Pourquoi les élus du Likud ne tentent-ils toujours pas de remplacer Netanyahu ?
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Pourquoi les élus du Likud ne tentent-ils toujours pas de remplacer Netanyahu ?

Malgré sa situation politique et judiciaire délicate, le Premier ministre a encore réussi à étouffer les velléités de rébellion de ses potentiels concurrents au sein du Likud

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu au lancement de la campagne électorale de son part du Likud à Ramat Gan, le 4 mars 2019. (Aharon Krohn/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu au lancement de la campagne électorale de son part du Likud à Ramat Gan, le 4 mars 2019. (Aharon Krohn/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a jusqu’au 25 octobre pour informer le président Reuven Rivlin qu’il est parvenu à former une coalition ou, à l’inverse, s’il a échoué durant ces 28 jours qui lui ont été impartis. S’il échoue, Rivlin pourrait lui donner 14 jours supplémentaires, mais il est plus probable qu’il confie la mission de former un gouvernement au chef de Kakhol lavan, Benny Gantz, qui aurait alors le même délai pour essayer de rassembler une majorité à la Knesset.

Ainsi, pour la première fois depuis ses 10 années consécutives de règne en tant que Premier ministre, tout en étant menacé par de possibles mises en examen dans trois affaires de corruption, Netanyahu pourrait perdre le contrôle officiel exclusif sur le système politique d’Israël, laissant son destin juridique entre les mains de Gantz, situé de l’autre côté de la sphère politique.

L’échec de Netanyahu à former une coalition suit l’élection d’avril qui avait déjà mis à mal sa réputation de prince invincible de la politique israélienne. Un deuxième échec, cette fois-ci dans le sillage de l’élection de septembre, et alors que le procureur général envisage de lancer des poursuites à son encontre, pourrait bien le conduire à sa perte.

Mais alors que Kakhol lavan capitalise sur le déclin du poids politique du Premier ministre en tentant de fomenter une rébellion au sein des rangs du parti au pouvoir, Gantz a refusé de rejoindre une coalition avec Netanyahu tant qu’il risque une inculpation. Il espère également qu’une autre personnalité importante du Likud prenne ses distances du parti et le rejoigne, même si Netanyahu a, jusqu’à présent, réussi à éviter toute rébellion interne, du moins une qui pourrait constituer un défi sérieux au Likud dans un proche futur.

Plus tôt ce mois-ci, Netanyahu avait lancé l’idée d’une primaire à la direction du parti, pensant qu’il allait en sortir comme le vainqueur incontesté, afin de renforcer son statut de chef indétrônable du Likud et de faire comprendre aux autres partis qu’il n’y aurait pas de mutinerie contre lui.

Mais dès que le Likud a annoncé la possibilité d’une primaire pour la tête du parti, l’ancien ministre populaire Gideon Saar, peut-être l’opposant le plus sérieux au Premier ministre au sein du parti, a expliqué qu’il était prêt à se lancer dans la course. « Je suis prêt », a-t-il tweeté.

Le député du Likud Gidéon Saar participe à une réunion du Likud à l’ouverture de la 22e Knesset à Jérusalem, le 3 octobre 2019. (Hadas Parush/Flash90)

Netanyahu est rapidement revenu sur l’idée d’une primaire, préférant plutôt un vote du parti pour lui réaffirmer son soutien en tant que chef et candidat au poste de Premier ministre. Alors que Saar exprimait clairement pour la première fois son intention de défier celui-ci à la prochaine occasion, il a accepté de décaler sa candidature, déclarant qu’il ne soutenait pas l’idée de tenir actuellement des primaires.

« Le putsch est mort », a déclaré le Likud en réponse à l’annonce de Saar – un choix curieux de mots étant donné que le parti avait lui-même suggéré des primaires, mais un résumé adéquat du défi à l’emprise actuelle de Netanyahu sur le parti.

Voici quatre raisons pour lesquelles les membres du parti au pouvoir, Saar y compris, ne tentent pas de remplacer Netanyahu, alors qu’il est en proie à des déboires juridiques et politiques. Du moins pour le moment.

