Netanyahu se tourne vers la communauté ultra-orthodoxe pour obtenir des voix
Le chef de l'opposition va à Bnei Brak où il courtise un rabbin controversé et parle aux journalistes haredim afin de pallier l’apathie des électeurs dans la communauté
Jeremy Sharon est le correspondant du Times of Israel chargé des affaires juridiques et des implantations.
Le leader de l’opposition Benjamin Netanyahu a mené une campagne intensive ces derniers jours pour dynamiser le vote des électeurs ultra-orthodoxes et maximiser le potentiel électoral de la communauté haredi avant les élections générales de mardi.
L’ancien Premier ministre s’est entretenu avec des journalistes ultra-orthodoxes autour d’un cholent jeudi soir, puis il a rencontré vendredi une personnalité controversée de la communauté hassidique de Breslev afin d’obtenir son soutien pour le parti Shas. Enfin, il a organisé un rassemblement dans la ville ultra-orthodoxe de Bnei Brak samedi soir.
Cette initiative, qui vise à renforcer ses alliés des partis ultra-orthodoxes Shas et Yahadout HaTorah, vient répondre aux inquiétudes exprimées par certains politiciens et dirigeants rabbiniques de la communauté, qui craignent que les membres de leur communauté ne délaissent les urnes.
Un grand rassemblement pré-électoral traditionnellement organisé par Yahadout HaTorah a été annulé récemment, apparemment par crainte d’un nombre insuffisant de participants. Le parti a préféré opter en conséquence pour une série de petits rassemblements.
La semaine dernière, le rabbin Gershon Edelstein, âgé de 99 ans, l’un des principaux rabbins de la communauté, a lancé une mise en garde spécifique contre l’apathie des électeurs ultra-orthodoxes – des propos que Yahadout HaTorah a repris dans une publicité de campagne.
Comme les années précédentes, la communauté est aussi confrontée à un sectarisme qui perdure. Certains groupes, comme la Faction de Jérusalem de la ligne dure ne votent pas du tout tandis que d’autres, comme un groupe qui a fait scission de l’importante branche hassidique de Gur, ne soutiennent plus Yahadout HaTorah.
Le leader sortant du parti Yahadout HaTorah, le député Moshe Gafni, a récemment rejeté l’hypothèse d’une apathie généralisée au sein de la communauté ultra-orthodoxe. Il a déclaré à JDN, un site d’information haredi, que la communauté s’était « réveillée ces derniers jours », après les fêtes juives et la lassitude des élections générales en Israël.
« Aujourd’hui, cette prise de conscience est grande et tout le monde est attentif », a déclaré Gafni.
Yahadout HaTorah et Shas sont tous les deux des membres déterminants du bloc religieux de droite de Netanyahu, qui devrait remporter 60 des 120 sièges lors des prochaines élections. La présence des alliés ultra-orthodoxes de l’ex-Premier ministre sera essentielle pour obtenir un siège supplémentaire ; toute perte de voix chez les ultra-orthodoxes pourrait menacer la possibilité, pour le chef du Likud, de revenir au pouvoir.
Jeudi soir, Netanyahu a rencontré plusieurs journalistes ultra-orthodoxes pour leur dire qu’il était préoccupé par le manque de dynamisme au sein de la communauté, en particulier parmi les électeurs de Yahadout HaTorah.
Samedi soir, Netanyahu est arrivé à Bnei Brak dans son camion Bibi is Coming [Bibi arrive], s’adressant à plusieurs centaines de personnes dans les rues de la ville.
« Selon nos statistiques, il y a l’équivalent d’un siège à la Knesset parmi les électeurs ultra-orthodoxes qui resteront chez eux et qui n’iront pas voter », a lancé Netanyahu à la foule, reprenant un pitch devenu familier parce qu’utilisé dans la dernière ligne droite de chacune de ses dernières campagnes, avec différents groupes cibles.
« La gauche compte sur les ultra-orthodoxes pour ne pas aller voter en masse. Nous risquons de perdre les élections face à [au Premier ministre Yair] Lapid », a-t-il affirmé.
Vendredi, Netanyahu a rencontré le président du Shas, Aryeh Deri, ainsi que le rabbin Shalom Arush, un leader éminent de la communauté hassidique de Bratslav. Ce dernier a été l’élève du rabbin Eliezer Berland, leader de Shuvu Banim, un mouvement de la branche de Bratslav, qui a été condamné, entre autres, pour agression sexuelle et pour blanchiment d’argent.
פרסום ראשון: סוף למשבר בין גוש הימין לחסידות ברסלב!
בשישי האחרון התקיימה פגישה סודית בין נתניהו ודרעי להרה״צ רבי שלום ארוש. בסרטון שיפורסם מהפגישה מברך הרב ארוש את נתניהו שיהיה רה״מ הבא וקורא לכל חסידי ברסלב להצביע ש״ס. pic.twitter.com/6vBg2QOMWz— ישי כהן (@ishaycoen) October 29, 2022
Contrairement à la plupart des groupes hassidiques, la branche de Bratslav est une communauté diversifiée qui n’a pas de leader unique, et différents rabbins au sein de la communauté appellent leurs fidèles à soutenir différents partis, ou à ne pas voter du tout.
Arush, qui n’a probablement le soutien que de quelques milliers d’électeurs, avait soutenu Shas lors des élections de 2021, et Netanyahu a rencontré le rabbin vendredi afin de garantir qu’il apporterait à nouveau son soutien au parti ultra-orthodoxe.
Le rabbin, qui dirige un réseau d’institutions caritatives, est une personnalité très controversée qui a publiquement soutenu Berland avant ses multiples condamnations pénales et qui n’est pas parvenu depuis à le dénoncer clairement.
Arush avait prié pour que Berland soit libéré de prison en 2021. Le leader de Shuvu Banim purgeait alors une peine pour fraude, pour blanchiment d’argent et pour d’autres crimes. « Il devrait y avoir un miracle pour lui et il devrait pouvoir quitter sa cellule immédiatement, immédiatement, sans plus attendre », avait dit Arush, priant pour Berland alors qu’il se tenait sur la pierre tombale du rabbin Yehudah Zeev Leibowitz à Bnei Brak.
Au début de la pandémie de COVID, Arush avait affirmé dans un message vidéo que le virus n’infectait que les non-Juifs et que les Juifs devaient simplement renforcer leur foi « et sourire » afin d’éviter la maladie.
Dans une tribune libre publiée lundi dans le journal ultra-orthodoxe Merkaz Hainyanim, Netanyahu a fait référence aux propos controversés de l’animateur d’une émission de chat politique, Eyal Berkowitz, la semaine dernière.
Berkowitz avait déclaré que les ultra-orthodoxes « ne se soucient pas de notre population, ils lisent la Torah toute la journée, ils ne vont pas au travail, ils ne paient pas d’impôts et ils ne vont pas à l’armée. Des fainéants ! »
« Il y a ici une opportunité de montrer au ‘journaliste’ Eyal Berkowitz, qui a traité les membres de la communauté ultra-orthodoxe de ‘fainéants’ et qui a dénigré la Torah d’Israël et ceux qui l’étudient, comment protéger la dignité de la religion, de la tradition et de l’identité juive », a-t-il écrit.