Pour l’avocat de Qadusa soupçonné de viol, la police a emprisonné « un innocent »
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Pour l’avocat de Qadusa soupçonné de viol, la police a emprisonné « un innocent »

La famille de la fillette s'est dite "choquée" par la décision prise par le procureur militaire de libérer Mahmoud Qadusa en raison d'un manque de preuves et d'une enquête bâclée

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Mahmoud Qadusa. (Twitter)
Mahmoud Qadusa. (Twitter)

L’avocat d’un Palestinien dont l’inculpation pour le viol d’une enfant israélienne de sept ans a été annulée, mardi, en raison d’un manque de preuves, s’en est pris aux policiers, les accusant d’avoir placé en détention pendant presque deux mois « un innocent ».

« Je n’ai pas le sentiment qu’un pédophile a été libéré en raison des échecs de la police. J’ai le sentiment qu’un innocent est resté derrière les barreaux pendant presque deux mois en raison de considérations superflues, en raison d’un zèle excessif et de rien d’autre », a dit Nashef Darwish dans une déclaration.

Son client, Mahmoud Qadusa, 46 ans, devrait être libéré dans la journée de mardi, quelques heures après l’annonce faite par l’avocat-général militaire de Tsahal de l’annulation de l’inculpation.

« Cette affaire nous enseigne beaucoup de choses sur la manière dont fonctionne le système judiciaire en ce qui concerne les Palestiniens de l’autre côté de la Ligne verte », a ajouté l’avocat, qui a affirmé que la gouvernance militaire israélienne dans la bande de Gaza empêchait tout procès équitable des Palestiniens traduits en justice.

L’avocat Nashaf Darwish (g) parle avec le frère et le fils de Mahmoud Qadusa, un Palestinien suspecté du rapt et du viol du fillette israélienne de 7 ans, devant un tribunal militaire de Cisjordanie, le 19 juin 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Un avocat représentant la fillette de sept ans a fait savoir que la famille était « sous le choc » et que « l’enfant a le cœur brisé et ne souhaite pas quitter sa maison ».

« Le pays fait face à une situation dans laquelle l’individu auteur du viol d’une petite fille de sept ans, et cela selon les propres dires de la victime [qui l’a reconnu], est libéré », a ajouté Yehuda Fried.

La faille de Qadusa a éclaté en sanglots lorsqu’elle a pris connaissance de la décision.

« Dieu soit loué : Nous avions dit depuis le tout début qu’il était impossible que Mahmoud ait fait une chose pareille. Nous sommes tellement excités que nous ne savons pas quoi faire… Notre bonheur est impossible à décrire », a dit le frère de Qadusa, Anwar, au quotidien Haaretz.

L’inculpation contre Qadusa avait été vivement critiquée pour le manque évident de preuves – un fait que le procureur-militaire général Sharon Afek a reconnu dans un communiqué transmis à la presse annonçant l’abandon des charges.

Le colonel Sharon Afek, procureur militaire général. (Crédit : unité des porte-paroles de l’armée israélienne)

Ce communiqué affirme que « les preuves qui sous-tendent l’inculpation ne constituent pas aujourd’hui une ‘présomption honorable de condamnation’. »

« Selon la loi, le processus pénal ne peut donc pas continuer. L’inculpation doit être abandonnée et Qadusa être libéré de détention », ajoute-t-il encore.

L’annonce d’Afek a été faite quelques heures avant une audience consacrée à la prolongation de la détention de Qadusa, qui devait avoir lieu devant un tribunal militaire.

Les députés des partis arabes israéliens Hadash-Taal et Raam-Balad ont été parmi les premiers à répondre à cette décision.

« Il s’avère que la seule chose qui a pu s’appuyer sur le nationalisme dans cette histoire, ça a été la négligence affichée par la police dans l’enquête sur Qadusa », a estimé Ayman Odeh, le chef de la formation Hadash-Taal, se référant aux vives réactions des députés de droite qui avaient clamé que ce viol s’apparentait à un acte terroriste et que Qadusa devait être condamné à la peine de mort.

« La police et la cour militaire n’ont pas hésité à emprisonner l’accusé pendant deux mois alors qu’il n’y avait aucune preuve contre lui. C’est le même système judiciaire qui place en détention des milliers de Palestiniens à n’importe quel moment », a renchéri sa collègue, la députée Aida Touma-Sliman.

« Les politiciens ont incité au racisme et ils ont oublié la petite fille qui a été violée et à laquelle justice n’a pas été rendue. Il faut trouver le violeur. Il est impossible de chercher à rendre justice dans le contexte du système de l’occupation », a-t-elle ajouté.

Qadusa, agent de maintenance dans une école pour filles d’une implantation ultra-orthodoxe en Cisjordanie, âgé de 46 ans, avait été arrêté il y a 55 jours.

Selon les accusations dorénavant abandonnées, Qadusa aurait emmené par la force de la fillette depuis son école vers une habitation vacante de l’implantation « entre le mois de février et le mois d’avril » et il l’aurait alors violée avec l’aide de deux amis qui auraient maintenu la victime au sol.

A titre d’illustration : Des jeunes filles orthodoxes de Beit Shemesh entrent dans leur école, le 8 septembre 2014. (Flash90)

Peu après l’annonce de l’inculpation, la police avait essuyé un torrent de critiques pour s’être appuyée presque entièrement sur le témoignage de la petite victime, renonçant aux preuves médico-légales et dans l’incapacité de déterminer la date exacte du viol présumé.

La semaine dernière, la police avait annoncé qu’elle rouvrait l’enquête afin de vérifier les soupçons contre Qadusa.

Lundi, un responsable proche du dossier a confirmé qu’un certain nombre de détails supplémentaires semblaient mettre encore davantage en cause le professionnalisme de l’enquête qui a été effectuée.

Plus de deux mois après la date à laquelle aurait pu avoir lieu le viol présumé, la police s’est rendue seulement lundi au domicile de la victime pour se saisir de vêtements nécessaires à une analyse ADN, a confirmé le responsable, ajoutant que les enquêteurs étaient sceptiques quant à la découverte d’une preuve médico-légale.

Le responsable a également confirmé que l’enfant n’avait été capable d’identifier Qadusa à l’école qu’après que sa mère a désigné ce dernier du doigt, lui disant qu’il était l’homme qui l’avait violé.

De plus, un examen au détecteur de mensonges qui avait été cité par le tribunal militaire dans des décisions successives de prolonger la détention de Qadusa avait eu lieu en hébreu plutôt que dans la langue natale de l’accusé, qui est l’arabe, a noté le responsable.

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