Netanyahu: Soros derrière la tentative de déjouer les expulsions de migrants
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Netanyahu: Soros derrière la tentative de déjouer les expulsions de migrants

Une députée de l'opposition a accusé le Premier ministre d'épouser la campagne 'antisémite" en Hongrie contre le milliardaire progressiste juif

George Soros, fondateur et président de l'Open Society Foundations, à Bruxelles, le 27 avril 2017. (Crédit : AFP/Pool/Olivier Hoslet)
George Soros, fondateur et président de l'Open Society Foundations, à Bruxelles, le 27 avril 2017. (Crédit : AFP/Pool/Olivier Hoslet)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a blâmé dimanche le milliardaire juif George Soros qui aurait financé une importante campagne contre le plan gouvernemental d’expulsion des migrants et demandeurs d’asile africains.

Netanyahu a tenu ces propos au sujet de l’homme d’affaires progressiste né en Hongrie au cours d’une réunion des ministres de son parti du Likud au pouvoir, en réponse au ministre des Sciences Ofir Akunis qui avait indiqué que les organisations locales d’aide touchaient leurs fonds auprès de gouvernements et de fondations étrangères.

« George Soros finance lui aussi les manifestations », a dit Netanyahu selon des informations ayant fuité de la réunion transmises par la Dixième chaîne et Haaretz. Il aurait également ajouté que l’ancien président américain Barack Obama « a expulsé deux millions d’infiltrés et qu’on n’a rien dit ».

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu préside la réunion hebdomadaire de cabinet à son bureau de Jérusalem le 4 février 2018 (Crédit : / AFP PHOTO / POOL / JIM HOLLANDER)

Soros qui, au cours de ces dernières années, a soutenu des groupes critiques de la politique menée par le gouvernement, est devenu la bête noire de la droite pro-israélienne.

Les antisémites attaquent également régulièrement Soros, survivant de la Shoah, qu’ils considèrent comme faisant partie intégrante d’une conspiration juive ourdie dans le but de manipuler les marchés et les gouvernements étrangers.

Les propos de Netanyahu font écho à une campagne publique qui avait commencé l’année dernière contre Soros de la part du Premier ministre hongrois Viktor Orban, qui avait accusé le vieil homme de 87 ans d’orchestrer l’immigration en Europe depuis le début de la crise des réfugiés en 2015 et qui l’avait désigné comme « ennemi public ».

Le visage de Soros avait figuré sur les panneaux de tout le pays au cours d’une campagne de « consultation nationale » qui avait attaqué un prétendu « plan Soros » pro-immigration.

Une affiche de la campagne du gouvernement hongrois contre le milliardaire juif américain George Soros, à Szekesfehervar, le 6 juillet 2017. (Crédit : Attila Kisbenedek/AFP)

Soros a accusé Orban de « déformations et de mensonges flagrants » dans ses campagnes à son encontre. Le gouvernement hongrois a cherché « à créer un ennemi extérieur pour distraire les citoyens » de questions telles que la corruption, a-t-il dit l’année dernière.

Le ministère des Affaires étrangères israélien avait critiqué la campagne et demandé que le gouvernement hongrois y mette un terme – ce qu’il avait partiellement fait – mais avait établi clairement ultérieurement qu’il visait l’antisémitisme perçu dans les affiches plutôt que la critique de l’homme en elle-même.

La députée de l’opposition Tamar Zandberg (Meretz) a dénoncé les propos tenus par Netanyahu, lui reprochant d’épouser la vague de la campagne hongroise contre Soros.

« La décision prise par le Premier ministre de faire porter le chapeau à George Soros doit tous nous inquiéter », a dit Zandberg.

« Au cours de l’année passée, la Hongrie a assisté à une campagne antisémite qui a été interpellée par le ministère des Affaires étrangères et qui a semé la peur parmi tous les Juifs hongrois. La décision prise par Netanyahu d’enflammer les choses qui se trouvent autour de cette campagne antisémite et de s’y lier lui-même est une continuation directe des liens dangereux entretenus par le Likud avec les partis d’extrême-droite en Europe ».

Des demandeurs d’asile africains se rassemblent devant le centre de détention de Holot, dans le sud d’Israël, à l’occasion de la Journée internationale des réfugiés, le samedi 18 juin 2016 (Tomer Neuberg / Flash90)

L’Autorité chargée de la population et de l’immigration israélienne a commencé dimanche à distribuer des avis d’expulsion à des migrants et demandeurs d’asile soudanais et érythréens, leur disant qu’ils seraient envoyés dans un pays africain non précisé jouissant d’un gouvernement « relativement stable ».

Sous les termes de ce plan, les 40 000 personnes environ qui quitteront volontairement Israël à la fin du mois de mars recevront 3 500 dollars chacun et un billet d’avion vers un pays non-précisé.

A partir du 1er avril, l’Autorité de l’immigration commencera à emprisonner ou à expulser par la force ceux qui ne sont pas encore partis.

Ces dernières semaines, des pilotes, médecins, auteurs, mais aussi des anciens ambassadeurs et des survivants de la Shoah ont appelé le Premier ministre Benjamin Netanyahu à mettre un terme à ces plans d’expulsion, avertissant qu’il n’était pas éthique et qu’il nuirait gravement à l’image auto-décrite d’Israël de lumière parmi les nations.

Même Yad Vashem, le mémorial israélien officiel, est intervenu. Tout en rejetant toute comparaison entre la situation critique vécue par les migrants et les victimes de la Shoah, il a estimé que le problème était toutefois « un défi national et international qui exige de l’empathie, de la compassion et de la pitié ».

Les réactions violentes ont malgré tout touché un point sensible, le gouvernement accusant certains critiques d’invoquer des comparaisons cyniques avec la situation des Juifs dans l’Allemagne nazie.

« Cette campagne est inutile et absurde », a dit Netanyahu la semaine dernière. « Les authentiques réfugiés et leurs familles resteront en Israël. Nous n’avons aucune obligation de laisser des migrants clandestins qui viennent travailler et qui ne sont pas des réfugiés rester ici ».

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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