Primaire démocrate en Oklahoma : un centriste face à une militante anti-Israël
N’kiyla Thomas dit n’avoir aucun « problème » envers les Juifs ou Israël, mais attaque l’AIPAC, qui n’a pourtant pas financé son rival Jim Priest
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JTA — Une militante de terrain de l’Oklahoma, N’kiyla Jasmine Thomas, affrontera mardi le centriste Jim Priest dans une course au Sénat sous l’étiquette démocrate. Cette primaire est le dernier test décisif en date pour la politique progressiste dans ce bastion conservateur.
Les deux candidats s’affrontent aux urnes pour la deuxième fois cet été, aucun d’entre eux n’ayant obtenu la majorité nécessaire pour remporter la primaire de juin dernier. Thomas, infirmière et opposante déclarée à l’AIPAC, a obtenu 45 % des voix lors du scrutin de juin qui opposait cinq candidats, tandis que Priest, avocat et pasteur ordonné, en a obtenu 24 %.
Thomas et Priest seraient tous deux considérés comme des outsiders lors de l’élection législative face au candidat républicain, le député Kevin Hern, qui a remporté haut la main sa primaire et obtenu le soutien du président américain Donald Trump. L’Oklahoma n’a pas envoyé de démocrate au Sénat depuis une trentaine d’années.
Néanmoins, le second tour de mardi servira de référendum sur la force du progressisme dans un État profondément conservateur, une semaine seulement après qu’Angie Nixon, du parti d’extrême-gauche Democratic Socialists of America (DSA), a éliminé son adversaire modéré lors de la primaire démocrate pour le Sénat en Floride.
Contrairement à Nixon, Thomas n’est pas membre des DSA. Elle s’est toutefois ouvertement ralliée aux politiques socialistes, tandis que son adversaire, Priest, se qualifie lui-même de modéré.
Aucun des deux candidats ne dispose d’une grande expérience politique. Priest, 70 ans, s’est présenté sans succès au poste de procureur général de l’Oklahoma en 2010 : avant cela, il avait occupé le poste de PDG de deux organisations à but non lucratif. Ses priorités de campagne portent sur la réduction du coût de la vie, l’amélioration de l’accès aux soins de santé et le rétablissement de la confiance dans le gouvernement.
Free Palestine.
???? NJT will call for an immediate, serious ceasefire, and re-storing USAID funding. #jasmineforok #teamnjt pic.twitter.com/wGVofdB9zS
— N’Kiyla “Jasmine” Thomas (@jasmineforok) August 23, 2026
Thomas, quant à elle, est une citoyenne de la nation Chickasaw âgée de 31 ans qui se présente comme « la prochaine génération de dirigeants ». La santé et la sécurité des femmes, les droits civiques et la protection des personnes LGBTQIA+ figurent parmi ses priorités. Elle s’est également engagée à plusieurs reprises à ne jamais accepter d’argent de l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC).
Bien que le lobby pro-Israël ne se soit pas impliqué dans cette campagne, une vidéo publiée en novembre dernier sur Instagram donne à voir Thomas en train de trainer une poubelle rouge géante, revêtur des inscriptions « Fonds de l’AIPAC » et « Fonds des PAC d’entreprises ». La vidéo était accompagnée d’une légende qui disait : « Je ne fais que sortir les poubelles. »
« Je suis la seule candidate issue de la base », déclare-t-elle dans la vidéo.
« Et nous n’acceptons ni les fonds de l’AIPAC ni ceux des PAC d’entreprises. Ce sont des ordures. »
Interrogée par la Jewish Telegraphic Agency sur ses propos concernant l’AIPAC, Thomas a déclaré : « Mes préoccupations n’ont JAMAIS porté sur le peuple juif, le judaïsme ou l’existence d’Israël », précisant qu’elle accordait au contraire la priorité aux droits humains, à la vie des civils et à la responsabilité de tous les gouvernements.
Certains électeurs voient les choses différemment. Selon David Howman, banquier juif de 30 ans qui vit à Tulsa, il a beau être « un électeur démocrate assez progressiste », il estime que la manière dont Thomas utilise l’AIPAC relève d’une « tactique politique assez mesquine ».
