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Otzma Yehudit boycotte (encore) les votes à la Knesset pour des raisons budgétaires

Le parti réclame plus de fonds pour le Neguev et la Galilée ; un officiel de la coalition critique Ben Gvir, "plus soucieux des médias que du maintien de la coalition"

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, à droite, avec  Matityahu Dan, président de l'organisation Ateret Cohanim, après une réunion au mur Occidental de Jérusalem, le 7 mai 2023. (Crédit :  Arie Leib Abrams/Flash90)
Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, à droite, avec Matityahu Dan, président de l'organisation Ateret Cohanim, après une réunion au mur Occidental de Jérusalem, le 7 mai 2023. (Crédit : Arie Leib Abrams/Flash90)

Dans un dernier acte de déstabilisation de la coalition, le parti d’extrême-droite Otzma Yehudit n’a pas pris part aux procédures de vote devant le Parlement, mercredi, pour exercer des pressions sur ses formations alliées avec pour objectif d’obtenir des financements supplémentaires dans le cadre du budget 2023-2024. La formation a déclaré vouloir avoir les moyens de faire avancer ses priorités – en particulier concernant le ministère du Neguev et de la Galilée, qui se trouve entre les mains de la faction.

Depuis dimanche, Otzma Yehudit réclame ouvertement l’octroi de fonds supplémentaires pour « judaïser le Neguev et la Galilée » par le biais de son ministère. Le parti n’a pas donné de chiffre précis de l’enveloppe qu’il convoite.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a rencontré le chef d’Otzma Yehudit, Itamar Ben Gvir, peu après le boycott des votes. Une source proche du député et ministre d’extrême-droite a indiqué que le chef du gouvernement avait convenu qu’il y avait un problème dans la répartition de l’argent et qu’une solution devait être trouvée.

Mais Ofir Katz, président de la coalition et député du Likud, a critiqué la formation extrémiste en disant qu’elle « ouvre la voie à la chute du gouvernement de droite. »

De leur côté, les médias israéliens ont cité une personnalité de premier plan appartenant à la majorité au pouvoir, qui a témoigné sous couvert de l’anonymat et qui a indiqué de manière similaire que si la coalition devait s’effondrer, « l’avènement d’un gouvernement de gauche sera de la responsabilité de Ben Gvir ».

« Ben Gvir se préoccupe davantage de sa couverture médiatique que de la survie du gouvernement de droite ou de l’intégrité de la coalition. Dans un gouvernement, on tente de résoudre ensemble les problèmes et malgré l’impression qu’il s’efforce de donner, il n’est pas le seul à s’intéresser au Neguev et à la Galilée », a continué cet homme.

« Peut-être que ce serait mieux, finalement, qu’il fasse s’effondrer le gouvernement. Nous aurions alors droit à de nouvelles élections et nous sortirions du jeu tous ceux qui ont précipité la chute d’un gouvernement de droite, » a-t-il poursuivi.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu dirige une réunion de faction du Likud à la Knesset, le 15 mai 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La source proche de Ben Gvir a insisté sur le fait que le parti ne faisait que « demander l’égalité », en référence au fait que le ministère du Neguev et de la Galilée a reçu la somme de 460 millions de shekels en fonds discrétionnaires – conformément à ce qui avait été stipulé dans les accords de coalition – dans le cadre du projet de loi budgétaire et que les autres partis ont apparemment obtenu des sommes supérieures qui avaient été allouées par le biais des mêmes accords politiques qui avaient été conclus.

C’est un total de 13,7 milliards de shekels issus des fonds discrétionnaires qui ont été répartis entre les différentes factions dans le prochain budget.

Otzma Yehudit a fait remarquer que la formation d’extrême-droite Hatzionout HaDatit – dirigée par le ministère des Finances Bezalel Smotrich – avait obtenu plus d’un milliard de shekels pour ses ministères et que les formations ultra-orthodoxes ont bénéficié, pour leur part, d’un coup de pouce à hauteur de 3,7 milliards de shekels pour les étudiants en yeshiva, qui sont l’une de leurs principales préoccupations.

Les fonds discrétionnaires ne représentent qu’une portion du budget de trilliards de shekels qui court sur deux ans et qui doit être approuvé d’ici la fin du mois de mai. Leur montant a démesurément enflé par rapport au dernier budget – les fonds discrétionnaires étaient alors de 1,2 milliard de shekels – en raison des pressions exercées par les partis partenaires de la coalition, et Otzma Yehudit réclame apparemment de pouvoir avoir droit à une plus grande part de gâteau.

