Problème rabbinique résolu : Quelle est la mesure d’un « tefah » ?
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Problème rabbinique résolu : Quelle est la mesure d’un « tefah » ?

Une comparaison de jarres de l'âge du fer sur 350 ans montre que tous leurs goulots correspondent au diamètre d'une main - source de l'insaisissable mesure du "tefah"

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

  • Jarres de stockage de Khirbet Qeiyafa (Clara Amit/IAA)
    Jarres de stockage de Khirbet Qeiyafa (Clara Amit/IAA)
  • Souccot à Jérusalem, le 16 septembre 2018. (Noam Revkin Fenton/Flash90)
    Souccot à Jérusalem, le 16 septembre 2018. (Noam Revkin Fenton/Flash90)
  • La ville fortifiée de Khirbet Qeiyafa, qui indique la société urbaine de Juda à l'époque du roi David, selon le professeur Yossef Garfinkel, directeur de l'Institut d'archéologie de l'Université hébraïque. (Autorisation)
    La ville fortifiée de Khirbet Qeiyafa, qui indique la société urbaine de Juda à l'époque du roi David, selon le professeur Yossef Garfinkel, directeur de l'Institut d'archéologie de l'Université hébraïque. (Autorisation)
  • Ortal Harush (Université hébraïque)
    Ortal Harush (Université hébraïque)
  • Des jarres en céramique de Khirbet Qeiyafa exposées au Musée des terres de la Bible. (Musée des terres de la Bible)
    Des jarres en céramique de Khirbet Qeiyafa exposées au Musée des terres de la Bible. (Musée des terres de la Bible)
  • Photo illustrative d'un jeune homme construisant une soucca. (Gershon Elinson/Flash90)
    Photo illustrative d'un jeune homme construisant une soucca. (Gershon Elinson/Flash90)
  • Impression de sceau royal hébreu ancien à deux ailes "LMLK" - "Appartenant au roi" - trouvée dans le complexe administratif vieux de 2 700 ans dans le quartier Arnona de Jérusalem. (Yaniv Berman, Autorité des antiquités d'Israël)
    Impression de sceau royal hébreu ancien à deux ailes "LMLK" - "Appartenant au roi" - trouvée dans le complexe administratif vieux de 2 700 ans dans le quartier Arnona de Jérusalem. (Yaniv Berman, Autorité des antiquités d'Israël)
  • De gauche à droite : Jarres de stockage de Khiyife, Hippo, Lmlk (Lamelekh). Le diamètre de l'embouchure, ou "tefah" est indiqué en rouge. (Université hébraïque)
    De gauche à droite : Jarres de stockage de Khiyife, Hippo, Lmlk (Lamelekh). Le diamètre de l'embouchure, ou "tefah" est indiqué en rouge. (Université hébraïque)

La fabrication des poteries était un travail d’homme à l’âge du fer en Israël. Une nouvelle étude israélienne comparant les dimensions de centaines de jarres de stockage en céramique sur 350 ans de fabrication a mis au jour que la mesure du diamètre du goulot correspondait à la largeur de la main d’un homme, une unité insaisissable connue depuis les temps bibliques sous le nom de tefah.

L’unité tefah est attestée dans la Bible hébraïque (voir Nombres 25:25 et 37:12), ainsi que dans d’anciennes sources assyriennes et égyptiennes. Mais la mesure précise de l’unité biblique demeure un sujet de débat rabbinique de longue date.

Alors que les formes et les volumes du corps des vaisseaux de l’âge du fer se sont considérablement modifiés au cours des siècles, leur diamètre intérieur moyen – entre 8,85 et 8,97 centimètres – semble être une unité uniforme de l’âge du fer qui correspond à la largeur de la main d’un homme moyen. En outre, l’étude indique que les dimensions des paumes ont à peine changé au cours des 3 000 dernières années : l’équipe a utilisé les données de 1980 de l’armée américaine, qui, lorsqu’elle a commandé des gants pour ses soldats, a constaté que la largeur moyenne de la main de ses hommes était de 8,67±0,48 centimètres.

Par conséquent, l’insaisissable unité du tefah peut être mesurée selon la largeur d’une main masculine moderne.

La mesure de l’unité du tefah est loin d’être hypothétique dans le droit juif actuel.

En termes pratiques, la mesure ancienne est toujours utilisée dans diverses situations, notamment pour la fête actuelle de Souccot, pour laquelle les cabanes de fortune ont dû être construites selon des unités bibliques prescrites.

De gauche à droite : Jarres de stockage de Khiyife, Hippo, Lmlk (Lamelekh). Le diamètre de l’embouchure correspondant au « tefah » indiqué en rouge. (Université hébraïque)

Selon un communiqué de presse de l’Université hébraïque, les rabbins ont essayé de donner des conversions modernes, avec deux théories principales qui ont été avancées par Avraham Chaim Naeh et Avraham Yeshaya Karelitz – connu sous le nom de Chazon Ish, son ouvrage majeur –, tous deux rabbins orthodoxes au début du 20e siècle. « Selon le rabbin Chaim Naeh, un tefah = 8 centimètres, alors que selon le Chazon Ish, un tefah = 9,6 centimètres », lit-on dans le communiqué de presse, qui souligne que le diamètre moyen de l’embouchure de la jarre se situe « entre les deux ».

