Peretz retire ses propos et condamne « sévèrement » la thérapie de conversion
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Peretz retire ses propos et condamne « sévèrement » la thérapie de conversion

Dans une lettre écrite aux éducateurs, le ministre affirme n'avoir "jamais" suggéré ce traitement aux homosexuels, le qualifiant de "mauvais"

Le ministre de l'Education Rafi Peretz au ministère de l'Education à Jérusalem, le 26 juin 2019 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le ministre de l'Education Rafi Peretz au ministère de l'Education à Jérusalem, le 26 juin 2019 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Revenant sur ses propos de ce week-end qui ont suscité un tollé, le ministre de l’Education Rafi Peretz a affirmé mardi n’avoir « jamais » recommandé la thérapie dite de conversion pour les homosexuels, clamant qu’il s’oppose « sévèrement » à cette pratique « mauvaise et grave ».

Peretz, éducateur de carrière, avait déclaré au cours d’un entretien télévisé diffusé samedi qu’il avait envoyé des étudiants suivre ce traitement et constaté qu’il était « possible » de changer leur orientation sexuelle.

Ces déclarations avaient été dénoncées avec force au sein de l’opinion publique comme par les députés issus de tout le spectre politique, et notamment par le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Des activistes défendant des droits de la communauté LGBTQ, des éducateurs, des députés et d’autres avaient réclamé sa démission immédiate.

Mais dans un courrier envoyé aux enseignants et aux principaux, mardi, Peretz a affirmé ne rien avoir dit de la sorte.

« Quand on m’a interrogé sur le sujet, pendant l’entretien, j’ai dit qu’au cours des nombreuses années de ma carrière d’éducateur, j’ai été approché à plusieurs reprises sur des questions d’orientation sexuelle. J’ai toujours attentivement écouté les difficultés qui m’étaient présentées et j’ai parfois recommandé des consultations avec des professionnels », dit la lettre écrite par le ministre.

« Toutefois, je n’ai jamais dédaigné ces demandes et je n’ai jamais suggéré une thérapie de conversion que je condamne sévèrement », ajoute la missive.

Les participants à la Gay Pride de Jérusalem, le 2 août 2018. (Crédit : AFP Photo/Menahem Kahana)

« Je sais que la thérapie de conversion est mauvaise, je sais qu’elle est grave », continue Peretz. « C’est là ma position sans ambiguïté. Je comprends qu’il s’agit d’un traitement invasif et inadapté à la psyché humaine parce que ceux qui y sont soumis souffrent davantage qu’ils ne sont soulagés, et que des vies peuvent être mises en péril par l’apparition de pensées suicidaires. »

« Je n’ai jamais pensé – et je n’ai très certainement jamais dit – qu’une telle thérapie devait être introduite au sein du système éducatif », ajoute Peretz.

Toutefois, poursuit-il, « les homosexuels ont le droit de chercher et de trouver une oreille attentive et une aide auprès de professionnels de manière respectueuse et aimante, et c’est là ce que j’ai voulu dire dans l’interview ».

Dans sa clarification initiale de ses déclarations, samedi soir, Peretz n’avait pas nié avoir envoyé des étudiants suivre une thérapie de conversion, affirmant seulement que ses propos avaient été mal interprétés et sortis de leur contexte.

Lorsque « des étudiants m’ont contacté et m’ont demandé des conseils, je les ai renvoyés vers des professionnels à leur demande et j’ai vu que c’était possible », avait dit le ministre de l’Education, précisant que « je n’ai pas dit que je soutiens la thérapie de conversion ».

Il avait expliqué dans cette première clarification avoir « rencontré des étudiants dans un état de détresse terrible en raison de leur orientation sexuelle et choisi de les envoyer vers des professionnels pour changer cette orientation. Ce que j’ai dit dans cette interview relève de mon expérience personnelle dans des cas similaires ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu préside une réunion du cabinet à Jérusalem, le 7 juillet 2019. (Crédit : ABIR SULTAN / POOL / AFP)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait rapidement pris ses distances face aux propos tenus par Peretz, disant qu’ils étaient « inacceptables et ne représentent pas la position du gouvernement ».

Dans une lettre ouverte adressée samedi à Peretz, un groupe d’éducateurs et de personnels d’écoles gay et lesbien avaient déclaré être « furieux et choqués », avertissant que « le soutien à la thérapie de conversion incarne une menace concrète pour les élèves issus de tous les milieux de la société israélienne ».

Les thérapies de conversion pour les homosexuels, également appelées thérapies réparatrices, ont été fortement découragées en Israël, aux États-Unis et ailleurs, et les grandes organisations de santé ont attiré l’attention sur ce qu’elles appellent des méthodes pseudo-scientifiques. Elles ont également condamné une approche de l’homosexualité appréhendée sous l’angle de la maladie mentale.

Mais cette pratique reste légale en Israël et est encore acceptée dans certains milieux massorti et orthodoxes. On estime qu’entre 20 et 30 psychologues et travailleurs sociaux agréés et 50 thérapeutes non agréés pratiquent une forme quelconque de thérapie de conversion en Israël, avait ainsi déclaré le rabbin Ron Yosef de l’organisation gay orthodoxe Hod en 2016.

D’importantes organisations médicales aux États-Unis affirment qu’il n’existe aucune preuve que les efforts de changement d’orientation sexuelle sont efficaces et que la thérapie peut renforcer la haine de soi, la dépression et les phénomènes d’automutilation.

L’Association des psychologues israéliens avait tiré des conclusions similaires dans un article de 2011, que le ministère de la Santé israélien avait finalement fait siennes fin 2014.

Dans le courrier de mardi, Peretz a indiqué qu’il ne déciderait jamais pour des étudiants quels devraient être leurs moyens d’agir et ajouté qu’ils ne devaient prendre des décisions qu’après avoir entendu « la myriade de possibilités et d’opinions qui leur serait offerte ».

Des membres de la communauté LGBT tiennent une banderole en hébreu « Un raciste homophobe doit démissionner » lors d’une manifestation contre le ministre de l’Éducation Rafi Peretz à Tel Aviv, le 14 juillet 2019. (Photo par JACK GUEZ / AFP)

Peretz, chef du parti sioniste religieux HaBayit HaYehudi, a été nommé ministre de l’Education le mois dernier par le gouvernement intérimaire de Netanyahu. En 1992, Peretz avait fondé l’académie pré-militaire d’Atzmona, dans une implantation de la bande de Gaza, qui s’est fait connaître pour avoir formé de futurs leaders dans le camp sioniste religieux socialement conservateur.

Il a été grand rabbin de l’armée israélienne entre 2010 et 2016.

Au début du mois, il a été critiqué pour avoir dit que les mariages mixtes parmi les Juifs de la diaspora étaient une « deuxième Shoah », déclenchant un torrent de condamnations.

Il avait ensuite dit que cette description n’était « probablement pas appropriée », ajoutant qu’il n’avait pas voulu offenser les Juifs de la diaspora par ces paroles.

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