Quand une fille apprend à pardonner à sa mère partie rejoindre une secte
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Quand une fille apprend à pardonner à sa mère partie rejoindre une secte

Ronit Plank plonge dans les douloureux souvenirs de son enfance suite à l’abandon d’un parent qui a suivi le gourou de « Wild Wild Country », actuellement sur Netflix

  • Ronit Plank avec sa mère en 1980, première année après le retour de sa mère d'un voyage d'un an dans l'ashram Bhagwan Rajneesh Shree à Pune, en Inde. (Autorisation)
    Ronit Plank avec sa mère en 1980, première année après le retour de sa mère d'un voyage d'un an dans l'ashram Bhagwan Rajneesh Shree à Pune, en Inde. (Autorisation)
  • Ronit Plank, à gauche, avec les autres enfants du Kibboutz  Lahav, en Israël, en 1975. (Autorisation)
    Ronit Plank, à gauche, avec les autres enfants du Kibboutz Lahav, en Israël, en 1975. (Autorisation)
  • Ronit Plank, à gauche, et sa sœur Nava retrouvent leur mère après son retour de l'ashram Bhagwan Shree Rajneesh' à Puna, en Inde, en 1980. (Autorisation)
    Ronit Plank, à gauche, et sa sœur Nava retrouvent leur mère après son retour de l'ashram Bhagwan Shree Rajneesh' à Puna, en Inde, en 1980. (Autorisation)
  • L'Affaire de la pleine lune orange au  Bhagwanfestival international d'Amsterdam, au mois de juillet 1981. (Crédit : Marcel Antonisse / Anefo, CC0, via Wikimedia Commons)
    L'Affaire de la pleine lune orange au Bhagwanfestival international d'Amsterdam, au mois de juillet 1981. (Crédit : Marcel Antonisse / Anefo, CC0, via Wikimedia Commons)

Au début de l’été 1978, Ronit Plank se tenait à l’intérieur de l’aéroport international de Newark pour dire au revoir à sa mère alors qu’elle montait à bord d’un avion pour l’Inde.

Plank n’avait que six ans à l’époque et n’avait aucune idée que ce moment allait changer sa vie pour toujours.

La mère divorcée de Plank a affirmé avoir besoin de passer quelques mois à l’ashram du chef spirituel indien Bhagwan Shree Rajneesh à Pune, et qu’elle serait de retour à la fin de l’été pour récupérer Ronit et sa cadette Nava et revenir avec elles dans leur maison à Seattle.

En attendant, les filles resteraient avec leur père et sa petite amie dans le New Jersey. (Plank s’est abstenue d’utiliser les noms de ses parents dans le livre pour protéger leur vie privée.)

Cependant, la mère de Plank n’est pas revenue comme promis.

Elle est restée à l’ashram, pour revenir après un an aux États-Unis afin de s’occuper de sa mère mourante.

« Je crois sincèrement qu’elle est revenue uniquement parce que sa mère avait un cancer. Je ne l’ai jamais entendu dire qu’elle était revenue pour ses filles. Elle ne nous avait jamais à l’esprit quand elle était là-bas », a déclaré Plank à propos de sa mère, qui est retournée plus tard à la secte.

« When She Comes Back » écrit par Ronit Plank (Crédit : Motina Books)

Plank, 48 ans, commence son nouveau mémoire, When She Comes Back, avec ce moment fatidique de l’aéroport, qui façonnera sa relation avec sa mère, et sa propre vie, pour les décennies à venir.

Le livre a été publié le 11 mai.

Contrairement à ceux qui ont porté un intérêt objectif et curieux à la série Netflix de 2018, en six épisodes, « Wild Wild Country », Plank ne pouvait que la regarder d’un point de vue personnel.

La série documentaire portait sur l’escalade du conflit entre la secte de Rajneesh et les habitants d’Antelope, dans l’Oregon.

Au début des années 1980, la secte a établi son nouveau siège à proximité, pour finalement reprendre la ville, la renommant Rajneeshpuram.