« C’est une sorte de petite grenade qu’on peut lancer là-dedans », confie Howman à la JTA.
« Si l’AIPAC injectait des sommes considérables dans la campagne de Jim Priest, cela vaudrait peut-être la peine d’en discuter », ajoute-t-il.
« Mais ils ne s’immiscent même pas dans cette course électorale. »
Bien qu’il ait voté pour Priest lors du second tour de mardi, Howman précise qu’un autre candidat, Troy Green, était son favori lors de la primaire de juin.
Interrogés samedi lors d’un débat sur les actions militaires d’Israël, les deux candidats confirment, de leur point de vue, l’existence d’un « génocide » à Gaza. Seul Priest associe ce terme à Israël, tandis que Thomas le lie aux actions du Premier ministre Benjamin Netanyahu.
Priest ajoute que le Hamas a « commis des atrocités », soulignant : « Ils ont enlevé des gens, ils ont tué des gens, ils ont torturé des gens », avant d’ajouter :
« Ils doivent être tenus pour responsables. » Mais il estime par ailleurs les représailles israéliennes « disproportionnées par rapport à la menace ».
« En réponse, Israël commet un génocide », poursuit-il, accusant l’État juif d’empêcher l’acheminement de fournitures médicales et de nourriture à la population.
Exprimant son scepticisme tant à l’égard de la solution à un seul État que de celle à deux États, Priest estime que « ce qu’il faut, c’est une solution à 24 États », dans laquelle tout le Moyen-Orient s’unirait « à l’image des Accords d’Abraham ».
L’équipe de campagne de Priest n’a pas répondu à la demande de commentaire de la JTA.
Thomas, quant à elle, explique : « Nous pouvons être solidaires de nos frères et sœurs juifs, tout en étant opposés à Netanyahu et ses agissements. »
« Il commet un génocide. Il assassine bel et bien des enfants », ajoute-t-elle.
«Il nous faut cesser de financer ces guerres. »
Elle est par ailleurs favorable à la décision de la Cour pénale internationale (CPI), à l’initiative de son ex-procureur général, de délivrer des mandats d’arrêt à l’encontre de dirigeants israéliens, estimant que les États-Unis ne devraient « pas se ranger du côté d’un pays avec lequel nous n’avons aucun lien, si ce n’est une alliance ».
Jusqu’alors, Thomas s’est abstenue d’utiliser le terme « génocide » dans ses déclarations publiques, exprimant plutôt sa « solidarité avec la Palestine » et appelant à mettre fin au « financement inconditionnel de l’armée israélienne ».
En réponse à la demande de la JTA de clarifier ses positions sur l’AIPAC et Israël, Thomas fournit une longue déclaration écrite.
« Je me tiens aux côtés de mes frères et sœurs juifs contre l’antisémitisme, la haine et la discrimination sous toutes leurs formes », a-t-elle répondu, qualifiant le judaïsme de « l’une des plus anciennes traditions religieuses ».
Réitérant ses propos tenus lors du débat, Thomas fait remarquer que « deux choses peuvent être vraies en même temps », plaidant simultanément en faveur de la sécurité du peuple juif et de la liberté de critiquer « n’importe quel gouvernement, y compris les actuels dirigeants d’Israël ».
Elle fait en outre part de son soutien à une solution à deux États, expliquant que « les Israéliens tout autant que les Palestiniens méritent de pouvoir vivre en paix, en sécurité et dans l’autodétermination ».
« Lorsque j’aborde la question de l’influence politique ou des organisations, je me focalise sur le rôle de l’argent, du lobbying et des intérêts dans notre système politique, et non sur une religion ou une communauté en particulier », ajoute-t-elle.
Quel que soit le vainqueur mardi, Howman estime que de nombreux démocrates se rendront aux urnes en novembre prochain avec un certain pessimisme.
« C’est en quelque sorte le défi auquel nous sommes confrontés ici, en Oklahoma », conclut-il.
« Il y a indéniablement un sentiment de défaitisme au sein du camp démocrate. »
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