Pour couvrir toutes les bases électorales, Netanyahu lorgne sur un kahaniste
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Analyse

Pour couvrir toutes les bases électorales, Netanyahu lorgne sur un kahaniste

Des proches du Premier ministre pensent que son sort pourrait être lié au parti extrémiste Otzma Yehudit et à son chef Itamar Ben-Gvir

Shalom Yerushalmi

Shalom Yerushalmi est analyste politique pour Zman Israël, le site en hébreu du Times of Israël sur l'actualité israélienne.

Itamar Ben-Gvir du parti Otzma Yehudit , à une conférence à Jérusalem le 2 septembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Itamar Ben-Gvir du parti Otzma Yehudit , à une conférence à Jérusalem le 2 septembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La personne qui a fait le plus parler d’elle au bureau du Premier du ministre et à sa résidence officielle de la rue Balfour est un militant d’extrême droite qui s’est construit une réputation en participant à des manifestations en soutien aux enseignements du rabbin politicien ultra-nationaliste Meir Kahane.

Itamar Ben-Gvir est devenu tristement célèbre par ses émeutes de rue et ses provocations sur la place publique, ses affrontements avec la police et ses échanges avec les juges.

Il ne s’est jamais caché de ses positions extrémistes, au contraire. Vendredi dernier, je l’ai vu s’adresser à une foule au marché de Mahané Yehuda à Jérusalem. « Je ne compromettrai pas mon idéologie », a-t-il clamé sous un tonnerre d’applaudissements. « Seul vous allez partir en guerre », ont-ils scandé avec admiration.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu est en train d’articuler son futur personnel et politique autour d’un homme qui a arraché le sigle de la voiture d’Yitzhak Rabin et promis que « nous l’aurons, lui aussi ».

Le fait que le parti de Ben-Gvir, Otzma Yehudit, ne dépasse pas les 3,25 % des suffrages nécessaires pour franchir le seuil d’éligibilité (selon un sondage mené dimanche par la Treizième chaîne, il n’obtiendrait que 2,8 % des voix), a suscité une certaine euphorie chez les partisans de Netanyahu.

L’éventualité qu’il octroie à Netanyahu le 61e siège dont il a besoin pour former un gouvernement a transformé l’avocat en une sorte de VIP dans les cercles du Likud, et jusqu’aux élections, il espère, à juste titre, que le chef du gouvernement et ses ministres seront aux petits soins.

Les proches de Netanyahu répondent de deux écoles de pensée lorsqu’il est question de Ben-Gvir.

Ayelet Shaked au lancement de la campagne électorale de l’alliance politique Yamina, à Ramat Gan, le 12 août 2019. (Crédit : Flash90)

La première est incarnée par la femme de Netanyahu, Sara, et son confident Nathan Eshel. Sara Netanyahu veut voir Ben-Gvir franchir le seuil électoral car cela permettra d’aller plus loin que la garantie du 61e siège. Le kahaniste compensera les sièges que le parti Yamina dirigé par Ayelet Shaked pourrait remporter, ce qui affaiblira cette dernière et la privera de l’essentiel droit de veto sur chaque démarche du Premier ministre, elle qui tente de le doubler par la droite.

« Shaked n’aura pas toutes les cartes en main, et c’est ce qui nous importe le plus », a déclaré une source proche de la femme du Premier ministre.

Pour le moment, le Premier ministre et nombre de ses conseillers adhèrent à une autre école de pensée, qui consiste à faire sortir Ben-Gvir de la course. Et pourtant, les médias semblent indiquer que Netanyahu pourrait être tenté de changer d’avis.

« Netanyahu pensait que s’il s’asseyait avec Ben-Gvir pendant huit heures, après s’être assis avec [le chef du parti Zehut Moshe] Feiglin pendant sept heures, la situation aurait changé », a déclaré un proche, en référence à l’accord conclu avec Feiglin pour qu’il se retire de la course en échange d’un siège au cabinet et d’une réforme de l’industrie du cannabis thérapeutique.

