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Procès Netanyahu : le Premier ministre aurait tenté de conclure un accord avec Yedioth

Selon Ari Harow, Netanyahu l'aurait chargé d’organiser des réunions avec Arnon Mozes pour obtenir une couverture favorable en échange d’une loi défavorable à un journal concurrent

Jeremy Sharon est le correspondant du Times of Israel chargé des affaires juridiques et des implantations.

Ari Harow, ancien chef de cabinet du Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant une réunion du Likud à la Knesset, le 24 novembre 2014. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Ari Harow, ancien chef de cabinet du Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant une réunion du Likud à la Knesset, le 24 novembre 2014. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Un ex-collaborateur du Premier ministre Benjamin Netanyahu a témoigné, mardi, que son chef de l’époque avait tenté de conclure un accord avec Arnon « Noni » Mozes, le rédacteur en chef du quotidien populaire Yedioth Ahronoth, pour qu’il fasse preuve de davantage de modération envers lui et ne lui fasse pas perdre les élections générales de 2015.

Ari Harow, qui est témoin de l’État, a déclaré que Netanyahu, alors très soucieux de la couverture négative du Yedioth, avait décrit Mozes comme « l’ennemi numéro un » en raison de ce que Harow a décrit comme la position « agressive » du Yedioth envers lui.

Harow a rappelé que Netanyahu lui avait demandé d’organiser des réunions avec Mozes, à la résidence du Premier ministre, et d’enregistrer ces réunions à l’insu de Mozes.

Il a également confirmé que c’était Netanyahu ou « quelqu’un d’autre impliqué dans cette affaire» qui lui avait demandé de s’entretenir avec le président de la commission de la Knesset de l’époque, le député Yariv Levin, au sujet d’un projet de loi destiné à porter préjudice au principal rival de Yedioth, le journal de droite Israel Hayom.

Harow témoignait dans le cadre de l’affaire 2000, dans laquelle le Premier ministre est accusé de fraude et d’abus de confiance pour sa tentative présumée de parvenir à un accord de contrepartie avec Mozes par lequel Yedioth donnerait au Premier ministre une couverture médiatique plus positive en échange d’une législation affaiblissant Israël Hayom.

Finalement, la Knesset n’a pas adopté ce projet de loi.

L’ex Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, arrive pour une audience dans son procès, au tribunal de district de Jérusalem le 28 mars 2022. (Crédit : Ohad Zwigenberg/POOL)

Harow est l’un des trois principaux témoins de l’État contre Netanyahu.

Au cours de l’audience de mardi, il a tenu des propos laconiques face au procureur de l’État, Alon Gildin, qui l’interrogeait, et n’a pas donné beaucoup d’informations.

Il a souvent été dans l’incapacité de se souvenir des détails des réunions et conversations sur lesquelles le procureur de l’État s’était renseigné, déclarant à un moment donné qu’il était difficile de se souvenir de tels détails, huit ans plus tard.

Netanyahu est jugé dans le cadre de trois affaires de corruption. Il est accusé de fraude et abus de confiance dans les affaires 1000 et 2000, et de corruption, fraude et abus de confiance dans l’affaire 4000.

Il nie avoir commis un quelconque acte répréhensible et affirme que les accusations ont été fabriquées de toute pièce par la police et le Parquet, dans une sorte de coup d’État politique.

Accusé de fraude et abus de confiance, Harow a conclu un accord avec le bureau du procureur de l’État en échange de son témoignage au procès de Netanyahu.

« Mozès était l’ennemi numéro un. Il était perçu comme opposé au Premier ministre et à nous tous, de manière très agressive », a-t-il témoigné.

« Nous approchions des élections [de 2015] et il y avait un média très hostile, et il y avait une volonté d’essayer d’apaiser les tensions, de limiter les attaques contre lui [Netanyahu]. J’ai compris que Mozes était prêt à conclure un accord autour de la loi Israel Hayom », a déclaré Harow.

Harow a été chef de cabinet de Netanyahu, en 2014, après avoir travaillé à plusieurs reprises pour le Premier ministre.

Il a dit que Netanyahu lui avait demandé d’organiser plusieurs réunions avec Mozes et d’enregistrer secrètement ces réunions car il croyait que Mozes faisait de même. Harow a précisé avoir dit à l’époque que l’idée d’enregistrer les conversations était mauvaise.

L’éditeur et propriétaire du journal Yedioth Aharonoth Arnon « Noni » Mozes arrive pour interrogatoire à l’unité d’enquête Lahav 433 à Lod, le 17 janvier 2017. (Crédit : Roy Alima / Flash90)

Harow a ajouté avoir demandé à l’avocat de Netanyahu, David Shimron, ce qu’il en était de la légalité des enregistrements : Shimron lui aurait répondu que tant que Harow faisait partie de la conversation, les enregistrements étaient autorisés.

Toujours selon Harow, Shimron aurait ajouté qu’il était important que Netanyahu ne donne pas l’impression qu’il y avait une forme de « donnant-donnant ».

Au cours de l’une des réunions entre Netanyahu et Mozes, dans les bureaux du Premier ministre, Harow a effectué un enregistrement sur son téléphone, caché dans la poche de sa veste. Lors d’une autre réunion à laquelle Harow n’était pas présent, il aurait, avec son accord, placé son téléphone dans la poche de Netanyahu afin de faire l’enregistrement.

« Pour Netanyahu, Mozès était un ennemi : il voulait parvenir à un accord pour qu’il arrête de s’en prendre à lui et sa famille », a déclaré Harow.

« Mozes voulait voir s’il était possible d’adopter une sorte de loi Israël Hayom. Netanyahu craignait, en l’absence d’accord avec Mozes, de perdre les élections », a-t-il poursuivi.

Selon le témoignage de Harow, lors d’un interrogatoire mené en 2017, lu par le procureur de l’État lors de l’audience, « Bibi a dit que si nous obtenions un accord avec Noni Mozes, nous pourrions remporter les élections ».

Le chef du Likud, Benjamin Netanyahu, s’entretenant avec le député Yariv Levin lors de l’élection de ce dernier au poste de président de la Knesset, le 13 décembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Gildin a également posé des questions à Harow au sujet d’une réunion avec Levin, en octobre 2014, à Modiin, où ils vivaient tous les deux, concernant la loi Israel Hayom, au terme de laquelle l’acte d’accusation contre Netanyahu évoque de méthodes alternatives de limitation des activités d’Israel Hayom, distinctes du projet de loi du député d’opposition Eitan Cabel.

Harow a dit ne pas se rappeler qui avait organisé la réunion, mais a noté que puisqu’il s’agissait de questions législatives, c’était soit à la demande de Netanyahu, soit à la demande d’un autre membre du gouvernement ou de la coalition.

La loi dite Israel Hayom visant à restreindre la diffusion des journaux gratuits été approuvée en première lecture par la Knesset en novembre 2014, sans aller au-delà en raison de la convocation de nouvelles élections.

Le témoignage de Harrow a pris fin mardi après-midi.

Il fera l’objet d’un contre-interrogatoire de la part des avocats de Netanyahu mercredi.

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