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Primaires du 11e district du Michigan : Stevens, soutenue par l’AIPAC, détrône Levin

Levin a noté que son adversaire a dépensé cinq fois plus pour sa campagne, mais s'engage à soutenir la représentante centriste Haley Stevens lors des élections présidentielles

Soutenu par sa famille, le démocrate Andy Levin laisse sa place à la représentante centriste Haley Stevens lors d'un événement à Pontiac, dans le Michigan, le 2 août 2022. (Crédit : Andrew Lapin via JTA)
Soutenu par sa famille, le démocrate Andy Levin laisse sa place à la représentante centriste Haley Stevens lors d'un événement à Pontiac, dans le Michigan, le 2 août 2022. (Crédit : Andrew Lapin via JTA)

PONTIAC, Michigan (JTA) – La course de la dynastie juive au Congrès, qui dure depuis quatre décennies, a pris fin après que le représentant Andy Levin a cédé sa place à la représentante centriste Haley Stevens pour le 11e district du Congrès du Michigan mardi.

La victoire décisive de Stevens a mis un terme aux primaires qui ont coûté plus de 4 millions de dollars de dépenses extérieures pro-israéliennes pour le face-à-face entre les deux députés sortants à Detroit.

« Elle a mené une campagne solide », a déclaré Levin à ses partisans. « Je lui tire mon chapeau ». Il s’est engagé à soutenir Stevens lors des prochaine élections présidentielles qui auront lieu en novembre.

Dans son discours de « renonciation », Levin n’a pas mentionné le fait que les dépenses du comité d’action politique allouées cette année par l’AIPAC, un lobby pro-israélien, ont contribué à sa défaite. Mais il a mentionné que les partisans de Stevens ont dépensé cinq fois plus que les siens, provenant de « fonds extérieurs ».

Stevens a bénéficié d’un soutien important de la part d’un PAC fondé pour soutenir les femmes candidates et était considérée comme favorite dès le départ en raison de la nouvelle division du district. Mais avec près de la moitié des dépenses extérieures provenant du PAC de l’AIPAC, le United Democracy Project, la course s’apparentait plus à un champ de bataille sur fond de politique américano-israélienne – d’autant plus poignant que l’AIPAC a soutenu une candidate non-juive plutôt que le candidat juif.

Outre le fait que cette victoire met fin à la dynastie politique juive du Michigan qui dure depuis que l’oncle de Levin, Carl, a été élu au Sénat en 1979, la défaite de Levin signifie également que l’aile du parti démocrate la plus critique à l’égard d’Israël perd son plus franc allié – de confession juive – à la Chambre des représentants.

Haley Stevens, une députée démocrate représentant le 11e district du Congrès du Michigan, célèbrant sa victoire aux primaires du parti, à Birmingham, dand le Michigan, le 2 août 2022. (Crédit : AP/Carlos Osorio)

« Pour les jeunes juifs en particulier, Andy était notre candidat », a déclaré à la JTA Levi Teitel, un organisateur du groupe juif propalestinien IfNotNow. « Il a défendu les questions qui nous tiennent à cœur : le dérèglement climatique, et la nécessité de faire la paix entre les Israéliens et les Palestiniens. »

Pour l’AIPAC, ce résultat est une belle victoire. Bien qu’il ait été critiqué pour ses dépenses lors des primaires de cette année (le lobby pro-israélien a directement soutenu des candidats pour la première fois) l’AIPAC a soutenu sans réserve les candidats qu’il estime les plus bénéfiques pour les relations entre les États-Unis et Israël – même si cela signifie s’opposer à un député sortant de confession juive.

