Présidentielle en Iran : le pouvoir assure que la compétition est « sérieuse »…
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Présidentielle en Iran : le pouvoir assure que la compétition est « sérieuse »…

Ebrahim Raïssi fait figure d'archifavori, faute de concurrents après la disqualification de ses plus gros adversaires politiques par le Conseil des gardiens de la Constitution

Le candidat à la présidence pour les élections du 18 juin, Ebrahim Raisi, prend la parole lors du dernier débat des candidats, dans un studio de la télévision publique à Téhéran, Iran, samedi 12 juin 2021. (Crédit : Morteza Fakhri Nezhad/ Club des jeunes journalistes, YJC via AP)
Le candidat à la présidence pour les élections du 18 juin, Ebrahim Raisi, prend la parole lors du dernier débat des candidats, dans un studio de la télévision publique à Téhéran, Iran, samedi 12 juin 2021. (Crédit : Morteza Fakhri Nezhad/ Club des jeunes journalistes, YJC via AP)

A la veille d’une présidentielle semblant jouée d’avance, le pouvoir à Téhéran a assuré jeudi que le scrutin offrait toutes les caractéristiques d’une « compétition sérieuse ».

Près de 60 millions d’Iraniens sont appelés aux urnes pour élire vendredi un successeur à Hassan Rohani, un modéré sur l’échiquier politique iranien, qui ne peut se représenter cette année après deux mandats consécutifs de quatre ans.

L’élection se tient alors que le pays est secoué par une grave crise économique et sociale, exacerbée par la pandémie de Covid-19, et sur fond d’un net mécontentement général mêlé de désenchantement parmi la population.

L’ultraconservateur Ebrahim Raïssi, chef de l’Autorité judiciaire âgé de 60 ans, fait figure d’archifavori, faute de concurrents à sa mesure après la disqualification de ses plus gros adversaires politiques par le Conseil des gardiens de la Constitution, organe non élu chargé du contrôle de l’élection.

A l’occasion de sa traditionnelle conférence de presse précédent le scrutin, le porte-parole de cette institution, Abbas-Ali Kadkhodaï, a été pressé de questions sur ces invalidations, tant la polémique autour des décisions des Gardiens est loin d’être éteinte.

Mais il a balayé les critiques.

« Les médias et le peuple ont témoigné (que cette présidentielle était) une bonne compétition, que divers groupes ont des représentants parmi les candidats approuvés », a-t-il dit, « la compétition politique est sérieuse ».

Sur quelque 600 dossiers de candidatures, le Conseil des gardiens a autorisé sept hommes à se présenter aux suffrages des Iraniens : cinq ultra-conservateurs et deux réformateurs peu connus.

Il n’en reste néanmoins plus que quatre en lice après le retrait mercredi de trois candidats, dont deux ont appelé à voter pour l’ultra-conservateur M. Raïssi.

Trois figures politiques qui auraient pu lui faire de l’ombre avaient vu leur candidature rejetée en mai par les Gardiens, l’ancien président Mahmoud Ahmadinejad (populiste), le premier vice-président sortant, Eshaq Jahanguiri (réformateur), et l’ancien président du Parlement, Ali Larijani (conservateur).

Le chef du Parlement iranien Ali Larijani durant une conférence de presse à Téhéran, en Iran, le 13 mars 2017 (Crédit : AP Photo/Ebrahim Noroozi)

Abstention record ?

Ces invalidations donnent à nombre d’Iraniens l’impression que l’élection est jouée d’avance, voire organisée pour assurer la victoire de M. Raïssi, et les rares sondages disponibles laissent présager d’un taux d’abstention inédit, supérieur au record de 57 % enregistré aux législatives de février 2020.

M. Raïssi est réputé proche du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, qui a appelé mercredi encore une fois ses compatriotes à faire échec aux appels au boycottage du scrutin relayés sur les réseaux sociaux en se rendant aux urnes en nombre pour élire un « président puissant ».

L’ayatollah Khamenei a repris une vieille antienne selon laquelle les « ennemis » de l’Iran, en particulier « des médias américains et britanniques » font « tout ce qu’ils peuvent pour remettre en cause (et) saper les élections de la République islamique ».

Le président iranien Hassan Rouhani s’exprime lors d’une conférence de presse à Téhéran, en Iran, le 14 décembre 2020. (Bureau de la présidence iranienne via AP)

Les deux mandats de M. Rohani restent marqués par l’échec de sa politique d’ouverture après la dénonciation par les Etats-Unis en 2018 de l’accord sur le nucléaire iranien conclu trois ans plus tôt à Vienne.

Cet accord offre à l’Iran un allègement des sanctions occidentales et onusiennes en échange d’un engagement de la République islamique à ne jamais se doter de l’arme atomique, et d’une réduction drastique de son programme nucléaire, placé sous un strict contrôle de l’ONU.

Mais en dénonçant unilatéralement ce pacte en mai 2018, le président d’alors, Donald Trump, a rétabli les sanctions américaines que l’accord avait permis de lever, ce qui a plongé le pays dans une violente récession aux conséquences sociales dramatiques.

A l’hiver 2017-2018 et en novembre 2019, deux vagues de contestation parties de revendications socioéconomiques des classes populaires ont été violemment réprimées.

La priorité du futur président sera le redressement de l’économie.

Sur ce point, les quatre candidats en lice sont d’accord pour dire que cela passe par la levée des sanctions américaines imposées sous la présidence Trump, objet des négociations en cours dans la capitale autrichienne pour sauver l’accord de Vienne en y réintégrant les Etats-Unis.

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