Netanyahu sur l’UNRWA : « Cette décision est importante et nous la soutenons »
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Netanyahu sur l’UNRWA : « Cette décision est importante et nous la soutenons »

L'agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens "perpétue la situation des réfugiés au lieu de chercher à la résoudre", a déclaré le Premier ministre

Des Palestiniens récupèrent des colis alimentaires fournis par les Nations unis, dans le sud de la bande de Gaza, le 28 janvier  2018. (Crédit : Said Khatib/AFP)
Des Palestiniens récupèrent des colis alimentaires fournis par les Nations unis, dans le sud de la bande de Gaza, le 28 janvier 2018. (Crédit : Said Khatib/AFP)

Vendredi, les Etats-Unis, les plus grands contributeurs de l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (Unrwa), ont annoncé qu’ils cessaient de la financer, jugeant ses activités « irrémédiablement biaisées », selon la formule du département d’Etat.

« Cette décision est importante et nous la soutenons », a affirmé Benjamin Netanyahu, en visite dans une école du centre d’Israël, à l’occasion de la rentrée.

M. Netanyahu a contesté le nombre de réfugiés palestiniens inscrits à l’Unrwa, rappelant que son pays a accueilli des réfugiés du monde entier, dont des rescapés de la Shoah et des juifs « déracinés » des pays arabes en 1948, lors de la première guerre israélo-arabe.

« Des centaines de milliers de juifs sont venus comme réfugiés, sans aucun bien et nous ne les avons pas laissé être des réfugiés, ils sont devenus des citoyens égaux en droits dans notre pays », a ajouté le Premier ministre israélien.

L’Unrwa « perpétue la situation des réfugiés au lieu de chercher à la résoudre », a-t-il ajouté.

« Il faut mettre fin à cette situation et utiliser l’argent pour aider vraiment à la réhabilitation des réfugiés », a-t-il dit.

Israël affirme qu’il n’y a pas de justification pour les critères uniques de l’UNRWA, par lesquels toutes les générations de descendants des réfugiés originaux sont aussi considérées comme ayant le statut de réfugié, y compris ceux qui sont nés ailleurs et/ou détiennent une autre citoyenneté ; une telle définition ne s’applique à aucune autre population de réfugiés dans le monde.

La population d’Israël se compose de presque neuf millions de personnes, dont trois quarts sont juifs. Un afflux de millions de personnes signifierait qu’Israël ne serait plus un état à majorité juive.

Les Etats-Unis fournissent près de 30 % du budget total de l’agence des Nations unies, qui s’occupe des soins médicaux, de l’éducation, des services sociaux des Palestiniens en Cisjordanie, dans la bande de Gaza, en Jordanie, en Syrie et au Liban.

En 2016, les Etats-Unis avaient donné 355 millions de dollars à l’agence, et ils devaient faire une contribution similaire cette année. En janvier, l’administration Trump a versé 60 millions dans le fond mais a retenu 60 autres millions qu’elle aurait du donner.

Heather Nauert, porte-parole du département d’Etat américain, à Washington, le 8 juin 2017. (Crédit : capture d’écran)

Les Etats-Unis ont indiqué qu’ils rejetaient les critères par lesquels l’UNRWA définissait les réfugiés palestiniens. En effet, l’agence des Nations unies accorde le statut de réfugié non seulement aux réfugiés originaux mais aussi à leurs millions de descendants.

Le Département d’Etat a précisé, dans un communiqué écrit, que les Etats-Unis « ne continueront plus à financer ce programme irrémédiablement biaisé ».

« Le modèle fondamental et les pratiques fiscales qui ont caractérisé l’UNRWA pendant des années – liés au nombre exponentiel et infini de potentiels bénéficiaires de l’UNRWA – n’est simplement pas tenable et se trouve en situation de crise depuis de nombreuses années », précisait le communiqué, une référence au fait que l’agence accorde le statut de réfugié à tous les descendants des réfugiés palestiniens, statut qui n’est pas accordé par les Nations unies aux réfugiés dans n’importe quel autre endroit du monde.

Pourtant, le communiqué expliquait que les Etats-Unis chercheraient à trouver d’autres moyens d’aider les Palestiniens.

« Nous sommes très attentifs et profondément préoccupés par l’impact sur des Palestiniens innocents, particulièrement des écoliers, de l’échec de l’UNRWA et de membres clefs de la communauté des donateurs régionaux et internationaux à réformer le mode de fonctionnement de l’UNRWA », expliquait le communiqué, ajoutant que les « Palestiniens, où qu’ils vivent, méritent mieux qu’un modèle de service constamment en crise. Ils méritent de pouvoir organiser leur avenir ».