C’était l’histoire d’un gourou, également connu sous le nom de « Osho », qui captivait l’esprit des Occidentaux bien éduqués avec une combinaison étrange et exploitante de spiritualité orientale, de capitalisme et de liberté sexuelle.

Mais c’était aussi une histoire d’actes criminels sinistres commis par des chefs de sectes, avec des écoutes illégales, une tentative de meurtre et une attaque bioterroriste contre une ville américaine.

« L’ébauche de mon livre était terminée, mais j’y travaillais encore lorsque, « Wild Wild Country » est sorti.

C’était tellement bizarre de le regarder.

« Je savais que je devais sortir le livre le plus tôt possible parce que mon histoire était maintenant opportune et pertinente », a déclaré Plank dans une interview avec le Times of Israel depuis son domicile à Seattle.

Plank faisait partie de ceux qui ont critiqué la série pour avoir omis des informations critiques.

Cela comprenait le comportement négligent signalé de la secte envers les enfants, ainsi que les agressions sexuelles commises par des membres de la secte sur des femmes et des enfants, et une quasi-interdiction de procréer.

Rajneesh était contre les relations familiales nucléaires, qui pourraient inciter les sannyasins (adeptes) à quitter le culte pour une vie plus conventionnelle et plus stable.

Par exemple, « Wild Wild Country » ignore la stérilisation et les vasectomies que les sannyasins étaient fortement encouragées à subir parce que, comme ma mère me l’a expliqué, Bhagwan estimait que « les enfants entravaient l’illumination», a écrit Plank dans un article pour The Atlantic.

Plank a également blâmé « Wild Wild Country » pour avoir ignoré l’impact sur les membres de la famille laissés par les gens qui sont partis et ont rejoint le culte, certains d’entre eux abandonnant leurs enfants.

Ronit Plank, à droite, et sa sœur Nava avec leur mère lors d’une visite duu week-end à New York. Elle porte les vêtements des couleurs arborées par les ‘sannyasins’ (fidèles) de Rajneesh et un ‘mala (long collier) avec la photo du gourou Bhagwan Shree Rajneesh. (Autorisation)

La mère de Plank a affirmé qu’elle n’a jamais été au courant d’aucune des activités néfastes au sein de la secte, en particulier lorsqu’elle y est retournée une seconde fois , et là en Oregon, six mois seulement avant la fermeture de Rajneeshpuram en 1985.

« Elle disait qu’elle vivait sa meilleure vie là-bas. Elle maintient toujours que ce n’était pas une secte et qu’elle n’a subi aucun lavage de cerveau. »

« Elle a dit qu’elle n’avait jamais rien vu de ce que vous voyez dans la série Netflix et a affirmé n’avoir jamais été dans le cercle interne », a déclaré Plank.

« Je crois sincèrement qu’elle n’aurait pas quitté l’Oregon si l’endroit n’avait pas fermé ses portes », a-t-elle ajouté.

L’auteure attribue l’attrait de sa mère pour la secte de Rajneesh et sa principale religion qu’est la réalisation de soi, à sa recherche d’amour et d’appartenance à des groupes.

Elle ne les a pas reçus de sa famille pendant son enfance à New York, et surtout pas de sa mère.

Ronit Plank, quatre ans, avec sa mère avant son départ, à la maison des enfants du Kibboutz Lahav, en Israël, en 1976. (Autorisation)

La vie de Plank aurait pu se dérouler très différemment si ses parents étaient restés, mariés ou divorcés, dans le kibboutz Lahav, où ils ont initialement fondé leur famille.

C’était un endroit qui répondait aux besoins de la mère de Plank, une communauté soudée et solidaire.

Le couple s’est rencontré en 1967 dans une ferme sioniste du New Jersey et a immigré en Israël un an plus tard.

Ils se sont mariés en 1968 et Plank est née quatre ans plus tard.

Dans When She Comes Back, Plank partage les bons souvenirs de ses premières années au kibboutz et du bonheur maternel là-bas.

