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Obsèques du « Boucher des Balkans » : Des milliers de personnes rassemblées à Belgrade

Bruxelles condamne la "glorification" de l'ex-chef militaire des Serbes de Bosnie, Ratko Mladić, condamné pour génocide durant la guerre de Bosnie des années 1990

Des personnes rassemblées pour le cortège funèbre brandissent un drapeau à l'effigie de l'ancien commandant de l'armée serbe de Bosnie, Ratko Mladić, décédé la semaine dernière alors qu'il purgeait une peine de prison à perpétuité pour génocide et autres atrocités commises pendant la guerre en Bosnie, à l'issue d'un office religieux à l'église Saint-Luka, à Belgrade, en Serbie, le 7 septembre 2026. (Crédit : Darko Vojinovic/AP)
Des personnes rassemblées pour le cortège funèbre brandissent un drapeau à l'effigie de l'ancien commandant de l'armée serbe de Bosnie, Ratko Mladić, décédé la semaine dernière alors qu'il purgeait une peine de prison à perpétuité pour génocide et autres atrocités commises pendant la guerre en Bosnie, à l'issue d'un office religieux à l'église Saint-Luka, à Belgrade, en Serbie, le 7 septembre 2026. (Crédit : Darko Vojinovic/AP)

Des milliers de personnes se sont rassemblées lundi à Belgrade avant les funérailles de l’ex-chef militaire des Serbes de Bosnie, Ratko Mladić, Bruxelles rejetant de nouveau toute « glorification » d’un homme condamné pour génocide durant la guerre de Bosnie des années 1990.

Mladić est décédé fin août à l’âge de 84 ans, à La Haye, aux Pays-Bas, où il purgeait une peine de prison pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis pendant la guerre de Bosnie, dans les années 1990.

Le ministre serbe de la Justice, Nenad Vučić, avait d’abord annoncé des « honneurs militaires et d’État » pour Mladić – suscitant l’indignation internationale – avant que le président du pays, Aleksandar Vučić, ne tempère cette décision.

Le président Vučić a rejeté les accusations de « glorification » de l’ancien général, déclarant que la cérémonie serait conforme aux souhaits de la famille.

« La glorification de criminels de guerre, la négation de génocide et le révisionnisme […] n’ont pas leur place dans l’UE ni dans les pays candidats à l’adhésion », a déclaré lundi un porte-parole du service diplomatique de l’Union européenne, citant le cas de la Serbie.

Office du chef de l’Église orthodoxe serbe

Des militaires serbes transportant le cercueil de l’ancien commandant de l’armée serbe de Bosnie, Ratko Mladić, décédé la semaine dernière alors qu’il purgeait une peine de prison à perpétuité pour génocide et autres atrocités commises pendant la guerre en Bosnie, au cimetière de Topčider, à Belgrade, en Serbie, le 7 septembre 2026. (Crédit : AP Photo)

À Belgrade, de nombreux fidèles de celui que les médias internationaux avaient surnommé le « Boucher des Balkans » ont commencé à affluer lundi matin dans la petite église orthodoxe Saint-Luka avec des allures de funérailles nationales.

Traditionnellement, ce type de funérailles a lieu au grand temple Saint-Sava, mais plusieurs ministres serbes étaient présents dans l’église Saint-Luc tout comme l’ambassadeur russe à Belgrade et l’ex-président de la RS, l’entité serbe de Bosnie, Milorad Dodik.

Pour ce dernier hommage, officiellement organisé par son fils Darko, beaucoup ont embrassé le cercueil fermé de Mladić, sur lequel trônaient sa photo, des médailles militaires, un sabre, ainsi qu’une casquette d’officier rigide à visière devenue indissociable de sa personne.

À l’intérieur de l’édifice religieux tapissé d’icônes, six soldats se positionnaient à tour de rôle devant le cercueil.

Un homme touchant la croix tandis que des militaires serbes se tiennent autour du cercueil de l’ancien commandant de l’armée serbe de Bosnie, Ratko Mladić, décédé la semaine dernière alors qu’il purgeait une peine de prison à perpétuité pour génocide et autres atrocités commises pendant la guerre en Bosnie, à l’église Saint-Luc, à Belgrade, en Serbie, le 7 septembre 2026. (Crédit : Marko Drobnjakovic/AP)

Après plusieurs heures d’exposition, le chef de l’Église orthodoxe serbe a célébré un office.

« Nous savons que son nom restera profondément gravé dans la mémoire et les prières de la majeure partie de notre peuple orthodoxe serbe, qui éprouve et cultive une profonde gratitude à son égard », a déclaré le patriarche Porfirije devant les personnes présentes dans l’église.

« Grande Serbie »

La police a fermé les rues voisines à mesure que la foule arrivait, parmi laquelle figuraient de nombreux vétérans serbes.

Des personnes faisant la queue pour rendre hommage à l’ancien commandant de l’armée serbe de Bosnie, Ratko Mladić, décédé la semaine dernière alors qu’il purgeait une peine de prison à perpétuité pour génocide et autres atrocités commises pendant la guerre en Bosnie, à l’issue d’un office religieux à l’église Saint-Luka, à Belgrade, en Serbie, le 7 septembre 2026. (Crédit : Darko Vojinovic/AP)

Des journalistes de l’AFP ont constaté d’importants rassemblements devant l’église, avec de nombreuses personnes portant des tee-shirts à la gloire de Mladić. Selon des images aériennes, ils étaient des centaines à faire la queue pour entrer avant l’ouverture des portes de l’église.