Levin, qui a été soutenu par J Street, un groupe libéral pro-israélien, est très critique à l’égard d’Israël. Sa rédaction d’une « loi pour une solution à deux États » au cours de cette session, qui limiterait la manière dont Israël pourrait utiliser l’aide américaine, l’a placé dans le collimateur de l’AIPAC. L’ancien directeur de l’AIPAC, David Victor, un résident de Détroit, a qualifié Levin du « membre du Congrès le plus corrosif pour les relations américano-israéliennes ». Il a également déclaré dans une lettre adressée à de potentiels donateurs en janvier que « des collègues démocrates moins engagés pourraient prendre Levin au mot » sur Israël en raison de ses origines juives.

Dans les derniers jours de sa campagne, plutôt que d’essayer de récupérer les électeurs que l’AIPAC avait cherché à mobiliser, Levin a plutôt attiré l’attention sur sa vision de la politique israélienne. Il a tenu un rassemblement avec le sénateur du Vermont Bernie Sanders et la représentante Rashida Tlaib et a organisé une vidéoconférence avec Peter Beinart du Jewish Currents, trois personnalités réputées pour critiquer Israël et son traitement des Palestiniens et qui sont largement méprisées par les vrais pro-israéliens.

Dossier – Le sénateur Bernie Sanders et la représentante Rashida Tlaib à l’Université St. Ambrose, à Davenport, dans l’Iowa, le 11 janvier 2020. (Crédit : AP Photo/Andrew Harnik)

« Je suis vraiment juif », a déclaré Levin sur MSNBC la semaine dernière. « Mais l’AIPAC ne peut pas supporter l’idée que je sois la voix juive la plus claire et la plus forte du Congrès qui défend une proposition simple : il n’y a aucun moyen d’avoir une patrie démocratique sûre pour le peuple juif à moins d’obtenir des droits politiques et humains pour le peuple palestinien. »

Mardi soir, au Crofoot Ballroom de Pontiac, des bénévoles et de jeunes employés de campagne portant des t-shirts « Jews For Levin » ont côtoyé des partisans de Levin de toutes origines et de tous âges. À l’extérieur, le groupe de rock Coheed and Cambria jouait un concert sur un parking rempli de headbangers.

Bien que Levin ait dû faire face à une série d’embûches dans cette course, dont un district restructuré qui couvrait une grande partie du territoire de Stevens, ses partisans juifs ont rejeté la responsabilité de sa défaite sur les dépenses de l’AIPAC.

« Andy est en fait très proche de la communauté juive américaine », a déclaré à la JTA Eva Borgwardt, une militante bénévole de Levin qui a fait la route depuis le domicile de ses parents dans le Missouri pour frapper aux portes pour faire campagne et qui avait écrit des invectives contre l’AIPAC à l’encre rouge sur son bras. « C’est une tentative de l’AIPAC d’envoyer un message très clair : si vous êtes un juif américain en faveur des droits des Palestiniens, nous vous anéantirons. »

Matt Nosanchuk, président et directeur exécutif du groupe juif progressiste New York Jewish Agenda, et beau-frère de Levin s’est rendu dans le Michigan pour faire campagne à ses côtés.

« En fin de compte, l’AIPAC peut jouir d’une victoire à court terme, mais je pense qu’ils doivent sérieusement réfléchir à l’espace politique qu’ils cloisonnent par leurs efforts et leur dépenses », a déclaré Nosanchuk.

Pour sa part, l’AIPAC s’est empressé de revendiquer la victoire mardi soir, en tweetant que Stevens était « la 10e démocrate soutenue par l’AIPAC à vaincre un adversaire qui cherchait à saper le partenariat de l’Amérique avec notre allié Israël ». (Cette année, un seul candidat soutenu par l’AIPAC a jusqu’à présent perdu).

« Être pro-israélien est à la fois une bonne politique et du bon sens politique ! », a ajouté le groupe.

L’AIPAC a versé plus de 4 millions de dollars dans une autre course pour le 13e district du Michigan pour soutenir Adam Hollier contre le sénateur d’État milliardaire, Shri Thanedar, qui a financé sa propre campagne et que l’AIPAC considère comme une menace parce qu’il a déjà présenté une législation anti-israélienne. Cette course n’avait pas encore été annoncée mardi soir.

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