« Le cheveux dans la soupe » était les affaires de son père avec des volontaires européens et l’inconfort de la vie communautaire.

Ronit Plank, à droite, et sa sœur Nava à Seattle, en 1978. (Autorisation)

Quand Plank a eu quatre ans, la famille quitta Israël pour Seattle, où son père avait trouvé un emploi.

Mais en peu de temps, ses parents ont divorcé et son père a déménagé à l’autre bout du pays, dans le New Jersey.

Accablée par la monoparentalité et sans famille, ni amis à proximité, la mère de Plank a cherché à faire partie des Rajneeshees locaux.

Elle a souvent amené ses jeunes filles à des séances de méditation, les laissant se débrouiller seules parmi les adultes.

D’autres fois, elle s’enfermait dans sa chambre, écoutant les enregistrements des sermons du Bhagwan.

Plank a déclaré que sa mère ne lui avait jamais vraiment dit à quoi ressemblait sa vie à l’ashram en Inde ou à Rajneeshpuram dans l’Oregon.

« C’est opaque. Bhagwan a été un spectre planant sur toute ma vie. »

J’ai ressenti un sentiment de réticence et de retrait chez ma mère à son retour, sentiment qui est resté pendant de nombreuses années », a déclaré Plank.

Le père de Plank était seul pour élever ses filles, sauf quelques années lorsque sa mère vivait à New York et voyait les filles le week-end.

Elle n’est pas venue à la bat-mitzvah de Plank.

Ronit Plank, au centre, avec son père et sa sœur Nava lors de la bat mitzvah de Roni à New-York, en 1985.

« Mon père était attentionné. C’est certainement pour cela que ma sœur et moi avons appris à être de bons parents », a déclaré l’auteur.

Une grande partie de When She Comes Back traite de l’expérience de Plank qui a grandi dans un appartement infesté de cafards dans le Queens avec son père et sa sœur.

En tant que fille aînée, elle est devenue la femme de famille, s’occupant des tâches ménagères et devenant, de facto, la partenaire de son père. C’était un rôle qu’elle n’appréciait pas en tant que jeune adolescente.

Elle était heureuse quand son père s’est remarié.

« J’ai été soulagée lorsque Judy (qui est maintenant divorcée du père de Plank) est entrée dans notre vie. Quelqu’un pouvait prendre le relais pour que je puisse redevenir une enfant », a déclaré Plank.

Après que Plank s’est mariée et est elle-même devenue mère, elle a réalisé que bon nombre de ses problèmes émotionnels découlaient de son passé, et de sa relation avec sa mère en particulier.

Les nombreuses psychothérapies et introspections ont aidé.

« Ma relation avec ma mère s’est renforcée au fil des années, mais j’ai toujours senti que les bases fragiles pouvaient changer à tout moment », a déclaré Plank.

Ronit Plank. (Crédit : Mandee Rae)

« J’ai finalement réalisé que ma mère était partie à cause d’elle, et non à cause de moi. Je ne me suis jamais sentie bien comme j’étais. Maintenant, je m’accepte davantage et je communique mieux avec les gens » , a-t-elle déclaré.

Cela a aidé Plank, elle ressent que sa mère est maintenant davantage présente dans leurs conversations et plus disposée à répondre à ses questions.

« J’ai davantage confiance sur le fait que ma mère ne s’enfuira pas. Je n’ai plus besoin d’être sur le qui-vive », a déclaré Plank.

Dans ce qui ne peut être considéré que comme une fin heureuse, Plank et sa mère vivent désormais proches l’une de l’autre à Seattle et sont en contact régulier.

Selon Plank, sa mère est une excellente grand-mère pour ses enfants.

Le père de Plank partage son temps entre New York et Seattle, et toute la famille se réunit le vendredi soir pour le dîner de Shabbat.

Le père de Plank se souvient souvent du temps passé par la famille au kibboutz.

« Il ne fait aucun doute, je serais une personne très différente si nous étions restés en Israël », a déclaré Plank.

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