Des drapeaux serbes ont été accrochés à proximité et une immense banderole déployée au-dessus de la rue proclame : « Bienvenue, Général, merci à ta mère d’avoir mis au monde un héros, afin que la gloire de la ‘Grande Serbie’ revienne. »

« Je suis ici pour faire mes adieux au général, un héros national », a déclaré à l’AFP une retraitée, Radojka Visic, qui a fait le voyage depuis l’entité serbe de Bosnie (Republika Srpska).

« Ils n’ont pas pu nous vaincre sur le champ de bataille, alors ils l’ont envoyé en prison et l’y ont torturé à la place », a-t-elle ajouté.

À proximité, Rade Bajic abonde dans son sens, qualifiant Mladić de « grand homme et de grand combattant ».

Sa dépouille a été exposée dans l’église pendant cinq heures, avant une cérémonie et un cortège jusqu’à un cimetière voisin.

Atrocités

Son cercueil, recouvert de drapeaux nationaux, avait été transporté jeudi en Serbie par un avion gouvernemental et accueilli à Belgrade avec les honneurs militaires.

Des personnes faisant la queue pour rendre hommage à l’ancien commandant de l’armée serbe de Bosnie, Ratko Mladić, décédé la semaine dernière alors qu’il purgeait une peine de prison à perpétuité pour génocide et autres atrocités commises pendant la guerre en Bosnie, à l’issue d’un office religieux à l’église Saint-Luka, à Belgrade, en Serbie, le 7 septembre 2026. (Crédit : Darko Vojinovic/AP)

Lors du transport du cercueil de l’aéroport vers la capitale, le convoi avait été salué par des dizaines de jeunes hommes qui arboraient des banderoles rendant hommage à Mladić et allumaient des fumigènes. Des policiers en uniforme ont été vus saluant le fourgon mortuaire.

La commissaire européenne, Marta Kos, en charge de l’élargissement, a annulé vendredi une visite prévue le 9 septembre en Serbie, expliquant que « la glorification autour de son décès » était « incompatible avec les valeurs sur lesquelles l’UE s’est construite ».

Denis Becirovic, le membre bosniaque de la présidence tripartite du pays, a dénoncé « un acte d’identification des dirigeants de la Serbie avec l’un des pires tueurs de l’histoire de l’Europe ».

« Cela aura des conséquences imprévisibles pour l’avenir de la région entière », a-t-il écrit sur Facebook vendredi.

L’ancien commandant des forces bosniaques Ratko Mladić attendant d’entendre le verdict de son procès pour génocide, à la Cour pénale internationale pour l’ex-Yougoslavie le 22 novembre 2017. (Crédit : Peter Dejong/AFP PHOTO/POOL)

Mladić était le visage militaire d’un sinistre trio – aux côtés de l’ancien président yougoslave Slobodan Milošević (également décédé en prison à La Haye) et de l’ex-dirigeant des Serbes de Bosnie Radovan Karadžić (également condamné par la justice internationale et qui purge toujours sa peine) – au moment où l’ex-Yougoslavie a sombré dans le carnage après la chute du communisme.

La guerre de 1992-1995 en Bosnie a fait environ 100 000 morts et déplacé 2,2 millions de personnes.

Hommage

Mladić a été arrêté en 2011, après seize ans de cavale, et définitivement condamné à la prison à perpétuité en 2021, au terme de neuf ans de procès à La Haye.

Il a été reconnu coupable de génocide pour son rôle dans le massacre de Srebrenica, en juillet 1995, la pire tuerie en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, qui a coûté la vie à environ 8 000 hommes et adolescents musulmans.

Il a aussi été condamné pour avoir persécuté et expulsé des musulmans bosniaques et des Croates, terrorisé des civils pendant le siège de Sarajevo et pris en otage des Casques bleus de l’ONU pendant les bombardements aériens de l’OTAN en 1995.

En dépit de ces condamnations, il reste un héros pour de très nombreux Serbes, en particulier en Republika Srpska, où sa mort a été marquée par des veillées et des rassemblements.

Son fils Darko a déclaré qu’il était « fier du rôle » joué par son père.

Sur la chaîne de télévision serbe Informer, favorable au gouvernement, la retransmission en direct de la cérémonie commémorative a été très élogieuse.

« L’histoire est en train de s’écrire », a déclaré un commentateur de la chaîne lors d’une couverture en continu où le visage de Mladić apparaissait en surimpression dans un coin de l’écran.

Samedi, environ 300 personnes ont assisté à une cérémonie d’hommage à la Maison de l’Armée de Belgrade, organisée par une association de généraux de l’armée serbe, encore actifs ou retraités.

Le président serbe Aleksandar Vučić a annoncé que des dizaines de milliers de personnes étaient attendues aux funérailles et que l’État veillerait à ce que l’événement se déroule « en toute sécurité ».

Il a indiqué qu’il n’y assisterait pas, en raison d’un engagement pris antérieurement.

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