Rechercher

Les USA veulent intégrer Ramallah dans une coopération avec Israël et États arabes

Les acteurs sont divisés : l'Autorité Palestinienne salue l'intention, les EAU et Bahreïn sont peu enthousiastes et Israël n'est pas convaincu

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Cheikh Abdullah bin Zayed Al Nahyan, à droite, prononce une allocution au Sommet du Neguev, avec, de gauche à droite, le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn, Abdullatif bin Rashid al-Zayani, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Shoukry, le ministre israélien des Affaires étrangères, Yair Lapid, le Secrétaire d’État américain Antony Blinken et le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita, le 28 mars 2022, à Sde Boker, en Israël. (Crédit : AP Photo/Jacquelyn Martin)
Le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Cheikh Abdullah bin Zayed Al Nahyan, à droite, prononce une allocution au Sommet du Neguev, avec, de gauche à droite, le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn, Abdullatif bin Rashid al-Zayani, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Shoukry, le ministre israélien des Affaires étrangères, Yair Lapid, le Secrétaire d’État américain Antony Blinken et le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita, le 28 mars 2022, à Sde Boker, en Israël. (Crédit : AP Photo/Jacquelyn Martin)

L’administration Biden souhaite que l’Autorité palestinienne fasse partie des programmes de coopération régionale en cours de définition entre Israël et plusieurs de ses voisins arabes, ont déclaré des diplomates du Moyen-Orient au Times of Israel.

Cette position est régulièrement exprimée par de hauts responsables américains depuis l’entrée en fonction du président américain, Joe Biden. Le sommet du Néguev du mois dernier a donné à Washington l’occasion de rendre les choses un peu plus concrètes. Toutefois, les Palestiniens insistent pour que tout effort visant à les intégrer soit découplé des Accords d’Abraham.

« L’une des questions évoquées aujourd’hui concerne la manière dont les pays impliqués dans les Accords d’Abraham et la normalisation, ainsi que ceux qui ont des relations diplomatiques de longue date avec Israël, peuvent aider concrètement l’Autorité palestinienne et améliorer la vie quotidienne des Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza », a déclaré le mois dernier à l’occasion du sommet du Néguev le Secrétaire d’État américain Antony Blinken.

Le sommet du Néguev a réuni les ministres des Affaires étrangères d’Israël, des États-Unis, des Émirats arabes unis, de Bahreïn, du Maroc et de l’Égypte pour la toute première réunion de ce type. Selon un responsable israélien, il a créé un forum permanent des pays participants, auquel les États-Unis ont exprimé le souhait d’inclure à l’avenir des représentants de la Jordanie et de l’AP. « Ce sera probablement plus facile à réaliser quand la réunion ne se tiendra pas en Israël », a-t-il ajouté.

Le président de l’AP, Mahmoud Abbas, accueillait le roi Abdallah de Jordanie à Ramallah le jour du sommet du Néguev. La Jordanie conditionne depuis longtemps ses relations avec Israël à la question palestinienne. La dernière visite en date d’Abdallah en Israël remonte à 2004, pour des entretiens avec le Premier ministre de l’époque, Ariel Sharon, au sujet des projets israéliens de retrait unilatéral de la bande de Gaza.

Les participants à la réunion ont également convenu de créer six groupes de travail pour renforcer la coopération régionale dans les domaines de la sécurité nationale, de l’éducation, de la santé, de l’énergie, de la sécurité alimentaire et du tourisme.

Blinken avait proposé un septième groupe de travail axé sur la question palestinienne, mais l’idée en a été rejetée par le ministre des Affaires étrangères israélien, Yair Lapid, qui a plutôt suggéré que les Palestiniens intègrent les six groupes de travail, ont confirmé deux diplomates du Moyen-Orient au Times of Israel. Lapid craignait qu’un groupe de travail dédié à la question palestinienne attire l’opposition de certains des membres les plus à droite de la fragile coalition israélienne, a indiqué l’un des diplomates.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas accueillant le roi Abdallah II de Jordanie et le prince héritier Hussein, avant une réunion à Ramallah en Cisjordanie, le 28 mars 2022. (Crédit : Abbas Momani/AFP)

Un tel dispositif permettrait aux Palestiniens d’être partenaires des accords économiques qu’Israël signe avec ses voisins, et qui pourraient s’avérer essentiels face aux pénuries de blé auxquelles s’attend le Moyen-Orient en raison de la guerre en Ukraine, principal fournisseur de blé de la région.

Lors de leur rencontre à Ramallah, quelques heures avant que le Secrétaire d’État américain ne se rende à Sde Boker, Abbas aurait signifié à Blinken qu’il se félicitait du projet d’intégrer les Palestiniens au sein d’alliances régionales plus larges, sous réserve que ce ne soit pas les accords d’Abraham, comme l’a confirmé un responsable palestinien.