Maintenant, les Etats-Unis vont travailler avec d’autres groupes internationaux pour trouver un meilleur modèle afin d’aider les Palestiniens, notait le communiqué.

Benjamin Netanyahu dans une école de Yad Binyamin, en Cisjordanie, le 2 septembre 2018 (Crédit : Avi Ohayon/GPO)

L’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient est établi en décembre 1949 par l’Assemblée générale de l’ONU après le premier conflit arabo-israélien qui a éclaté au lendemain de la création d’Israël en 1948.

Il succède à l’Aide des Nations unies aux réfugiés de Palestine (Anurp), créé un an auparavant, avec pour but de répondre plus efficacement aux besoins économiques et sociaux de l’ensemble des réfugiés palestiniens.

Jusqu’au cessez-le-feu en janvier 1949, plus de 760 000 Palestiniens avaient été poussés à l’exode par l’avancée des forces juives ou chassés de chez eux, pour la plupart vers des pays voisins.

Les réfugiés palestiniens en Liban et Jordanie n’ont pas le même statut ni les mêmes droits que les citoyens de ces pays.

Cet organisme fournit une aide à plus de trois millions de Palestiniens sur les cinq millions enregistrés comme réfugiés, notamment à travers ses écoles et ses centres de santé, dans les territoires palestiniens mais aussi au Liban, en Jordanie et en Syrie. Il existe un total de 58 camps de réfugiés reconnus par l’agence onusienne, dont 19 en Cisjordanie.

Plus de 520 000 enfants étudient dans les écoles de l’Unrwa (54 % de son budget va à l’éducation) qui fournit aussi des soins et une aide sociale. L’agence emploie plus de 20 000 personnes au Proche-Orient, en majorité des Palestiniens.

Des écolières palestiniennes d’une école de l’UNRWA dans la bande de Gaza. Illustration. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

« Ce qui se passe avec l’Unrwa est très logique car elle est devenue une organisation anachronique, qui maintient le statut des réfugiés plutôt que d’essayer de résoudre le problème », argue Alan Baker, un ancien diplomate israélien devenu analyste. Selon Hugh Lovatt, un expert au think-thank European Council of Foreign Relations, la décision américaine est une façon de chercher à « écarter unilatéralement (le sujet du) droit au retour des (réfugiés) Palestiniens de la table des négociations ».

« Mais les actions américaines sont (…) dangereuses et ne marcheront pas », dit-il, estimant que le plan visant à obtenir des financements des pays accueillant les réfugiés n’était pas viable. « Ni le Liban ni la Jordanie ne vont (les) suivre », selon lui.

Certaines voix s’élèvent parmi les services de sécurité israéliens pour mettre en garde contre le risque que les coupes budgétaires à l’Unrwa n’attisent les tensions à Gaza, enclave contrôlée par le groupe terroriste palestinien du Hamas et frappée par la pauvreté extrême.

Le directeur de l’Unrwa, Pierre Krähenbühl, a lui rappelé jeudi que l’agence est vitale jusqu’à ce que soit trouvée une solution définitive au conflit israélo-palestinien.

Pour le porte-parole de l’Unrwa, Chris Gunness, « les gens vont devenir plus désespérés et marginalisés ». Il a mis en garde contre des « conséquences dramatiques et imprévisibles » après avoir averti mercredi que l’agence « n’aura plus un sou » d’ici fin septembre.

Pour une responsable de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Hanan Ashrawi, la dernière décision américaine est « cruelle et irresponsable ».

Pour l’ex-négociateur en chef palestinien Saëb Erekat, la décision américaine invalide des négociations futures en « préjugeant » des questions censées être examinées.

Le porte-parole de l’Autorité palestinienne, Nabil Abou Roudeina a dit que M. Abbas envisageait de contester cette décision à l’ONU, sans autre précision.

« Les réfugiés palestiniens sont déjà des victimes qui ont perdu leurs maisons, leurs moyens de subsistance et leur sécurité du fait de la création » d’Israël, a-t-elle dit dans un communiqué. « Une fois encore, ils sont la cible de l’administration américaine qui soutient Israël et ses dizaines d’années d’occupation ».

Quelques initiatives ont émergé pour tenter de pallier le retrait américain. Berlin a annoncé une hausse « substantielle » de la contribution allemande à l’Unrwa et appelé ses partenaires européens à en faire autant.

La Jordanie a elle annoncé une conférence le 27 septembre à New York pour soutenir l’agence qui a besoin d’au moins 200 millions de dollars (170 millions d’euros) d’ici la fin de l’année.

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