1. Le « Likud n’a jamais remplacé son chef »

Depuis l’adoption du système des primaires en 1992, le Parti travailliste, le principal rival traditionnel du Likud, n’a jamais présenté le même chef à deux élections consécutives. Il a été le plus proche d’une forme de continuité quand il a voté pour Ehud Barak a deux reprises – à une décennie d’intervalle en 1999 et 2007.

Il y a eu une valse étourdissante de chefs (préparez-vous) : Yitzhak Rabin a été assassiné en 1995, et Shimon Peres lui a succédé. Il fut ensuite remplacé par Barak en 1997 après sa défaite aux élections législatives l’année précédente face à Netanyahu. Binyamin Ben-Eliezer a pris la succession de Barak en 2001 après l’échec électoral de ce dernier face à Ariel Sharon du Likud la même année. Amram Mitzna a pris le poste de Ben-Eliezer à la tête du parti en 2002, mais il a rapidement lui-même été remplacé par Peres après avoir perdu les élections de 2003 devant le Likud de Sharon. Amir Peretz a pris le parti à Peres en 2005 avant d’être remplacé par Barak en 2007 dans le sillage de la Deuxième guerre du Liban l’année précédente. Ce dernier a ensuite abandonné le parti en 2011, entraînant une primaire remportée par Shelly Yachimovich, qui a ensuite perdu son poste deux années plus tard face à Isaac Herzog. Malgré de bons sondages en amont des élections législatives de 2015, il a été largement battu par le Likud de Netanyahu, ce qui a donné lieu à son remplacement par Avi Gabbay, qui, après avoir conduit le parti au pire résultat électoral de son histoire en avril, a cédé sa place à Peretz en vue du scrutin législatif de septembre.

Le Premier ministre du Likud Menachem Begin et Yitzhak Shamir. (Crédit photo : Bureau de presse du gouvernement israélien)

« Nous faisons les choses différemment qu’au Parti travailliste, a déclaré Eli Hazan, le directeur des Affaires étrangères au sein du parti du Likud.

« Le Likud n’a jamais remplacé son dirigeant. Il lui a toujours accordé sa confiance jusqu’à ce qu’il démissionne », explique-t-il, soulignant que, contrairement à la valse constante de nouveaux dirigeants côté travailliste, le Likud et son prédécesseur Herut n’a eu que quatre dirigeants de toute son histoire.

La liste des différents chefs du Likud est ainsi beaucoup plus simple : Menachem Begin, qui a occupé la fonction pendant 35 ans, de la fondation de l’Etat d’Israël jusqu’en 1983 ; Yitzhak Shamir, resté à la tête du parti pendant 10 ans jusqu’en 1993 ; Ariel Sharon, le chef du parti avec le mandat le plus court, soit de 1999 à 2006 où il a quitté le parti pour former Kadima ; et Netanyahu, qui a tout d’abord dirigé le Likud de 1993 à 1999, puis de 2005 jusqu’à aujourd’hui.

« Et remarquez, a continué Hazan, ils ont tous été Premiers ministres. C’est une sorte de tradition au Likud – ne pas remplacer nos chefs, et qu’ils aient tous été Premiers ministres ».

2. Pas de successeur évident

Alors que les membres du Likud ont fait le choix de garder leur chef plutôt que de le remplacer, des concurrents se sont opposés au chef du parti, Premier ministre ou pas, par le passé.

Alors qu’un certain nombre de membres du Likud, y compris Saar, ont cherché à se positionner comme le successeur éventuel de Netanyahu, aucun n’a réussi à émerger comme un véritable favori ni comme héritier évident de ce dernier, ni comme représentant de l’avenir politique du Likud.

Netanyahu ne leur en a pas donné la possibilité.

Depuis son deuxième mandat de Premier ministre entamé en 2009, il n’a jamais désigné de remplaçant officiel qui reprendrait automatiquement la direction du parti s’il ne pouvait plus exercer son pouvoir ou s’il en était évincé. Au lieu de cela, à chaque fois qu’il voyage à l’étranger ou subi une intervention chirurgicale sous anesthésie, Netanyahu nomme un ministre différent du Likud comme son successeur temporaire.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu attend les ministres avant une réunion spéciale du cabinet pour la Journée de Jérusalem, à Jérusalem, le 2 juin 2016. (Crédit : Marc Israel Sellem/Pool)

En plus d’éviter soigneusement de nommer de remplaçant désigné, Netanyahu a abandonné la pratique traditionnelle de nomination d’une personne aux positions honorifiques de Premier ministre adjoint et de vice Premier ministre.

