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Interview

Nides : L’administration Biden fait réellement progresser les Accords d’Abraham

Lors du 2e anniversaire de la signature, l'ambassadeur américain a déclaré que Washington s'efforce d'approfondir et d'élargir la normalisation d'Israël avec ses voisins Arabes

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

L'ambassadeur américain en Israël, Tom Nides, au bureau du Premier ministre, à Jérusalem, le 27 mars 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
L'ambassadeur américain en Israël, Tom Nides, au bureau du Premier ministre, à Jérusalem, le 27 mars 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Dans les premiers jours de l’administration Biden, il semblait y avoir une certaine réticence à embrasser les Accords d’Abraham, à Washington.

Même si les responsables de l’administration Biden ont reconnu que les accords de normalisation négociés par Trump – qu’Israël a signés avec les EAU, Bahreïn et le Maroc en 2020 – ont donné lieu à des développements positifs pour la région, ils ont pris peu de mesures publiques pour faire avancer l’initiative, début 2021. Certains hauts fonctionnaires américains les ont intentionnellement désignés uniquement comme des « accords de normalisation« , plutôt que d’utiliser le terme inventé par l’administration précédente.

L’ambassadeur américain en Israël, Tom Nides, ne faisait pas partie de ces fonctionnaires. Lors de son audition de confirmation au Sénat en septembre dernier, Nides a tenu à attester de son soutien à l’initiative, quelles qu’en soient ses origines.

« Les Accords d’Abraham – oui, les Accords d’Abraham – sont essentiels à la stabilité et à la prospérité de la région », avait-il alors déclaré.

Environ un an plus tard, l’attitude de l’administration Biden à l’égard des Accords d’Abraham semble s’être alignée sur celle présentée par Nides. Si elle n’a pas encore réussi à convaincre d’autres pays de se joindre à l’initiative, elle s’est efforcée de développer les accords existants et a créé de nouveaux forums multilatéraux composés de membres des Accords d’Abraham ainsi que d’autres alliés américains et israéliens.

Dans une interview accordée au Times of Israel, Nides a détaillé l’approche de l’administration à l’égard de l’initiative de Trump, signée il y a deux ans. L’envoyé américain a souligné l’importance de faire progresser les accords, en intégrant les alliés arabes traditionnels d’Israël, à savoir l’Égypte et la Jordanie, et en veillant à ce que les Palestiniens puissent également bénéficier économiquement de l’amélioration de la position d’Israël dans la région.

Nides a insisté sur le fait qu’il fallait reconnaître à ses prédécesseurs le mérite de la mise en œuvre des accords, tout en expliquant que le rôle de l’administration actuelle était d’aider à institutionnaliser l’initiative.

Le Premier ministre de l’époque, Benjamin Netanyahu, à gauche, le président américain de l’époque, Donald Trump, le ministre des Affaires étrangères de Bahreïn, Abdullatif al-Zayani, et le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Abdullah bin Zayed al-Nahyan, posant pour une photo sur le balcon du salon bleu après avoir signé les Accords d’Abraham lors d’une cérémonie sur la pelouse sud de la Maison Blanche, à Washington, le 15 septembre 2020. (Crédit : AP Photo/Alex Brandon/Dossier)

« Avec l’ancienne administration, les Accords d’Abraham étaient une start-up », a déclaré Nides. « Notre travail consiste à les faire passer d’une start-up à une véritable opération. »

Pour illustrer ces efforts, l’ambassadeur a évoqué le Sommet du Néguev, organisé par Israël avec l’aide de l’administration Biden mars dernier, qui a réuni les ministres des Affaires étrangères d’Israël, des États-Unis, des Émirats arabes unis, de Bahreïn, du Maroc et de l’Égypte au Kibboutz Sde Boker, dans le Néguev. Les hauts diplomates ont profité de cette rencontre pour lancer six groupes de travail différents visant à stimuler la coopération régionale en matière de sécurité, d’éducation, de santé, d’énergie, de tourisme, d’alimentation et d’eau. Le secrétaire d’État américain Antony Blinken a veillé à ce que chaque groupe de travail promeuve également des initiatives en faveur des Palestiniens.

L’Autorité palestinienne n’a pas encore adhéré à l’effort visant à intégrer les Palestiniens dans les accords, arguant que l’initiative vise en définitive à contourner une solution diplomatique au conflit israélo-palestinien. En effet, l’administration Trump s’est vantée que les Accords d’Abraham ont privé les Palestiniens de leur droit de veto sur l’acceptation plus large d’Israël dans la région.

Nides a déclaré qu’il reconnaissait que la question était « compliquée » pour l’AP, mais a insisté sur le fait que les États-Unis étaient déterminés à « amener les Palestiniens à adhérer [aux accords] de toutes les manières possibles. Nous pensons qu’il est important qu’ils obtiennent les meilleurs avantages économiques émanants de tout accord… dans la région ».

Il a rappelé le récent don de 100 millions de dollars de l’administration au réseau hospitalier de Jérusalem Est, qui a, par ailleurs, été égalé par plusieurs autres pays du Golfe – ce qui n’aurait peut-être pas été possible avant les accords.

Au regard de tous les succès dans le développement des accords existants, il est difficile d’ignorer l’élan qui semblait avoir été donné durant les derniers mois de l’administration Trump, lorsque toutes les quelques semaines un nouveau pays lançait de nouveaux liens diplomatiques avec l’État juif – un élan qui s’est d’ailleurs dissipé une fois que le président Biden a pris ses fonctions.

