Rechercher

Pour Lapid, le prochain gouvernement est en train de créer « un État halakhique »

Le Premier ministre sortant invite les électeurs du Likud à dénoncer les efforts livrés par les partis religieux pour imposer la loi juive

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

Le Premier ministre sortant, Yair Lapid, a déclaré lundi que les politiques avancées par le gouvernement semblaient oublier qu’Israël est un État juif et non « un État halakhique » et il a appelé les députés du Likud à dénoncer les efforts livrés pour imposer la loi religieuse au pays.

S’exprimant lors de la réunion de faction de son parti Yesh Atid et évoquant les politiques prônées par les partis religieux qui devraient intégrer la coalition au pouvoir sous la direction du Likud, Lapid a dit que « l’État d’Israël est un État juif, pas un État halakhique ».

« On ne va pas dire aux femmes où elles ont le droit et où elles n’ont pas le droit de se tenir », a-t-il déclaré.

Les formations intégrant la prochaine coalition « ne vont pas diviser le pays entre ceux qui font leur service dans l’armée et ceux qui ne le font pas ; entre ceux qui travaillent et ceux qui ne travaillent pas », a-t-il continué, soulignant que Yahadout HaTorah a demandé le versement d’allocations versées aux étudiants en yeshiva dont le montant serait finalement supérieur à la somme perçue par les soldats, que Hatzionout HaDatit, le parti d’extrême-droite, a réclamé que les matchs de football ne soient plus organisés à Shabbat et que les factions religieuses ont apporté leur soutien à une loi qui viendrait légaliser la séparation des hommes et des femmes lors des événements publics.

Le gouvernement de Lapid, qui comprenait des formations issues de tout le spectre politique, doit être remplacé par une alliance de partis de droite, d’extrême-droite et ultra-orthodoxes placés sous l’autorité du chef du Likud, Benjamin Netanyahu, qui a gagné 64 sur 120 sièges lors des élections du 1er novembre.

La coalition présumée qui s’apprête à prendre le pouvoir est la plus à droite de toute l’Histoire de l’État d’Israël. Il apparaît, par les déclarations de ses membres, que son arrivée au pouvoir entraînera un changement déterminant en termes de politiques sur des dossiers divers, notamment sur les questions relatives à la relation entre la religion et l’État, sur l’équilibre entre les systèmes politique et judiciaire et sur les droits des minorités.

Le chef du Likud Benjamin Netanyahu, à droite, avec le dirigeant du Shas, Aryeh Deri, lors d’une conférence organisée à Jérusalem, le 12 septembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Faisant référence à ces changements, Lapid s’est tourné vers le million et plus d’électeurs qui ont voté pour le Likud et il a interrogé : « C’est ça que vous vouliez ? C’est pour ça que vous avez voté pour le Likud ? »

Évoquant les politiques prônées par les partis religieux qui devraient intégrer la coalition au pouvoir sous la direction du Likud, Lapid a noté que, versées aux étudiants en yeshiva qui seraient finalement supérieures à celles perçues par les soldats, à la requête de Hatzionout HaDatit, le parti d’extrême-droite, de cesser d’organiser des matchs de football à Shabbat et du soutien apporté par les factions religieuses à une loi qui viendrait légaliser la séparation des hommes et des femmes lors des événements publics.

S’exprimant lors de la réunion de faction de son parti Yesh Atid, Lapid s’est tourné vers le million et plus d’électeurs qui ont voté pour le Likud et il a interrogé : « C’est ça que vous vouliez ? C’est pour ça que vous avez voté pour le Likud ? »

« Vous serez une minorité dans ce gouvernement. Une minorité de ceux qui servent dans l’armée, une minorité de la classe moyenne, une minorité parmi ceux qui croient en une tradition juive modérée ouverte à toutes et à tous », a-t-il ajouté.

Lapid avait adouci sa rhétorique à l’égard des Israéliens ultra-orthodoxes pendant les trente-six mois de vie de la coalition sortante – une tactique qu’il a abandonnée dans son discours, lundi – et plusieurs députés qui se trouvaient dans les couloirs de la Knesset ont qualifié les propos tenus par le Premier ministre sortant « d’incitations ».

Pour le leader de Yahadout HaTorah, Yitzhak Goldknopf, « Lapid a enlevé son masque ».

« Il était prêt à donner à Mansour Abbas [le leader du parti islamiste Raam] tout ce qu’il lui demandait, comment ose-t-il proférer des incitations à la haine à notre encontre ? Nous ne voulons rien prendre aux autres. Nous demandons seulement que des injustices commises à notre détriment soient corrigées. Nous voulons l’égalité », a ajouté Goldknopf au début de la réunion de faction de Yahadout HaTorah.

Lapid a déclaré qu’il rejoindrait l’opposition et qu’il ne s’unirait pas à Netanyahu et son parti a nié des informations qui avaient laissé entendre, la semaine dernière, que des pourparlers secrets étaient en cours concernant la création d’un gouvernement d’unité avec le Likud, de manière à écarter les factions d’extrême-droite, HaTzionout HaDatit, Otzma Yehudit et Noam.

