Protocole d’accord États-Unis/Iran: Les réactions en Israël et à l’international
Selon certaines sources, ce mémorandum inclut un arrêt des hostilités au Liban ; Israel Katz assure qu'Israël ne se retirera pas du sud du Liban ; le nucléaire sera discuté dans les 60 jours suivant la signature
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La classe politique israélienne a réagi, dans la matinée de lundi, à l’annonce de la conclusion d’un protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran, accord qui permettrait de mettre un terme définitif au conflit qui oppose les deux parties – et Israël, qui n’a pas pris part à ces pourparlers de paix – depuis le 28 février.
Des responsables américains et iraniens ont en effet déclaré, en tout début de matinée, être parvenus à un accord-cadre visant à mettre fin à leur conflit. Celui-ci devrait entraîner la levée du blocus américain contre l’Iran, la réouverture du détroit d’Ormuz et le lancement de 60 jours de négociations sur le programme nucléaire de Téhéran.
Toutefois, le président américain Donald Trump aurait menacé de reprendre les attaques contre l’Iran si un accord sur le nucléaire n’était pas trouvé.
Le protocole d’accord, qui doit être signé vendredi en Suisse, mettra officiellement fin à la guerre lancée fin février par les États-Unis et Israël contre le régime iranien, qui s’était ensuite étendue à tout le Moyen-Orient. Selon des sources iraniennes et pakistanaises, ce mémorandum prévoit également un cessez-le-feu dans le conflit opposant Israël au groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah.
Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a été le premier à s’exprimer. Il a critiqué le texte finalisé entre les États-Unis et l’Iran – y compris au Liban – affirmant qu’Israël n’était pas lié par ses termes.
« L’accord de Trump ne nous engage pas […] nous ne sommes pas partie à cet accord. Il ne garantit pas notre sécurité », a affirmé Ben Gvir sur sa chaîne Telegram.
« Nous ne devons nous contenter de rien qui soit en deçà du démantèlement du Hezbollah. Nous ne devons pas nous retirer d’un seul pouce du territoire que nos soldats ont conquis et débarrassé des infrastructures terroristes [au Liban] », a-t-il ajouté.
Évoquant de son côté spécifiquement le volet libanais du protocole d’accord – qui prévoit un cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah – le ministre de la Défense, Israel Katz, a assuré qu’Israël ne se retirerait pas du sud du Liban.
« Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et moi-même menons une politique claire qui stipule que l’armée israélienne restera dans les zones de sécurité au Liban, en Syrie et à Gaza, sans aucune limite de temps, afin de protéger, depuis ces zones, la frontière et les communautés israéliennes contre les éléments djihadistes », a déclaré Katz dans un communiqué.
Il a ajouté que les zones de sécurité seraient « débarrassées de leurs habitants, et que toutes les infrastructures terroristes, en surface et souterraines, y compris les maisons des villages situés sur la ligne de contact qui servaient de bastions terroristes, seraient détruites ».
Katz a déclaré que le maintien de ces zones de sécurité constituait « l’une des plus grandes réussites de Tsahal » dans cette guerre et que, par conséquent, « nous nous opposons à un retrait de Tsahal du Liban, malgré toutes les pressions existantes et à venir ».
« Le Premier ministre Netanyahu a clairement fait valoir ces points auprès du président américain Trump et d’autres hauts responsables américains, et je les ai également clairement exprimés hier au secrétaire américain à la Guerre Pete Hegseth », a-t-il déclaré, ajoutant que Tsahal soutient également le maintien de la zone de sécurité au Liban.
« Nous ne ferons aucun compromis sur les intérêts de sécurité d’Israël ni sur la protection de nos citoyens, et nous ne nous retirerons pas des zones de sécurité », a assuré Katz.
Le ministre de la Défense a également averti que « si l’Iran attaquait Israël en raison des événements au Liban, nous le frapperions de toutes nos forces ».
« Notre engagement ne concerne que nos citoyens et la sécurité de l’État d’Israël », a-t-il ajouté.
Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a, lui aussi, condamné l’accord.
Dans un message publié sur le réseau social X, Smotrich a insisté : « Sous ma responsabilité, il n’y aura pas d’État palestinien. Point final. »
Il a affirmé qu’Israël devait poursuivre ses efforts visant à renverser le régime iranien et veiller à ce que Téhéran ne se dote jamais d’armes nucléaires – mais il a défendu le gouvernement, déclarant qu’aucun des candidats à la succession de Netanyahu ne pourrait « supporter ne serait-ce que 10 % de la pression actuellement exercée sur le gouvernement israélien, et en particulier sur son dirigeant ».
Du côté de l’opposition, Gadi Eisenkot, le chef du parti Yashar qui figure parmi les favoris pour succéder au Premier ministre Benjamin Netanyahu lors des prochaines élections, a fustigé le « résultat lamentable », a-t-il dit, obtenu par « un gouvernement défaillant » et il a affirmé qu’il y avait « un fossé immense » entre les « promesses vides de victoire totale » de Netanyahu et l’accord qui se dessine actuellement.
