Nucléaire iranien: Les réactions diamétralement opposée de l’UE et de Washington
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Nucléaire iranien: Les réactions diamétralement opposée de l’UE et de Washington

L'Iran a repris l'enrichissement de l'uranium à hauteur de 20 % et annonce que sa production est désormais "stable" depuis les premières heures de mardi

Le président américain Donald Trump signe un document rétablissant les sanctions contre l'Iran après avoir annoncé le retrait des États-Unis de l'accord nucléaire iranien, dans la salle de réception diplomatique de la Maison Blanche à Washington, DC, le 8 mai 2018. (PHOTO AFP / SAUL LOEB)
Le président américain Donald Trump signe un document rétablissant les sanctions contre l'Iran après avoir annoncé le retrait des États-Unis de l'accord nucléaire iranien, dans la salle de réception diplomatique de la Maison Blanche à Washington, DC, le 8 mai 2018. (PHOTO AFP / SAUL LOEB)

L’Union européenne va « redoubler d’efforts » pour préserver l’accord nucléaire conclu avec Téhéran en 2015, tout en jugeant « regrettable » la décision de lancer le processus de production d’uranium enrichi à 20%, a déclaré mardi le porte-parole du chef de la diplomatie européenne Josep Borrell.

« Nous notons avec une vive inquiétude les mesures prises par l’Iran en vue de commencer l’enrichissement de l’uranium au niveau de 20 %. Cette action constituera un écart important par rapport aux engagements nucléaires de l’Iran (…) et nous allons redoubler d’efforts pour préserver l’accord », a déclaré le porte-parole Peter Stano.

L’UE a insisté mardi sur « l’importance d’éviter toute mesure qui pourrait compromettre la préservation de cet accord ».

« En dépit de cette mesure regrettable prise par l’Iran des éléments importants du JCPOA (l’accord sur le nucléaire,) en particulier les mesures strictes de vérification et de transparence restent en place », a souligné Peter Stano.

« Sur la base de la déclaration ministérielle des participants au JCPOA le 21 décembre, nous redoublerons d’efforts pour préserver l’accord et revenir à sa pleine mise en œuvre par toutes les parties », a affirmé le porte-parole de Josep Borrell.

Le Haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell, s’exprime lors d’un débat au Parlement européen le 14 janvier 2020 à Strasbourg. (Crédit : FREDERICK FLORIN / AFP)

Les Etats-Unis ont dénoncé lundi la nouvelle entorse de l’Iran à l’accord nucléaire international, qualifiant son processus destiné à produire de l’uranium enrichi à 20 % de « chantage nucléaire ».

« L’enrichissement d’uranium à 20 % par l’Iran (dans son usine de) Fordo est une tentative claire d’accentuer sa campagne de chantage nucléaire, une tentative qui continuera d’échouer », a indiqué un porte-parole du département d’Etat.

L’Iran a repris l’enrichissement de l’uranium à hauteur de 20 % et annonce que sa production est désormais « stable » depuis les premières heures de mardi, dans ce qui constitue le plus spectaculaire de ses désengagements en matière nucléaire.

L’Iran avait annoncé lundi avoir enclenché le processus destiné à produire de l’uranium enrichi à 20% dans son usine souterraine de Fordo, à 180 km au sud de Téhéran.

Cette décision va à l’encontre des engagements pris, par la République islamique devant la communauté internationale, dans l’accord sur le nucléaire iranien conclu à Vienne en 2015.

Les cascades de centrifugeuses mises en route pour augmenter la teneur de l’uranium en isotope 235 sont rapidement montées en puissance.

« A environ 7 heures du soir (15h30 GMT lundi), nous avons atteint 20 % », a déclaré le porte-parole de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA), Behrouz Kamalvandi, dans un entretien diffusé peu avant minuit par la télévision d’Etat.

A partir du milieu de la nuit, a ajouté M. Kamalvandi la production d’uranium enrichi à 20% « devrait devenir totalement stable, ce qui veut dire que nous injectons à l’entrée [des cascades de centrifugeuses de l’uranium enrichi à 4 %] et que nous obtenons 20 % à la sortie ».

Le porte-parole a par ailleurs indiqué que l’OIEA mettait en oeuvre une loi récente votée par le Parlement enjoignant le gouvernement à reprendre immédiatement la production d’uranium enrichi à hauteur de 20% de façon à en produire 120 kg par an.

Le gouvernement du président Hassan Rouhani, qui fait figure de modéré, s’était opposé à cette loi, mais avait dit qu’il n’aurait d’autre choix que de l’appliquer si elle devait entrer en vigueur.

Devant le refus de Rouhani de la promulguer, Mohammad-Bagher Ghalibaf, le président du Parlement (tenu depuis février par les conservateurs), s’est saisi rapidement du texte de loi et l’a publié au Journal officiel, comme le permet la législation iranienne.

Le président iranien Hassan Rouhani prend la parole lors d’une conférence de presse à New York le 26 septembre 2018, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. (Crédit : AFP / Jim WATSON)

Le gouvernement estime que la loi va à l’encontre des efforts diplomatiques destinés à obtenir la levée des sanctions américaines contre l’Iran à la faveur de la prochaine arrivée à la Maison Blanche de Joe Biden.

Celui-ci a signalé son intention de revenir sur la politique de « pression maximale » contre l’Iran menée par le président sortant Donald Trump, qui a retiré son pays de l’accord de Vienne en mai 2018, réimposant de lourdes sanctions contre la République islamique.

En riposte l’Iran s’est affranchi, à partir de mai 2019, de la plupart de ses engagements clef pris à Vienne.

Mais la République islamique affirme que ces mesures prises à rebours de ses engagements sont réversibles, et qu’elles sont prises dans le cadre de dispositions prévues par l’accord de Vienne en cas de manquement des autres parties à leurs engagements.

« Nos actions correctives ont été prises conformément à l’article 36 de l’accord, après des années de non-respect du pacte par ses participants. Nos mesures restent réversibles si toutes les parties à l’accord s’y conforment » à nouveau, a fait valoir lundi Mohammad Javad Zarif, le chef de la diplomatie iranienne.

L’accord nucléaire a été conclu à Vienne en 2015 après des années d’âpres négociations entre l’Iran et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité –Royaume-Uni, Chine, France, Russie, Etats-Unis– plus l’Allemagne.

L’Iran produisait de l’uranium enrichi à 20% avant la conclusion de cet accord, qui fixe à 3,67% le seuil maximum auquel le pays peut enrichir ce minerai.

La reprise de ces activités survient dans un contexte de tensions accrues entre Téhéran et Washington à environ deux semaines de la fin du mandat de Donald Trump.

« L’enrichissement d’uranium à 20% par l’Iran à Fordo est une tentative claire d’accentuer sa campagne de chantage nucléaire, une tentative qui continuera d’échouer », a jugé lundi le département d’Etat.

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