Pour Joel Mokyr, son prix Nobel est secondaire par rapport au retour des otages
Ce lauréat israélo-américain du prix d'économie affirme avoir été stupéfait d'apprendre qu'il l'avait remporté ; il attribue à son professeur d'histoire du lycée le mérite d'avoir façonné sa vision du monde
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

Le jour où le prix Nobel d’économie a été décerné, au petit matin, l’historien israélo-américain Joel Mokyr, spécialiste en histoire de l’économie, était en train de suivre les nouvelles de la libération des otages israéliens jusque-là retenus en captivité à Gaza.
Il était loin de se douter de la tournure que prendrait sa journée.
« La matinée a été étrange », dit Mokyr en évoquant la journée du 13 octobre, marquée par le retour de 20 otages en vie sur le sol israélien et par la restitution, par le Hamas, des dépouilles de quatre otages, à l’issue de deux ans de captivité à Gaza. « Je me suis réveillé très tôt, je me suis rué sur mon ordinateur pour voir ce qui arrivait aux otages et pendant que je lisais les nouvelles sur leur retour, ma boîte de réception s’est remplie d’une vingtaine de messages qui me disaient tous : ‘Félicitations !’. »
« Je me suis dit : Mais que se passe-t-il ?… Ce n’était pas mon anniversaire. Ce n’est qu’après avoir ouvert certains des courriels – ce qui m’a incité à vérifier mon téléphone – que j’ai vu un appel manqué en provenance de Suède. Là, j’ai rappelé et on m’a annoncé que j’avais remporté le prix Nobel d’économie », ajoute-t-il.
Lors d’un entretien accordé au Times of Israel une semaine après avoir remporté le prix le plus prestigieux dans son domaine, Mokyr, 79 ans, explique que le retour des otages, ce jour-là, lui a apporté plus de bonheur que la réception du Nobel et que leur libération a finalement représenté bien davantage que n’importe quelle réussite personnelle.
« Au fond de moi, je savais que le prix Nobel d’économie allait m’être décerné parce que je suis économiste universitaire », dit-il. « Mais j’avais complètement oublié cette annonce, et il ne m’était même pas venu à l’esprit que je pouvais avoir une chance de le remporter ».
Mokyr, professeur à l’université Northwestern qui enseigne également à l’université de Tel Aviv, a été l’un des trois lauréats du prix Nobel d’économie 2025 qui ont été distingués pour « avoir expliqué la croissance économique tirée par l’innovation ». Le chercheur israélo-américain a remporté ce prix aux côtés de Philippe Aghion, du Collège de France et de la London School of Economics (qui est également d’origine juive), et de Peter Howitt, de l’université Brown.
Le comité Nobel a félicité les trois hommes pour avoir reconnu dans leurs travaux que « nous ne devons pas considérer le progrès comme acquis » et que « la société doit rester attentive aux facteurs qui génèrent et qui soutiennent la croissance économique ».
Les recherches de Mokyr portent sur l’histoire économique de l’Europe, examinant les racines économiques et intellectuelles du progrès technologique et des changements démographiques. Il s’est vu attribuer la moitié du prix, d’une valeur de 1,2 million de dollars, pour avoir identifié et expliqué les « conditions préalables à une croissance économique durable grâce au progrès technologique ».
Le Comité Nobel a fait savoir que Mokyr « a démontré que pour que les innovations se succèdent dans un processus auto-générateur, nous devons non seulement savoir que quelque chose fonctionne, mais aussi avoir des explications scientifiques sur les raisons de ce fonctionnement ».
Il est professeur d’économie et d’histoire à l’université Northwestern, où il enseigne depuis 1974. Il a été nommé, en 1994, professeur « Robert H. Strotz » des arts et des sciences. Il est également professeur à l’Eitan Berglas School of Economics de l’université de Tel Aviv et il enseigne également à l’Université hébraïque, où il intervient comme invité.
Mokyr raconte que lorsqu’il a appris la nouvelle concernant son Nobel, il se trouvait dans sa maison de vacances située dans l’ouest du Michigan.
« Mon épouse et moi-même nous sommes assis et nous avons dû reprendre notre souffle pendant quelques minutes, puis je me souviens de ce qu’elle a dit : ‘Oh, mais c’est génial, nous allons pouvoir payer l’école privée de nos petits-enfants », se souvient-il.