Il a également reproché à Netanyahu de ne pas s’adresser directement à la population, soulignant que les Israéliens apprennent une fois de plus, par des dirigeants étrangers et non par leur propre gouvernement, l’existence d’un accord majeur affectant leur sécurité.
« Les habitants du nord, qui ont été laissés à eux-mêmes pendant deux ans et demi, découvrent ce matin que leurs foyers et leur sécurité restent menacés et qu’une fois de plus, leurs appels sont restés sans réponse à Jérusalem. Nous ne les laisserons pas seuls », a-t-il assuré.
Autre favori dans la course au poste de Premier ministre, l’ancien Premier ministre Naftali Bennett a affirmé que le gouvernement n’avait pas su traduire les succès militaires d’Israël en gains de sécurité durables.
« Pendant la guerre avec l’Iran, nous avons été témoins des performances extraordinaires de l’armée israélienne et des forces de sécurité sur le front, ainsi que du courage de la population israélienne à l’arrière. Ce matin, nous avons appris que le gouvernement était, une fois de plus, incapable de transformer tout cela en acquis durables en matière de sécurité », a commenté Bennett, qui dirige l’alliance « Ensemble » avec le chef de l’opposition Yair Lapid.
Disant que l’accord n’a rien eu d’une « fatalité », mais qu’il a été le résultat d’un leadership israélien défaillant, Bennett a noté que le gouvernement avait entraîné Israël dans des guerres de « stagnation et d’usure » et qu’il était « incapable de remporter une victoire décisive ».
Il a dit disposer « d’un plan stratégique qui vise à provoquer l’effondrement du régime iranien » et à démanteler son programme nucléaire grâce à « une combinaison de moyens diplomatiques, de renseignement, économiques, technologiques et militaires ».
Même son de cloche du côté du chef du parti Les Démocrates, Yaïr Golan, qui a estimé que le protocole d’accord convenu entre les États-Unis et l’Iran était désastreux pour Israël.
« Les immenses exploits militaires remportés grâce au courage de nos pilotes et au sang de nos combattants ont été effacés, tandis que Netanyahu restait en retrait – faible, malade, isolé et sans influence », a-t-il déclaré.
Il a ajouté que cet accord était le « point culminant de nombreuses années d’échecs », le Premier ministre, « l’homme qui avait promis une ‘victoire totale’ », terminant son mandat « avec des ennemis d’Israël plus forts, un Israël plus faible, et la force de dissuasion bâtie au prix du sang de nos combattants s’érodant sous nos yeux ».
« Netanyahu est une aubaine pour le Hamas. Netanyahu est une aubaine pour l’Iran. Netanyahu est une aubaine pour le Hezbollah. Netanyahu n’est pas une aubaine pour Israël », a affirmé Golan.
Avigdor Liberman, leader du parti Yisrael Beytenu, a dit avec conviction qu’Israël ne devait pas permettre aux États-Unis d’établir un lien entre le cessez-le-feu avec l’Iran et le conflit au Liban. Il a ajouté que si l’accord en cours de négociation entre l’administration Trump et l’Iran avait été signé sous le précédent gouvernement Bennett-Lapid, le Premier ministre Benjamin Netanyahu « nous aurait accusés de trahison ».
Accusant Netanyahu de mener Israël vers un « désastre diplomatique bien pire que l’accord qui avait été conclu par Obama » avec Téhéran en 2015, Liberman a expliqué aux journalistes, avant la réunion hebdomadaire de son parti à la Knesset, qu’Israël « doit informer les États-Unis que nous n’acceptons aucun lien, aucune connexion, entre la scène iranienne et la scène libanaise ».
La même déception a été exprimée de la part du chef du parti Kakhol Lavan, Benny Gantz, ancien ministre de la Défense et chef de l’armée israélienne, qui a dit que cet accord constituait un « échec stratégique » et qu’il était « interdit d’accepter de restreindre la liberté d’action d’Israël au Liban ou de procéder à un retrait qui mettrait en danger les habitants du nord ».
Le député Ram Ben Barak (Yesh Atid), a fait remarquer que cet accord était « la meilleure chose qui soit arrivée à l’Iran depuis une génération », tandis que le député Ahmad Tibi (Hadash-Taal) a noté que « la plus grande réussite de Trump est d’ouvrir le détroit d’Ormuz, qui était ouvert avant même que la guerre ne commence ! ».
La communauté internationale, de son côté, s’est réjouie de l’annonce de la finalisation du protocole d’accord.
L’Arabie saoudite a ainsi salué l’accord entre les États-Unis et l’Iran visant à mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient, tout en prévenant que « les intérêts sécuritaires des États de la région » devaient être pris en compte.
