Premiers bombardements français en Syrie contre l’EI
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Premiers bombardements français en Syrie contre l’EI

Pas de précision des endroits où les tirs sont ciblés ; 70e Assemblée générale de l'ONU, lundi ; Beaucoup voient dans ces frappes un réalignement, voire un net infléchissement de la France en faveur du régime

Le président français François Hollande prend la parole lors de l'entretien annuel à la télévision lors de la fête nationale à l'Elysée à Paris le 14 juillet 2015 (Crédit : AFP PHOTO / POOL / ALAIN JOCARD)
Le président français François Hollande prend la parole lors de l'entretien annuel à la télévision lors de la fête nationale à l'Elysée à Paris le 14 juillet 2015 (Crédit : AFP PHOTO / POOL / ALAIN JOCARD)

La France a mené ses premières « frappes » contre le groupe Etat islamique (EI) en Syrie, au nom de sa « sécurité nationale » et après deux semaines de vols de reconnaissance au-dessus du territoire syrien.

La France « a frappé en Syrie », a annoncé dimanche la présidence française dans un communiqué. « Nous l’avons fait sur la base de renseignements collectés au cours des opérations aériennes engagées depuis plus de deux semaines ».

Le communiqué ne précise ni l’objectif ni la localisation de ces frappes françaises, les premières en Syrie.

Elles ont été faites « dans le respect de notre autonomie d’action, en coordination avec nos partenaires de la région », selon Paris, qui souligne qu’elles confirment la détermination à « lutter contre le menace terroriste que constitue Daech » (acronyme en arabe de l’EI).

« Nous frapperons à chaque fois que notre sécurité nationale sera en jeu », a ajouté la présidence.

La France avait lancé le 8 septembre une campagne de vols de reconnaissance au-dessus de la Syrie. Depuis un an, elle mène une campagne de bombardements sur l’Irak voisin (opération Chamal), et a ainsi étendu ses opérations au théâtre syrien.

Selon Paris, qui a exclu toute intervention terrestre, ces frappes en Syrie ont pour objectif de prévenir des actes terroristes en Europe et se justifient par la légitime défense.

L’annonce des premiers vols de reconnaissance sur le théâtre syrien avait été faite en pleine crise des réfugiés en Europe, alors que certains responsables politiques assurent que les bombardements sur les positions de l’EI pourraient aider à tarir le flot de ces réfugiés.

Leur effet devrait néanmoins être relativement limité sur le terrain, en comparaison avec le nombre de bombardements américains. Depuis un an, près de 95 % des frappes aériennes de la coalition internationale menée par Washington (Bahreïn, Jordanie, Qatar, Arabie Saoudite, Emirats arabes unis notamment) sur l’Irak et la Syrie ont été menées par les Etats-Unis.

Jusqu’à présent, cette campagne aérienne de la coalition est loin d’avoir donné les résultats escomptés.

En Irak, aucune ville d’importance n’a été reprise par les forces progouvernementales et les milices chiites.

Une vue des ruines de Palmyre, en Syrie, et ce qui semble être un combattant de l'État islamique marchant dans l'ancien théâtre de la ville, dans une vidéo diffusée par la branche de propagande de l'Etat islamique le 27 mai 2015. (Capture d'écran: YouTube)
Une vue des ruines de Palmyre, en Syrie, et ce qui semble être un combattant de l’État islamique marchant dans l’ancien théâtre de la ville, dans une vidéo diffusée par la branche de propagande de l’Etat islamique le 27 mai 2015. (Capture d’écran: YouTube)

En Syrie, si l’EI a été contenu en zone kurde, le long de la frontière turque, les djihadistes se sont emparés de Palmyre en mai et ont progressé récemment dans la région d’Alep, menaçant dangereusement les voies d’approvisionnement vers la Turquie d’autres groupes rebelles.

Grand jeu diplomatique

Sur le plan diplomatique, après plus de quatre d’un conflit meurtrier qui a fait près de 240.000 morts, l’impasse reste totale, entre la passivité du camp occidental, les soutiens turcs, saoudiens et qataris des groupes rebelles sunnites, face au régime de Bashar el-Assad, qui montre de très nets signes d’épuisement mais bénéficie plus que jamais du soutien de l’Iran et surtout de la Russie, en pleine montée en puissance sur le théâtre syrien.

Moscou a ainsi renforcé ces dernières semaines ses moyens militaires – notamment aériens – dans la région de Lattaquié (ouest), bastion du régime.

Et le président Vladimir Poutine se prépare à annoncer un vaste plan pour la Syrie, avec la mise en place d’une coalition élargie, officiellement pour combattre l’EI, et qui aura surtout pour effet de remettre en selle politiquement le président Bashar el-Assad, aujourd’hui paria de la communauté internationale pour les terribles violences infligées à son peuple.

Pour Paris, qui refusait jusqu’à présent tout compromis avec Assad, « le chaos syrien doit trouver une réponse globale », a rappelé dimanche la présidence française, alors que beaucoup voient dans les bombardements français en Syrie un réalignement, voire un net infléchissement de la position française en faveur du régime.

« Les populations civiles doivent être protégées contre toutes les formes de violence, celles de Daech et des autres groupes terroristes, mais aussi contre les bombardements meurtriers de Bashar el-Assad », a insisté l’Elysée.

« Plus que jamais, l’urgence est à la mise en place d’une transition politique, qui associe des éléments du régime et de l’opposition modérée(…) », selon la présidence française.

Les premières frappes françaises en Syrie sont annoncées alors que le président François Hollande est à New York dimanche et que s’ouvre lundi la 70e Assemblée générale de l’ONU. Elles interviennent pour replacer le président français dans le grand jeu diplomatique sur la Syrie qui s’annonce dans les couloirs des Nations unies.

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