Signature de fabrication

Selon une co-auteure de l’étude, Ortal Harush, les diamètres standardisés des goulots des jarres – datant de l’époque pré-Temple jusqu’au début de la période du Premier Temple – étaient une « signature » de fabrication chez les potiers professionnels.

Experte en technologie céramique, Ortal Harush a déclaré que les potiers de l’âge du fer étaient de véritables experts – des artisans qualifiés, par opposition aux amateurs qui créaient des récipients quasi jetables à usage domestique. Comme les maîtres modernes qu’elle a étudiés en Inde, ces hommes de l’âge du fer auraient évité les outils et plutôt utilisé leurs mains pour prendre ces mesures. Pour ces potiers, la mesure standardisée des embouchures était tout à fait instinctive, de la même manière que dans des activités quotidiennes que nous pouvons avoir.

« Tout comme vous vous brossez les dents de la même manière chaque matin, sans y penser », a-t-elle décrit au Times of Israël, ces hommes utilisaient leurs mains de manière innée et automatique pour finir d’assembler le haut des jarres de manière standardisée.

Ortal Harush. (Université hébraïque)

L’étude a été menée par Ortal Harush de l’Université hébraïque de Jérusalem, Avshalom Karasik de l’Autorité des antiquités d’Israël et Uzy Smilansky de l’Institut Weizmann. Intitulée « La morphologie des jarres de conservation de l’âge du fer et sa relation avec la mesure de la largeur de la main (le tefah biblique) », elle a été récemment publiée dans BASOR, le Bulletin des écoles américaines de recherche orientale.

Jarre de Judée L’Melech. (Yael Yuluvitz/IAA)

Ortal Harush explique que l’étude comparative des céramiques a commencé par pure coïncidence alors qu’elle et Avshalom Karasik comparaient leurs notes sur leurs travaux, côte à côte dans le laboratoire. Il s’est avéré qu’ils étudiaient tous deux la poterie de l’âge du fer : Avshalom Karasik étudiait les jarres du Royaume de Juda (8-7e siècle avant l’ère commune), et Ortal Harush les jarres « hippo » du nord d’Israël (Royaume israélite, 9e siècle avant l’ère commune). Ils se sont rapidement rendu compte que de toutes les mesures, seules celles des goulots étaient cohérentes entre les deux collections.

Sous la direction d’Uzy Smilansky, les deux chercheurs ont examiné un troisième échantillon de jarres de l’âge de fer qui se trouvaient déjà dans la base de données, un assemblage de Khirbet Qeiyafa (Royaume de Judée ; début du 10e siècle avant l’ère commune). À leur grande surprise, ils ont constaté la même mesure : la largeur de la main.

L’équipe a généré des modèles 3D numérisés de haute précision des 307 jarres de l’âge de fer, qui ont tous donné la même mesure de la largeur de la main, indépendamment des différentes époques de fabrication, formes et volumes des jarres et des endroits où elles ont été trouvées.

L’intrigue s’épaissit

Pour un groupe de contrôle, les chercheurs ont choisi au hasard un autre échantillon qui se trouvait déjà dans leur base de données. Ils ont généré des modèles en 3D de 259 jarres de l’époque romaine à Shuafat, près de Jérusalem, et c’est ici – à la grande surprise des chercheurs, indique Ortal Harush – que nous avons constaté un changement dans le genre des potiers.

Les jarres de Shuafat, datées du 1er siècle de l’ère commune, montrent la même utilisation constante d’une mesure de la largeur de la main – mais cette fois, les mains étaient beaucoup plus petites, ce qui a conduit l’équipe à conclure qu’il s’agissait très probablement de femmes, commente Ortal Harush.

Les auteurs écrivent : « Un comportement similaire a été observé dans l’ensemble romain, avec une différence importante – la distribution observée du diamètre du goulot est similaire (mais pas identique) à la largeur d’une main de la femme moderne. »

Jarres de stockage de Khirbet Qeiyafa. (Clara Amit/IAA)

Là encore, l’équipe a comparé les mesures avec les données disponibles de l’armée américaine. « Quantitativement, la largeur moyenne des mains des soldates est de 7,82 ± 0,39 cm et pour le groupe de Shuafat, elle est de 7,87 ± 0,79 », ont-ils écrit.

Dans l’article et dans le communiqué de presse de l’Université hébraïque, la mesure du tefah des pots fait l’objet d’une hypothèse la liant à la loi juive concernant la pureté et les récipients. Ortal Harush affirme, avec précaution, que c’était peut-être l’une des considérations des potiers.

« Peut-être ont-ils des règles, mais je ne sais pas. Nous avons connaissance de lois sur la pureté et l’impureté à des périodes ultérieures », a-t-elle dit, faisant remarquer qu’au moins certains de ces pots ont été fabriqués avant le Premier Temple. « La considération spirituelle est l’une des considérations [pour la fabrication standardisée], mais au bout du compte, ils fabriquaient des jarres de conservation pour livrer des marchandises et pour les taxes. »

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