Netanyahu craint que les voix de droite soient gaspillées dans les petits partis qui suscitent certes un intérêt certain, mais ne franchiront pas le seuil d’éligibilité.

Qu’est-ce qui pourrait se passer d’ici au 17 septembre ? Netanyahu pourrait réagir aux messages envoyés par Ben-Gvir, en encourageant les électeurs à voter pour Otzma Yehudit. Mardi, la Douzième chaîne a rapporté que le Premier ministre tentait d’obtenir le soutien d’une secte hassidique au parti de Ben-Gvir.

« Netanyahu n’ira pas contre eux, mais avec eux », a déclaré ce proche au site Zman Israël, la version hébraïque du Times of Israël. « Par exemple, nous savons que ce qui tient le plus à cœur à Ben-Gvir, c’est une réforme judiciaire. Il s’est battu contre le système [juridique] toute sa vie. Netanyahu ne fait pas non plus entièrement confiance [au système], comme chacun le sait. Alors ils peuvent envoyer le même message de campagne. »

En d’autres termes, Ben-Gvir a inspiré la campagne électorale du Likud.

En coulisses, Netanyahu pense obtenir 37 à 38 sièges pour le Likud, une sacrée longueur d’avance par rapport à son rival Kakhol lavan, qui devrait en remporter 30 à 32 – et ce genre de résultat ne permettra pas au président Reuven Rivlin, opposant de Netanyahu, de charger les co-dirigeants de Kakhol lavan de former un gouvernement.

A part Ben-Gvir, Netanyahu se tourne vers deux autres sources de salut : Washington et la périphérie israélienne.

Le président américain Donald Trump est déjà prêt à lui donner un coup de pouce avant le scrutin, tout du moins selon les proches de Netanyahu. La question est de savoir quelle déclaration il pourra obtenir de son dévoué allié à Washington.

Dimanche, Netanyahu a donné le coup d’envoi de l’année scolaire dans l’implantation d’Elkana et déclaré qu’Israël appliquerait sa souveraineté sur les communautés juives de Judée et Samarie, la dénomination biblique de la Cisjordanie.

Le ministre du Tourisme Yariv Levin a ajouté que « nous avons une opportunité de faire une démarche historique avec l’administration [américaine]. Nous n’avons pas à convaincre le président de l’importance de la souveraineté israélienne sur les communautés ici. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, salue les élèves qui brandissent des drapeaux israéliens lors d’une cérémonie organisée lors de la rentrée scolaire dans l’implantation d’Elkana, en Cisjordanie, le 1er septembre (Crédit : Amir Cohen/Pool Photo via AP)

Les médias ont suggéré que Netanyahu œuvrait à obtenir une déclaration présidentielle dans ce sens, ce qui redirigerait de nombreux électeurs de droite vers le Likud.

En ce qui concerne la périphérie israélienne, Netanyahu s’est rendu à Kiryat Ata, une ville émergente près de Haïfa. La veille, il s’était entretenu avec les chefs des communautés de Judée et de Samarie chez lui, et mercredi, il a visité Hébron. L’objectif de Netanyahu est de faire drastiquement augmenter le taux de participation, notamment dans la périphérie. « Allez voter ! », a-t-il intimé au millier de partisans venus l’écouter à Kiryat Ata.

La semaine dernière, il a rencontré des maires affiliés au Likud. Le maire de Lod, Yair Revivo, a déclaré durant l’entretien que la moitié des sympathisants du parti dans la périphérie ne vote pas.

« J’ai trouvé de nombreuses raisons au fait que les gens ne vont pas voter, et cela arrive principalement aux sympathisants du Likud. Si 20 % [des électeurs du Likud] à Afula, Dimona, Mitzpe Ramon, Lod et dans toutes les villes émergentes vont voter, nous aurons 20 000 voix de plus, et cela nous garantira la victoire », a déclaré Yair Revivo.

Le Premier ministre l’a entendu, l’a répété à maintes reprises et décidé de traverser Israël en personne, de visiter des villes reculées différentes chaque jour. Il a annulé un voyage en Inde pour motiver les électeurs de la ville endormie de Beit Shean, au nord d’Israël, par exemple.

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