Né à Leyde, aux Pays-Bas, dans une famille juive néerlandaise qui avait survécu à la Shoah, Mokyr avait déménagé en Israël à l’âge de neuf ans et il a grandi à Haïfa. Il a obtenu son diplôme de premier cycle à l’Université hébraïque avant de s’installer aux États-Unis pour poursuivre ses études, où il a obtenu un doctorat en économie à l’université de Yale.
« Ma mère, qui était membre du mouvement sioniste aux Pays-Bas, disait toujours que la vie d’une famille juive en Israël serait beaucoup plus sûre qu’aux Pays-Bas », se souvient Mokyr. « Ma mère voulait simplement que j’aie un travail décent et que j’épouse une femme gentille ».
Mokyr raconte que, pendant son enfance en Israël, la personne qui a le plus influencé sa vie a été son professeur d’histoire au lycée, un intellectuel juif polonais – « un historien brillant », affirme-t-il.
« J’étais assis pendant le cours, rempli d’admiration, et c’est ainsi que j’ai fini par faire ce que je fais aujourd’hui, étudier l’histoire – ce que j’ai fait toute ma vie », s’exclame-t-il.
Mokyr confie aimer Israël, ajoutant qu’il est un fervent auditeur de la station de radio Kol Hamusica, qui diffuse de la musique classique, et qu’il écoute quand il travaille. Au cours des 25 dernières années, il s’est rendu dans le pays au moins une ou deux fois par an en moyenne pour enseigner.
« Kol Hamusica fait partie intégrante de ma vie et aucune station de musique classique aux États-Unis ne peut rivaliser avec l’intelligence et avec les connaissances des Israéliens qui la dirigent », note Mokyr. « Une chose que j’ai toujours admirée en Israël, c’est que c’est de loin la nation la plus créative au monde par rapport à sa superficie ».
Il poursuit en disant que « les Israéliens sont exceptionnellement créatifs, non seulement dans le domaine de la technologie – en particulier dans celui de la technologie numérique – mais aussi dans tous les autres, qu’il s’agisse de technologies d’irrigation ou de préparation des aliments, en passant par la littérature ou par la musique ».
Dans le même temps, Mokyr dit être inquiet : « Toute cette créativité est le fruit d’environ la moitié de la population seulement, car l’autre moitié, en particulier les groupes ultra-orthodoxes, n’y contribue pratiquement pas ».
Toujours stupéfait par son prix, Mokyr insiste sur le fait qu’il y a une longue liste d’universitaires et de chercheurs brillants qui mériteraient de remporter le Nobel pour leurs travaux.
« Je ne suis pas un théoricien et je n’ai pas de théorie que j’ai élaborée moi-même, mais j’ai étudié l’histoire toute ma vie, avec un pied dans le département d’économie de Northwestern et un diplôme d’histoire de l’Université hébraïque de Jérusalem », dit Mokyr. « J’essaie d’utiliser l’histoire pour comprendre l’économie, et d’utiliser l’économie pour comprendre l’histoire ».
Mokyr souligne qu’il y a de nombreux autres domaines dans lesquels l’histoire économique est utile, « qu’il s’agisse du commerce international ou de la manière dont les monnaies sont utilisées en passant par l’émergence des banques, par la nature même du travail ou l’offre de main-d’œuvre ».
Submergé par l’attention dont il a fait l’objet depuis qu’il a remporté le prix, Mokyr se dit extrêmement heureux que de nombreuses personnes qui appartenaient à son passé israélien se soient soudainement manifestés.
Au sujet de la contribution qu’il a apportée à son domaine, Mokyr explique que « ma principale réussite, telle que je la conçois aujourd’hui, n’est pas le prix Nobel en réalité, même si, bien sûr, j’en suis très heureux et reconnaissant ».
« Je pense que ma principale contribution est d’avoir formé plus de 60 docteurs qui travaillent tous dans le domaine [de l’histoire économique] et qui poursuivent mon travail, » ajoute-t-il.
... alors c’est le moment d'agir ! Le Times of Israël vous fournit chaque jour les informations qui vous intéressent. Qu'il s'agisse de la politique, de la high-tech en Israël, de l'enseignement de la Shoah, des Juifs de Diaspora ou bien encore de l'archéologie, de la culture et de l'environnement en Israël : nous tâchons toujours de couvrir un large spectre des sujets qui vous concernent, alors si vous le pouvez, aidez-nous à continuer à vous offrir ce contenu de qualité indispensable, surtout depuis le 7-Octobre.
la Communauté du Times of Israël !







