Petit tour dans les supermarchés à Nahariya après les tirs de l’Iran
Malgré les missiles iraniens sur le nord d'Israël et le risque de guerre totale, les gens font leurs courses presque comme d'habitude
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Ruti Reinhold pousse son chariot rempli à ras bord dans les allées du supermarché Faisal, supermarché situé dans la ville arabe de Mazraa, à un dizaine de kilomètres du Liban, à la sortie de Nahariya, en Galilée occidentale.
En temps normal, le magasin est bondé, pris d’assaut par une clientèle bigarrée. Mais en ce lundi, c’est nettement plus calme que d’habitude.
Dimanche soir, l’Iran a tiré des missiles balistiques sur le nord d’Israël, jetant à nouveau la région au bord de la guerre totale après deux mois d’un cessez-le-feu précaire. Malgré la reprise des hostilités avec l’Iran, les riverains de cette frontière israélienne meurtrie par la guerre ne se sont pas rués pour faire des réserves.
« Ce sont mes courses habituelles, comme toutes les deux semaines », explique-t-elle. « Cela n’a rien à voir avec la guerre. »
Les clients — Juifs, Musulmans, Druzes et Chrétiens — vont et viennent entre les rayons du grand magasin, manifestement moins préoccupés par le « matzav » – la situation, en hébreu, que par le choix des cerises, pastèques et autres abricots.
Certain sont venus avec leurs enfants, les cours ayant été annulés pour la journée en raison des tirs de missiles iraniens ; d’autres font leurs courses habituelles. Les rayons sont bien achalandés et personne ne semble acheter des produits de première nécessité, en tout cas pas plus que les autres jours.
Reinhold dit faire ses courses ici depuis plus de deux ans, depuis que la guerre contre le Hezbollah a éclaté lorsque le groupe terroriste a attaqué Israël le 8 octobre 2023. Il lui arrive de devoir se mettre à l’abri dans la pièce sécurisée du supermarché lorsque les sirènes signalent l’arrivée de roquettes en provenance du Liban.
« Nous allons voir ce qui va se passer », ajoute-t-elle, imperturbable. « La vie continue. »
Selon le régime iranien, l’attaque de dimanche était une riposte à une frappe de Tsahal menée le jour-même contre le Hezbollah, le relais terroriste de l’Iran à Beyrouth. L’armée de l’air israélienne a répliqué dans la nuit de dimanche à lundi, et le lundi matin a été marqué par une nouvelle volée de missiles, cette fois iraniens et houthis.
Si Tsahal dit se préparer à un conflit de longue durée, des responsables ont confié aux médias israéliens que « le sentiment est que ce cycle de combats est derrière nous ». Bien qu’ils aient également souligné que l’armée ne mettrait pas un terme à son offensive contre le Hezbollah dans le sud-Liban, Israël et l’Iran ont, selon les informations disponibles, fait taire les armes — du moins pour le moment.
Cette ville côtière habituellement tranquille a eu son lot de pertes : en août 2024, Mikhael Sammarah, 27 ans, a été tué sur la route, en face du supermarché, suite au dysfonctionnement d’un missile d’interception du Dôme de Fer lors d’un tir de drones du Hezbollah.
Uri Peretz, père de quatre enfants, a été tué lors d’une attaque de roquettes du Hezbollah sur Nahariya en mars dernier, un mois après le début d’un autre cycle de guerre qui a commencé le 28 février, lorsqu’Israël et les États-Unis ont lancé une attaque conjointe contre l’Iran, parrain du Hezbollah, afin de dégrader ses capacités nucléaires et balistiques.
Depuis le début de la guerre contre l’Iran et les attaques ultérieures de « solidarité » du Hezbollah, 30 soldats de Tsahal et un sous-traitant civil du ministère de la Défense ont été tués au Liban en combattant le relais iranien. Deux civils ont également été tués par les roquettes du groupe terroriste, et un civil israélien a été tué par erreur dans le nord par des tirs d’artillerie israéliens.
Arie Zino, un habitant de Shlomi, une ville limitrophe de la frontière nord avec le Liban, est venu acheter de quoi manger pour sa mère.
« Ce n’est pas une guerre ? » demande-t-il avec colère en parlant de l’arrêt apparent des hostilités entre Israël et le Hezbollah négocié le 16 avril dernier. « C’est ça un cessez-le-feu ? Quand des dizaines de soldats se font tuer ? »
Il donne alors le nom d’une militaire récemment tuée par une double attaque de drones du Hezbollah, le 28 mai dernier, la sergent Rotem Yanai, 20 ans, sous-officier en charge du bien-être des soldats au sein du bataillon Rotem de la brigade Givati.
Une cliente prénommée Mona, qui ne souhaite pas donner son nom de famille, ne dit pas autre chose.
« Nous sommes de nouveau en guerre », affirme cette habitante de la ville voisine de Kaboul. Hier soir, les sirènes ont retenti dans toute la Galilée occidentale, précise-t-elle, et « personne n’a dormi ».
Mais selon Kamal Hasboun, qui vit à Mazraa, malgré la guerre, « nous vivons toujours bien ». Il se tient devant un abri anti-aérien temporaire à Mazraa, à quelques rues du supermarché.
« Dieu a donné la terre aux Juifs, et nous sommes cousins, et nous sommes là aussi », déclare Hasboun en se disant optimiste quant à une fin prochaine de la guerre, « peut-être pour le mieux ».
« Nous vivons dans un pays fort », dit-il. « Ici, les gens sont tous solidaires. »
Pendant ce temps à Nahariya…
À moins de trois kilomètres de là, dans le supermarché Universe (ex-Shufersal) du centre-ville de Nahariya, Sarah Danor porte un sac d’oignons et de tomates tout en parcourant tranquillement le rayon des fruits et légumes du magasin.
« Je ne suis pas du genre à faire des réserves », dit Danor, qui a quitté le New Jersey il y a de cela 15 ans. Elle précise ne pas être de nature « très anxieuse ».
« Nous avons de la chance d’avoir une armée et des dirigeants qui nous protègent », affirme-t-elle.
À proximité, Shosh Rachamin, la cheffe d’équipe du magasin, dit avoir vu des gens faire des réserves de bouteilles d’eau et d’autres produits.
« Les enfants n’ont pas classe et restent à la maison », ajoute-t-elle. « Ils ont besoin de manger. »
Sur le boulevard principal du centre-ville de Nahariya, Moshe Levi, un riverain, explique être sorti pour faire quelques courses.
« Certains deviennent hystériques », dit-il, « mais je continue à vivre comme d’habitude. »
Il relève que Nahariya paraît plus calme que d’habitude, avant de plaisanter : « C’est quand même difficile de trouver une place de parking. »
Pourtant, ajoute-t-il, « il faut rester prudent, sans perdre notre santé mentale ».
Il précise que chaque mercredi, il se rend au supermarché Faisal pour faire ses courses.
« J’irai mercredi, comme d’habitude », conclut-il. « Cette semaine comme toutes les autres. »
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