À l’issue de leurs discussions au sommet du Néguev, le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn, Abdullatif bin Rashid al-Zayani, à gauche, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Shoukry, le ministre israélien des Affaires étrangères, Yair Lapid, le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, et le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, le Cheikh Abdullah bin Zayed al-Nahyan, posant pour une photo à Sde Boker, en Israël, le 28 mars 2022. (Crédit : AP Photo/Jacquelyn Martin/Pool)

Une partie de cette situation est probablement liée aux incitations que l’ancien président Donald Trump était prêt à offrir aux pays qui acceptaient de normaliser leurs relations avec Israël – de la vente d’avions de combat F-35 aux EAU, à la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur la région contestée du Sahara occidental. Les responsables de l’administration Biden ont fait connaître leur malaise face à ces gestes, et ont même freiné la vente de F-35.

L’ancien conseiller principal de la Maison Blanche, Jared Kushner, a récemment exprimé sa « déception » face à l’absence de nouveaux pays signataires des Accords d’Abraham et a affirmé qu’il avait engagé des pourparlers avec six autres membres potentiels avant de quitter ses fonctions, pourparlers que l’administration Biden aurait ostensiblement pu poursuivre.

Nides a refusé de répondre à la critique de Kushner et a insisté sur le fait que ses collègues à Washington étaient simultanément engagés dans « des pourparlers avec de nombreux pays » concernant une éventuelle adhésion aux accords ».

« En effet, nous voulons ajouter d’autres pays. Nous travaillons avec un ensemble de pays… Mais ce sont des conversations longues et compliquées, et nous avons beaucoup de choses en suspens », a déclaré Nides.

Contrairement à l’administration Trump, le président Joe Biden n’a pas nommé de personne de référence chargée uniquement de faire avancer ce seul dossier. Nides est devenu à bien des égards le principal responsable américain des accords, même s’il a souligné que son rôle était « d’approfondir » les accords existants, tandis que « l’objectif de Washington est d’aller plus loin » dans la recherche de nouveaux accords.

« En attendant, vous ne pouvez pas perdre de vue ceux qui ont déjà fait la paix avec Israël », a déclaré Nides. « C’est pourquoi nous consacrons beaucoup de temps à l’Égypte ainsi qu’à la Jordanie. »

L’ambassadeur des États-Unis en Israël, Tom Nides, et le ministre israélien de la Culture, Chili Tropper, s’affrontant lors d’un match de football amical entre une équipe des Accords d’Abraham composée de joueurs d’Israël, des Émirats arabes unis, de Bahreïn et du Maroc et une équipe de stars du football mondial, à Dubaï, le 29 mars 2022. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Bien que la Jordanie ait refusé de participer au Sommet du Néguev, Nides a attribué cette absence à des difficultés de calendrier, ajoutant qu’il n’a « aucun doute » qu’elle participera aux futurs rassemblements du Sommet du Néguev.

Expliquant l’importance d’entretenir les accords existants, l’ambassadeur a déclaré que « les gens ont tendance à courir après un nouveau lièvre et à oublier tout ce qui a déjà été fait ».

L’un des accords de normalisation les plus recherchés est celui entre Israël et l’Arabie saoudite. Et bien que Nides ait admis qu’un tel accord est encore loin d’être scellé, l’administration a réussi à faire de réels progrès à cet égard, là où ses prédécesseurs n’avaient pas su le faire.

Coïncidant avec le voyage de Biden dans la région en juillet, les États-Unis ont négocié un accord multilatéral dans lequel l’Égypte a transféré deux îles situées en mer Rouge autrefois contrôlées par Israël à l’Arabie saoudite, qui a accepté à son tour d’autoriser les vols israéliens à utiliser son espace aérien, en plus de faire progresser un accord qui verra des vols directs entre Tel Aviv et La Mecque pour les pèlerins du Hajj.

« Notre espoir est que nous puissions parvenir à [un accord de normalisation], car le fait que l’Arabie saoudite fasse partie des Accords d’Abraham continuerait à faire du Moyen-Orient une région plus sûre et plus prospère », a déclaré Nides.

Mais ce qui semble enthousiasmer le plus Nides, ce sont les initiatives locales qui ont été lancées pour renforcer les liens entre Israël et ses nouveaux amis arabes.

Le roi de Jordanie Abdallah II, à droite, et le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi écoutant leurs hymnes nationaux lors d’une cérémonie d’accueil de ce dernier à l’aéroport international Queen Alia d’Amman, avant des entretiens à la veille du sommet de la Ligue arabe, le 28 mars 2017. (Crédit : AFP/Khalil Mazraawi)

« Le rapport de peuple à peuple est plus important que l’économie. Quand on se sent bien avec les gens, quand ces pays se sentent bien les uns avec les autres, l’économie en profite automatiquement », a soutenu l’ambassadeur.

Annonçant d’autres projets dans ce domaine, Nides a indiqué que son bureau travaillait à l’organisation d’un tournoi de jeux vidéo pour les enfants des pays signataires des Accords d’Abraham, en plus de nouvelles initiatives sportives et touristiques qui seront lancées prochainement.

Il n’a pas semblé impressionné par le défi que représente l’adhésion de nouveaux pays aux Accords d’Abraham, expliquant que « cela se fera tout seul ».

« Il s’agit de montrer aux gens à quel point ce club est ‘cool’, et en tant que figure de comité d’adhésion, nous allons nous y atteler. »

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