Le royaume a rendu hommage à « l’accord conclu entre les États-Unis et la République islamique d’Iran pour mettre fin aux opérations militaires et engager, dans un délai de 60 jours, des négociations détaillées en vue de parvenir à un accord permanent », a déclaré le ministère saoudien des Affaires étrangères sur X.
Il a insisté, au passage, sur la nécessité de parvenir à un accord de paix durable « qui prenne en compte les intérêts sécuritaires des États de la région tout en respectant le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des autres pays ».
Pour sa part, la diplomatie égyptienne a estimé que le texte pourrait constituer un « tournant majeur » pour la paix dans la région.
« L’Égypte espère que cet accord constituera un tournant majeur vers le renforcement de la confiance mutuelle, la mise en place de nouveaux fondements de coopération, la création d’un environnement propice à la paix et la promotion des efforts diplomatiques visant à résoudre les questions régionales restantes », a énuméré le ministère des Affaires étrangères au Caire dans un communiqué.
Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif – dont le pays a assuré la médiation entre Washington et Téhéran – a évoqué « un pas historique vers la paix ».
« Aujourd’hui, le monde a assisté à un pas historique vers la paix. Après les ténèbres de la guerre, le soleil de la paix s’est levé », a déclaré le dirigeant, soulignant le rôle « extraordinaire » joué dans la négociation par le chef de l’armée pakistanaise, Asim Munir, et remerciant également les autres pays ayant contribué à la médiation.
La Chine a fait savoir qu’elle avait accueilli avec satisfaction l’annonce du protocole d’accord lundi.
« La Chine se félicite que les États-Unis et l’Iran soient parvenus à un accord sur le contenu du mémorandum d’entente de première phase, et salue les efforts de médiation déployés par le Pakistan », a affirmé lors d’un point-presse régulier Lin Jian, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.
Le chef de l’ONU, António Guterres, a, de son côté, déclaré que le texte était « une étape cruciale » vers la paix au Moyen-Orient.
« Il s’agit d’une étape cruciale vers un règlement pacifique du conflit », a souligné le secrétaire général dans un communiqué.
Dans un geste de bonne volonté suite à l’annonce de la conclusion du protocole d’accord et de la fin des hostilités, les pays de l’E4, comprenant le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne et l’Italie, ont dit être prêts à lever certaines sanctions pesant sur l’Iran, dans un communiqué conjoint.
« L’Iran ne doit jamais acquérir l’arme nucléaire. Nous sommes prêts à travailler avec les États‑Unis, l’Iran et l’AIEA à cette fin », ont déclaré les dirigeants de ces pays européens, cités dans le communiqué.
Ils ont ajouté être « disposés à lever les sanctions pertinentes en réponse à des mesures claires et vérifiables de la part de l’Iran concernant son programme nucléaire ».
Même désir d’agir du côté du président du Conseil de l’Union européenne (UE), António Costa, qui a noté que les Européens étaient prêts à contribuer à une « paix durable ».
« Je me réjouis de la fin de cette guerre coûteuse et de la pleine restauration de la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz », a réagi sur X le président du Conseil de l’UE.
L’UE va désormais examiner comment elle peut s’impliquer dans la phase suivante, a renchéri la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas.
« De son influence économique à son expertise nucléaire, en passant par ses relations de longue date avec ses partenaires du Golfe, l’UE est prête à contribuer à une résolution durable », a commenté Kallas dans un message publié sur le réseau social X, avant une réunion des ministres des Affaires étrangères des 27 États membres de l’UE à Bruxelles.
De son côté, le président français Emmanuel Macron a appelé à la mise en place d’un « cessez-le-feu robuste et durable » au Liban.
« Un cessez-le-feu robuste et durable est indispensable », a-t-il insisté sur X alors qu’une frappe israélienne sur un centre de commandement du Hezbollah – bastion historique du groupe terroriste chiite libanais connu sous le nom de la Dahiyeh -, dans la banlieue sud de Beyrouth, a fait trois morts dimanche.
Ce bilan est invérifiable et ne fait pas la distinction entre civils et terroristes.
Enfin, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a appelé à ne pas oublier « le coût » du conflit, un « non-sens » selon lui.
« Plus de 7 400 morts, en majorité des civils. Des centaines de foyers, d’écoles et d’hôpitaux détruits. Une hausse généralisée des prix et des milliards d’euros de pertes, y compris en Europe. Tel est le coût du conflit en Iran », a écrit sur le réseau social X Sánchez, l’un des détracteurs les plus virulents d’Israël et de son action militaire à Gaza, qu’il qualifie de « génocide » – une accusation catégoriquement rejetée par Israël.
« Célébrons. Mais n’oublions pas. Et apprenons, une bonne fois pour toutes, que la guerre est un échec. Le dialogue et la diplomatie sont la seule voie », a-t-il conclu.
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