et, peut-être, d’autres parties de la Cisjordanie – lorsqu’il avait déclaré que son administration ne considérait plus comme nécessairement illégales les implantations israéliennes, rejetant un avis juridique émis par le département d’Etat, en 1978, qui avait estimé qu’elles « entraient en contradiction avec le droit international ».

Netanyahu avait juré, au mois de septembre, qu’il annexerait immédiatement la vallée du Jourdain – un territoire reliant la Cisjordanie à la Jordanie qu’Israël considère comme déterminant pour sa sécurité – s’il était réélu, une initiative qui avait été largement considérée comme une tentative de s’attirer les soutiens des électeurs de droite.

Ces derniers jours, Netanyahu a appelé de manière répétée à ce qu’un gouvernement d’unité soit formé de manière à pouvoir concrétiser cette annexion ainsi qu’à permettre la mise en place du pacte de défense mutuelle avec les Etats-Unis, citant une administration américaine favorablement disposée à ces égards.

Sa formation du Likud a même clamé que le Premier ministre était bien déterminé à rester à son poste pendant six mois supplémentaires – une demande soumise pendant les négociations de coalition portant sur un gouvernement d’unité – simplement pour concrétiser cette annexion de la vallée du Jourdain et ce pacte de défense conclu avec les Etats-Unis.

Quelques jours avant le scrutin du 17 septembre, Trump avait écrit sur Twitter qu’il s’était entretenu au téléphone avec Netanyahu sur un accord potentiel en termes de défense et qu’il espérait que ces pourparlers continueraient après les élections. Trump avait notamment affirmé sur le réseau social qu’un tel traité « ancrera encore davantage l’alliance formidable entre nos deux pays ».

S’exprimant dimanche, Netanyahu a évoqué les critiques de cette proposition de pacte de défense mutuelle qui ont été exprimées par le leader de Kakhol lavan, Benny Gantz, et d’autres responsables concernés.

« C’est possible aujourd’hui et nous ne devons pas rater cette opportunité », a expliqué Netanyahu. « Je l’ai dit à Benny Gantz. Je lui ai dit que je pouvais mettre en place cette alliance de manière telle que la liberté d’action d’Israël ne subira aucune restriction ».

Tout pacte de défense potentiel est considéré comme hautement controversé au sein de l’establishment de la défense israélienne. Les responsables s’inquiètent qu’un accord portant sur une coopération plus serrée en matière de défense ne lie les mains des militaires israéliens dans certains engagements, ou qu’il limite sérieusement leur liberté et leur indépendance d’action.

Au vu de la coopération déjà robuste entre les deux pays dans ce domaine, l’officialiser via un pacte mutuel de défense n’apporterait que peu de bénéfices supplémentaires – voire aucun, disent de nombreux experts, notamment d’anciens diplomates et officiels de la défense.

Au contraire, mettent en garde ces critiques, un tel accord pourrait entraver la liberté d’action militaire de l’État juif et comprendrait probablement l’obligation d’envoyer des troupes dans des missions, à l’étranger, pour prendre part aux guerres dans lesquelles l’Amérique est engagée.

Le président américain Donald Trump, (à gauche), accueille le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à la Maison Blanche, à Washington, le 25 mars 2019. (Crédit : Manuel Balce Ceneta/AP)

Affirmant avoir conclu de nombreux pactes et autres alliances, « certaines à l’abri des regards », qui ont favorisé les intérêts israéliens, a dit Netanyahu, « l’alliance la plus importante et la plus irremplaçable est l’alliance avec les Etats-Unis et il est temps de formuler cette même alliance sur la base d’un pacte de défense mutuelle pour les moments d’urgence, un pacte dans lequel Israël maintiendra pleinement sa liberté d’action ».

« Je peux mettre en place une alliance de défense historique et c’est ce que je vais faire, si Dieu le veut, dans les prochains mois », a-t-il continué.

Se référant au manque de progrès actuels dans les négociations visant à la mise en place d’un gouvernement d’unité, alors qu’il ne reste que quatre jours avant que des élections ne s’imposent définitivement, Netanyahu a attribué la responsabilité de l’impasse politique à Kakhol lavan, disant que si aucune avancée ne pouvait avoir lieu, le parti rival devait « laisser le peuple décider » en acceptant d’adopter un principe de scrutin direct pour désigner un nouveau Premier ministre.

« C’est une semaine décisive et significative au cours de laquelle nous saurons si Israël se rendra une nouvelle fois aux urnes ou si le sens commun prévaudra et qu’enfin, l’unité que nous cherchons se réalisera », a commenté Netanyahu. « Je n’ai épargné aucun effort, ces dernières semaines. J’ai fait beaucoup de chemin, nous avons offert et offert encore et nous n’avons obtenu qu’une réponse – Nada. Rien. Kakhol lavan n’a pas bougé d’un millimètre, pas même d’un nanomètre », a-t-il ajouté.

Néanmoins, le Premier ministre a poursuivi en disant : « Ce n’est pas trop tard, il est encore temps de former une coalition d’unité » et d’éviter un troisième scrutin en moins d’un an.

Le chef du parti Kakhol lavan Benny Gantz durant une réunion de faction à la Knesset de Jérusalem, le 2 décembre 2019. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Ni Netanyahu, ni Gantz ne sont parvenus à former une majorité avec leurs alliés respectifs lors des élections du mois de septembre. Les deux politiciens ont exprimé leur soutien à un gouvernement d’unité constitué de leurs formations respectives mais les pourparlers ont échoué à mettre en place une coalition. Chacun s’accuse mutuellement d’être responsable de l’impasse dans laquelle est plongée le pays.

Netanyahu a clamé qu’il y avait toutefois « un autre moyen d’empêcher une répétition des élections », reprenant une déclaration faite samedi en soutien à des élections directes au poste de Premier ministre.

« J’ai avancé une autre proposition hier – aux grands maux, les grands remèdes – j’ai proposé à Benny Gantz de rejoindre un gouvernement d’unité et je lui redis, aujourd’hui, de rejoindre un gouvernement d’unité à mes côtés. Mais il est incapable de prendre une telle décision – alors laissons le peuple prendre la décision. Il faut mettre en place un scrutin rapide pour désigner directement le Premier ministre, laissons le peuple décider de celui qui deviendra Premier ministre », a-t-il continué.

« Cela nous permettra de ne pas perdre des mois, d’éviter des élections à la Knesset, et d’économiser beaucoup d’argent », a-t-il dit.

Cette proposition pourrait toutefois être remise en cause par la Haute cour de justice parce qu’elle impliquerait des réformes d’envergure qui seraient alors menées par un gouvernement intérimaire, et ce, dans le cadre d’une campagne électorale. Autrement dit changer les règles du jeu pendant la partie.

Tandis qu’un scrutin direct pour le poste de Premier ministre déterminerait de manière automatique la personnalité chargée de former le gouvernement, il ne modifierait pas pour autant l’arithmétique de la coalition et le vainqueur devrait toujours former une majorité à partir des mêmes partis élus au mois de septembre.

Kakhol lavan a répondu samedi soir aux propos de Netanyahu : « Nous sommes attachés à l’idée d’éviter un scrutin coûteux et inutile, mais pas de recourir à des effets visant à restaurer un système électoral qui a… misérablement échoué ».

Selon la formation, cette idée est « une proposition creuse qui a pour but de détourner l’attention et la critique de Netanyahu, accusé dans trois dossiers graves pour corruption et qui est le seul responsable de cette perspective de traîner l’Etat d’Israël pour la troisième fois » vers les urnes.

Raphael Ahren et l’équipe du Times of Israel ont contribué à cet article.

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