Ces accords de normalisation, négociés par l’administration Trump entre Israël, les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc sont en effet considérés par l’AP comme une manœuvre de contournement de la question palestinienne. Ramallah avait réagi avec colère à la signature des premiers accords d’Abraham, affirmant que le sommet du Néguev servait de « couverture pour l’annexion ».

« Tout initiative régionale de nature à étendre notre souveraineté sera la bienvenue, mais nous ne serons pas partenaires de programmes utilisés comme couvertures pour maintenir l’occupation », a déclaré le responsable palestinien.

L’appréhension de Ramallah résulte également d’une situation instable sur le terrain. Le responsable a dénoncé le nombre croissant de Palestiniens abattus par des soldats israéliens « à la gâchette facile », alors même que Jérusalem reste en état d’alerte en raison de la récente vague terroriste.

Ramallah n’est pas la seule à avoir réservé un accueil mitigé aux propositions américaines : des participants au Sommet du Néguev sont dans la même dynamique. Ainsi, les Émirats arabes unis, dont la relation avec l’AP s’est considérablement détériorée depuis la normalisation avec Israël en août 2020, ont montré peu d’enthousiasme à l’idée de coupler leur relation avec Israël à la question palestinienne, a précisé un diplomate du Moyen-Orient.

Le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Abdullah bin Zayed Al Nahyan, a d’ailleurs été le seul diplomate de haut rang à ne pas mentionner les Palestiniens dans les communiqués de presse publiés à l’issue du sommet du Néguev.

Vue de la table ronde d’ouverture du Sommet du Néguev, tandis que le ministre israélien des Affaires étrangères, Yair Lapid, prononce le discours d’ouverture en compagnie – de gauche à droite – du Secrétaire d’État américain, Antony Blinken, du ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Sheikh Abdullah bin Zayed Al Nahyan, du ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, du ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Shoukry, et du ministre bahreïni des Affaires étrangères, Abdullatif bin Rashid al-Zayani, le 28 mars 2022, à Sde Boker, en Israël. (Crédit : AP Photo/Jacquelyn Martin)

Bahreïn, allié proche des Émirats arabes unis, fait la même analyse, a déclaré le diplomate du Moyen-Orient, tout en convenant que le désintérêt pour Ramallah est beaucoup plus important à Abou Dhabi qu’à Manama.

L’Egypte, d’autre part, « a accueilli avec enthousiasme » la proposition américaine de mettre la question palestinienne en priorité de l’ordre du jour, à la fois lors du sommet et pour l’avenir, a déclaré un diplomate du Moyen-Orient, ajoutant que le Maroc était aligné sur cette position.

Selon un communiqué du Département d’État, Blinken et le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Shoukry, ont évoqué les « prochaines étapes, pour transformer l’essai du [sommet du] Néguev », lorsqu’ils se sont rencontrés mercredi.

En Israël, les réactions sont mitigées. Le ministère des Affaires étrangères de Lapid est le plus ouvert à l’idée de faire entrer les Palestiniens dans la bergerie.

« Avec notre ami et allié le plus proche, les États-Unis, nous ouvrons la porte à tous les peuples de la région, y compris les Palestiniens, et leur proposons de substituer au terrorisme et aux destructions un avenir commun de progrès et de succès », a déclaré Lapid au sommet du Néguev.

Le Premier ministre, Naftali Bennett, est pour sa part plus hésitant en raison de son opposition à tout ce qui pourrait être interprété, à tort, comme annonciateur de négociations diplomatiques avec les Palestiniens, a déclaré une source israélienne proche du dossier.

La Maison Blanche a évoqué la possibilité d’accueillir une réunion trilatérale de hauts responsables israéliens, palestiniens et américains, a déclaré un responsable israélien, confirmant une information publiée par Axios. Le responsable a précisé que le projet n’en était qu’à ses débuts, mais que l’objectif était de « capitaliser sur l’élan donné au Sommet du Néguev ».

Des soldats israéliens déployés en Cisjordanie, le 13 avril 2022. (Crédit : Armée israélienne)

Le responsable israélien a précisé que, même si le bureau de Bennett n’avait pas rejeté l’idée, il ne pensait pas – à titre personnel – que la question palestinienne puisse significativement progresser, l’administration Biden étant accaparée par de nombreuses autres questions de politique étrangère, dont la construction d’une coalition mondiale contre la Russie et le retour à l’accord nucléaire iranien.

En outre, l’éclatement de la coalition de Bennett et la flambée de violence en Israël compliquent davantage les initiatives diplomatiques audacieuses, a noté le responsable.

Interrogé sur la question, un porte-parole du Département d’État a déclaré : « Nous espérons que les efforts d’Israël et d’autres pays de la région pour créer du lien et ouvrir de nouvelles voies de dialogue contribueront à des progrès tangibles sur le chemin d’une paix négociée entre Israéliens et Palestiniens. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...