« Et si vous vous demandez où nous serons, nous – eh bien, nous serons ici à la Knesset, nuit et jour ; nous serons dans les rues ; nous serons sur les places des villes ; nous serons sur les ponts. Nous ne garderons pas le silence, nous ne disparaîtrons pas, nous n’abandonnerons pas, nous nous battrons pour l’avenir de nos enfants », a-t-il poursuivi.

Le chef de Yahadout HaTorah, le rabbin Yitzchak Goldknopf, après des discussions de coalition dans un hôtel de Jérusalem, le 6 novembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Lapid a notamment fait savoir qu’il se battrait contre l’une des politiques que la prochaine coalition a prévu d’adopter en priorité : une clause « dérogatoire » qui ôterait son pouvoir à la Cour suprême au bénéfice de la Knesset, autorisant les députés à légiférer un projet de loi préalablement rejeté par la plus haute instance judiciaire d’Israël.

Lapid a expliqué que cette clause « écrasera le tribunal » et qu’elle « écrasera la démocratie israélienne ». Il a aussi accusé la coalition à venir de vouloir la faire approuver pour des raisons personnelles.

Netanyahu est actuellement traduit devant les juges pour trois dossiers de corruption et son partenaire politique Aryeh Deri, dirigeant du Shas, a été reconnu coupable de fraude fiscale d’année dernière. Il aura probablement besoin d’une nouvelle loi qui l’autorisera à prendre un poste ministériel alors qu’il est actuellement sous le coup d’une peine avec sursis.

Le chef du Shas, Aryeh Deri, à une conférence organisée à l’hôtel Waldorf Astoria à Jérusalem, le 12 septembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Et tout ça, c’est pour que Netanyahu puisse annuler son procès et pour que Deri puisse oublier sa turpitude morale », a continué Lapid.

Deri n’a pas écopé d’une condamnation assortie d’une désignation de ‘turpitude morale’, ce qui lui aurait interdit d’évoluer dans la sphère politique pendant sept ans parce qu’il avait démissionné de la Knesset, au début de l’année, dans le cadre d’une négociation de peine qui lui avait évité un procès.

Toutefois, sa capacité à devenir ministre sera presque certainement remise en cause devant un tribunal. La procureure-générale a émis dimanche un avis juridique disant que la Commission centrale électorale devait prendre une décision sur une éventuelle nomination au cabinet du chef du Shas.

Adoptant un ton plus conciliant, le ministre sortant de la Défense Benny Gantz a indiqué, lundi, qu’il soutenait pour sa part une réforme judiciaire éventuelle qui freinerait la capacité de la Haute-cour à invalider les textes de loi et qui briderait également la capacité de la Knesset à passer outre les jugements rendus par la Cour suprême – dans la mesure où la règle de la majorité des deux tiers serait appliquée de chaque côté.

Le leader de HaMahane HaMamlahti a indiqué qu’il était « favorable à un large processus qui débouchera sur l’adoption d’une Loi fondamentale, sur une législation qui établira des contre-pouvoirs équilibrés entre les différentes autorités et qui nécessitera, d’un côté, l’assentiment d’une large majorité de juges pour invalider une loi et, de l’autre, l’assentiment des deux-tiers des députés pour passer outre un jugement rendu et pour réapprouver une loi qui a été rejetée ».

Pendant la campagne électorale, Gantz avait condamné avec force le plan de la prochaine coalition d’adopter une clause « dérogatoire » pour pouvoir réapprouver un texte rejeté par la Haute cour. Si les équipes de négociation des partis de droite, d’extrême-droite et religieux sont actuellement en train de débattre pour déterminer le nombre de députés nécessaires pour ce faire – la Knesset est forte de 120 membres – la clause en elle-même est une priorité législative pour l’ensemble des formations.

Le ministre de la Défense Benny Gantz lors d’une cérémonie de commémoration des soldats morts sur le front sur le mont Herzl, à Yom Kippour, le 6 octobre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90, file)

Prenant la parole, lundi, lors de sa réunion de faction, Gantz a estimé qu’une clause « dérogatoire » qui ne nécessiterait l’aval que de 61 députés « légitimera la corruption », faisant allusion au fait qu’elle pourrait être utilisée pour faire adopter un projet de loi qui permettrait à Netanyahu d’échapper à son procès pour corruption en cours et à Deri d’accéder à un poste ministériel.

« Tous ceux qui se prêteront à cette mascarade le feront au bénéfice de la corruption, par au bénéfice de la gouvernance. Netanyahu tente ici de lancer ‘sa révolution de la corruption’, » a affirmé le leader de HaMahane HaMamlahti.

Gantz a aussi estimé qu’une clause « dérogatoire » qui ne nécessiterait que l’approbation d’un nombre étroit de députés nuirait aux droits des minorités et mettrait en difficulté « la capacité d’Israël à assurer l’égalité sociale et politique totale pour tous ses citoyens ».

« Quand on est en mesure de passer outre un jugement de la Haute cour avec une majorité de 61 – la moitié de la population – on a plutôt le sentiment qu’il s’agit d’un gouvernement qui ne représente, en fin de compte, que la moitié du peuple », a-t-il conclu.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...