Ben Gvir est considéré comme le maillon le plus instable du gouvernement de Netanyahu et il a organisé plusieurs boycotts et mouvements de protestation publics contre ce dernier depuis son investiture, il y a cinq mois.

Il y a deux semaines, Ben Gvir avait annoncé que sa formation boycotterait les votes de la coalition à la Knesset en raison de ce qu’il considérait comme une réponse trop tiède du gouvernement face aux tirs de roquette émanant de Gaza. L’opération militaire lancée par Israël au sein de l’enclave côtière avait mis un point final à ce conflit.

Si Otzma Yehudit et Hatzinout HaDatit avaient fait liste commune lorsqu’ils s’étaient présentés aux élections à la Knesset, les deux anciens alliés sont dorénavant à couteaux tirés sur un grand nombre de leurs priorités, pourtant communes. Les deux factions veulent que le contrôle des Juifs, en Israël et en Cisjordanie, soit renforcé et ils ont demandé d’améliorer la sécurité intérieure dans certains secteurs défavorisés d’Israël, principalement dans le sud du Neguev et en Galilée.

Mercredi, Smotrich a visité une exploitation agricole en Galilée, écrivant sur Twitter que « le gouvernement israélien soutient la droite et la Galilée ».

Faisant allusion à l’appui apporté par le gouvernement au développement économique dans la région, il a ajouté que « nous nous en occupons ».

Le ministre du Neguev et de la Galilée, Yitzhak Wasserlauf, s’en est immédiatement pris à Smotrich, qui est ministre des Finances et qui, selon lui, utilise des « phrases accrocheuses mais vides » dans un contexte de querelle budgétaire.

« Si la Galilée est importante pour vous, alors ne coupez pas les budgets alloués au développement du Neguev et de la Galilée », a-t-il écrit sur Twitter.

Si c’est le ministère de Wasserlauf qui est en théorie l’institution gouvernementale chargée de soutenir le développement dans le Neguev et en Galilée, la promotion des projets dans les deux régions dépend des compétences et de la responsabilité de plusieurs ministères différents.

En plus de promouvoir les emplois et l’industrie – « les catalyseurs de la Galilée », a dit Smotrich – le chef du Trésor a soutenu un plan controversé qui soutiendra la construction de nouveaux logements dans la région. Ce plan prévoit de transférer un pourcentage des taxes foncières prélevées auprès des entreprises dans les villes les plus prospères au profit des localités défavorisées – en privilégiant les localités situées à l’écart du centre économique du pays.

Les critiques doutent que le plan porte ses fruits et ils évoquent plusieurs communautés du Neguev et de la Galilée où des logements restent vides, ainsi que la frustration des municipalités dont les taxes foncières seront saisies. Depuis lundi, plusieurs grandes villes, notamment Tel Aviv et Haïfa, se sont mises en grève en signe de mécontentement contre ce projet.

Le boycott de mercredi a permis à l’opposition de gagner une rare victoire, avec la Knesset qui a adopté en lecture préliminaire trois projets de loi présentés par l’opposition. Quand les six députés d’Otzma Yehudit ont boycotté les votes, la coalition a choisi de changer de positionnement et d’apporter son soutien aux législations, préférant cette alternative à une défaite alors qu’elle n’avait plus le nombre suffisant de législateurs pour les rejeter.

L’un des projets de loi a visé à fournir un financement aux examens des personnes en situation de handicap aux niveaux des apprentissages en faveur des familles défavorisées.

Même si le projet de loi nécessite des préparations qui auront lieu dans le cadre de deux commissions et qu’il faudra trois votes supplémentaires avant qu’il ne soit inscrit définitivement dans la loi, le parti d’opposition Yesh Atid, dont le député Meir Cohen – ancien ministre des Affaires sociales – avait présenté la législation, a salué l’adoption de cette dernière en lecture préliminaire, évoquant « une victoire non seulement pour Yesh Atid et pour l’opposition mais aussi pour tous les citoyens d’Israël ».

Deux projets de loi supplémentaires ont été approuvés en lecture préliminaire grâce à ce boycott, tous les deux parrainés par Yesh Atid. Un aidera les Israéliens à transférer leur dossier médical complet lorsqu’ils changent de caisse d’assurance-maladie et l’autre exigera qu’une nouvelle construction située à proximité des côtes comprenne des normes de protection permettant de sauvegarder la vie marine.

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