Paris s’opposera à un accord si l’Iran refuse l’inspection de ses sites militaires
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Paris s’opposera à un accord si l’Iran refuse l’inspection de ses sites militaires

L'AIEA exige aussi les inspections ; Les négociations peuvent continuer au-delà du 30 juin selon un responsable iranien

Laurent Fabius (Crédit : Lionel Bonaventure/AFP)
Laurent Fabius (Crédit : Lionel Bonaventure/AFP)

La France n’acceptera pas d’accord sur le nucléaire iranien si Téhéran refuse la vérification de ses installations militaires, a affirmé mercredi le chef de la diplomatie française Laurent Fabius, une semaine après que le guide suprême iranien eut exclu toute inspection de ces sites.

« Il n’y aura pas d’acceptation (de l’accord) de la France s’il n’est pas clair qu’une vérification pourra être faite auprès de toutes les installations iraniennes, y compris les sites militaires », a déclaré M. Fabius devant les députés, en souhaitant que toutes les grandes puissances engagées dans les négociations « adoptent la position française ».

« Sur ce point, j’aimerais que la totalité des grands pays qui discutent avec nous adoptent la position française », a poursuivi le ministre. « Oui à un accord, mais non à accord qui permettrait à l’Iran d’avoir la bombe atomique: c’est la position de la France, puissance indépendante et puissance de paix », a-t-il dit.

Les négociations entre l’Iran et les grandes puissances pourraient aller au-delà du 30 juin en raison des difficultés à parvenir à « un bon accord » nucléaire, a affirmé un négociateur iranien en marge d’une séance de discussions à Vienne.

« Nous ne sommes pas au point où l’on peut dire que les négociations vont s’achever rapidement, elles vont aller jusqu’à la date-butoir et peuvent même continuer au-delà », a déclaré le vice-ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, cité par l’agence officielle Irna à son arrivée à Vienne où les discussions ont repris mardi et doivent durer jusqu’à vendredi.

« Nous ne sommes pas liés par le calendrier, nous essayons d’avoir un bon accord avec tous les détails répondant à nos attentes », a ajouté M. Araghchi, expliquant que « la rédaction du texte final et de ses annexes est un travail difficile ».

Le vice-ministre du Pétrole, Amirhossein Zamani-Nia, avait estimé lundi que « 20 pages ont déjà été rédigées mais il reste des désaccords et 30 % du travail reste à faire », selon les médias.

Plusieurs points sensibles de cet accord global font l’objet de discussions intenses.

L’Iran exclut ainsi toute inspection de ses sites militaires au nom de la protection de ses intérêts nationaux mais accepterait un « accès réglementé » à ces sites pour les experts étrangers dans le cadre du protocole additionnel au Traité de non prolifération nucléaire.

Yukiya Amano, le directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui sera chargée de mettre en oeuvre un éventuel accord nucléaire, a souligné mercredi que l’agence onusienne devrait pouvoir avoir accès à tous les sites, y compris militaires.

Khamenei soutient les négociateurs nucléaires après des critiques

Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a salué mercredi le travail des négociateurs dans le dossier nucléaire, qui ont fait récemment l’objet de critiques de la part de certains ultraconservateurs.

Les négociateurs, qui ont repris mardi à Vienne les discussions avec les grandes puissances « travaillent, font des efforts, versent leur sueur. Grâce à Dieu, ils pourront insister sur ces positions et obtenir ce qui est l’intérêt du pays et du régime », a déclaré le numéro un iranien en recevant les membres du Parlement.

Les déclarations du guide, qui a la haute main sur le dossier nucléaire de Téhéran, interviennent alors que plusieurs députés ont accusé les négociateurs d’avoir accepté des concessions trop importantes aux Occidentaux, selon les médias iraniens.

Lors d’une séance à huis clos au Parlement dimanche, le député ultraconservateur Mehdi Kouchakzadeh et le chef de la diplomatie Mohammad Javad Zarif avaient eu une altercation verbale, filmée par un téléphone portable et dont les images ont été largement diffusées sur les réseaux sociaux.

M. Kouchakzadeh qualifie notamment M. Zarif de « traître », ajoutant qu’il parle au nom du guide.

« En matière nucléaire, notre position est celle que j’ai exprimé publiquement, les mêmes choses ont été dites exactement par oral et par écrit aux responsables. Ce sont les positions du régime », a souligné mercredi l’ayatollah Khamenei, cité par le site internet qui lui est dédié (www.khamenei.ir).

Les députés ultraconservateurs accusent notamment le chef de la diplomatie et son équipe, qui négocient un accord global avec le groupe 5+1 (Chine , Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie et Allemagne), d’avoir accepté le principe d’inspections des sites militaires, ce qu’a totalement exclu le guide suprême.

Le négociateur Abbas Araghchi, vice-ministre des Affaires étrangères, a démenti en affirmant que les experts étrangers chargés de vérifier le respect par Téhéran des termes de l’accord auraient un « accès réglementé » à ces sites prévu par le protocole additionnel au Traité de non prolifération.

M. Khamenei a également appelé le Parlement et le gouvernement au respect mutuel.

« L’entente ne peut exister s’il y a un regard suspicieux » et en accusant l’autre « de compromission et de trahison ». Il a demandé aux députés une « attitude respectueuse à l’égard des ministres » et au gouvernement de ne pas être « insultant » envers les députés.

L’Iran et les grandes puissances ont conclu un accord-cadre le 2 avril, qui doit aboutir à un accord final d’ici au 30 juin.

Les Occidentaux, qui soupçonnent l’Iran de vouloir se doter de la bombe atomique, veulent garantir le caractère exclusivement pacifique du programme nucléaire iranien, en échange de la levée des sanctions internationales qui étouffent l’économie.

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