Ces derniers n’ont pas de pouvoir officiel et n’ont pas plus vocation à remplacer un Premier ministre incapable de remplir ses fonctions que n’importe quel autre membre du cabinet, mais Netanyahu a donné ce titre à de nombreux ministres – à la fois lors de son premier mandat de 1996 à 1999 et entre 2009 et 2015.

Dans le Likud d’aujourd’hui, Netanyahu a fait beaucoup d’efforts pour éviter de faire émerger des favoris, même parmi ses plus proches alliés. En procédant ainsi, il a empêché l’apparition d’un héritier clair.

3. Rebelle, traître, successeur

Même sans successeur évident, ceux qui sont considérés comme des candidats possibles à la succession de Netanyahu à la tête du Likud – le président de la Knesset Yuli Edelstein, le ministre des Affaires étrangères Yisrael Katz, le ministre de la Sécurité publique Gilad Erdan, l’ancien maire de Jérusalem Nir Barkat, et bien sûr Saar, pour n’en citer que quelques uns – ont été réticents à l’idée d’être le premier à se dresser contre le chef respecté.

La décision de Saar de ne pas chercher à tout prix à lancer des primaires, même après qu’il a annoncé qu’il se présenterait contre le chef du parti, suggère qu’il craint peut-être d’être regardé comme celui qui plante un poignard dans le dos de Netanyahu.

Une conférence de presse du parti conservateur à Londres, avec la Première ministre Margaret Thatcher et le secrétaire à la Défense Michael Heseltine, le 25 mai 1983 (Crédit : AP Photo/Press Association)

Une telle démarche pourrait conduire à la stigmatisation d’un rebelle éventuel qui serait perçu comme un traître, a déclaré Johathan Rynhold, politologue à l’Université Bar-Ilan.

« Personne ne veut être le Michael Heseltine », a-t-il dit, en référence au politicien britannique qui avait défié Margaret Thatcher à la tête du parti conservateur en 1990. Heseltine avait provoqué la succession d’événements ayant conduit à la chute de la Dame de fer après 11 années de règne, mais avait fini par perdre la course pour la tête du parti devant John Major.

Ceux qui envisagent de prendre la tête du parti préféreraient qu’un autre candidat joue le rôle d’Heseltine et encaisse la pression, en libérant le chemin vers la tête du parti.

4. Le jeu d’attente

Une autre raison expliquant pourquoi certains cadres du Likud préfèrent attendre une véritable primaire du Likud pourrait se situer dans l’idée que, avec les déboires judiciaires qui se referment sur lui, les jours de Netanyahu sont de toute façon comptés.

« Certains députés pensent que cela vaut la peine d’attendre pour essayer de remporter la course contre d’autres candidats, plutôt que de prendre le poste au Premier ministre lui-même en fonction », a déclaré au Times of Israël une source du Likud, qui a demandé à rester anonyme.

Le procureur général Avichai Mandelblit prévoirait de décider d’inculper ou non Netanyahu dans trois affaires de corruption d’ici la mi-novembre. L’intéressé risque ainsi une mise en examen pour fraude et abus de confiance dans l’Affaire 1000, l’Affaire 2000 et l’Affaire 4000. Dans cette dernière, il est également visé par des accusations de corruption.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une visite du quartier général de la police de Jérusalem, au bâtiment russe de Jérusalem, le 7 octobre 2015. (Mark Sellem/Pool)

Qu’un Premier ministre en poste soit mis en examen serait sans précédent dans l’histoire d’Israël. Netanyahu ne serait pas contraint de démissionner le cas échéant. La question pourrait cependant être portée devant la Cour suprême, entraînant une possible confusion constitutionnelle si Netanyahu cherchait à s’accrocher au pouvoir.

« Il devra peut-être démissionner à un moment donné », a résumé la source du parti. « Nous n’en savons rien, mais certains [de ses successeurs potentiels] comptent peut-être là-dessus. »

Raphael Ahren a contribué à cette analyse.

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