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Raïssi promet de réprimer les « ennemis » de l’Iran, un manifestant tué

Le président iranien a établi un lien entre Mahsa Amini et un attentat revendiqué par l'EI, estimant que les "émeutes" ouvraient la voie à des attaques "terroristes"

Le président iranien Ebrahim Raissi s'exprimant lors d'une conférence de presse, pendant sa visite à la 77e Assemblée générale des Nations unies, à New York, le 22 septembre 2022. (Crédit : AP Photo/Bebeto Matthews)
Le président iranien Ebrahim Raissi s'exprimant lors d'une conférence de presse, pendant sa visite à la 77e Assemblée générale des Nations unies, à New York, le 22 septembre 2022. (Crédit : AP Photo/Bebeto Matthews)

Les manifestations se sont poursuivies jeudi en Iran et 8 manifestants ont été tués depuis mercredi soir selon une ONG, tandis que les dirigeants iraniens promettaient de punir les auteurs d’un attentat meurtrier contre un sanctuaire chiite perpétré la veille.

Selon Amnesty international, depuis mercredi soir, « les forces de sécurité iraniennes ont intensifié leur recours à la force illégale – notamment en tirant à balles réelles, des plombs métalliques et des gaz lacrymogènes – contre des manifestants et des personnes en deuil qui s’étaient rassemblés dans les provinces du Kurdistan, de l’Azerbaïdjan occidental, de Kermanshah et du Lorestan », faisant 8 morts.

Six semaines après la mort de Mahsa Amini, une Kurde iranienne de 22 ans, qui a été l’étincelle de la contestation, le rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l’Homme en Iran Javaid Rehman a également dénoncé jeudi la « brutalité » du régime iranien et réclamé la création d’un « mécanisme international » d’enquête sur la mort d' »au moins 250 personnes » depuis mi-septembre.

La France a condamné la répression et a indiqué travailler avec ses partenaires européens à de nouvelles sanctions ciblées contre des responsables iraniens.

« Complot »

De leur côté, les dirigeants iraniens ont continué de pointer du doigt les « ennemis » de l’Iran.

Le président iranien Raïssi a semblé établir un lien entre les manifestations déclenchées par la mort de Mahsa Amini – que Téhéran considère comme des « émeutes » – et un attentat revendiqué par le groupe jihadiste Etat islamique (EI) qui a fait 15 morts mercredi dans un important sanctuaire musulman chiite de Chiraz, dans le sud de l’Iran.

Des ouvriers nettoient la scène après une attaque armée au sanctuaire de Shah Cheragh dans la ville iranienne de Shiraz, le 26 octobre 2022. (Crédit : ISNA NEWS AGENCY / AFP)

« L’intention de l’ennemi est de perturber les progrès du pays et ces émeutes ouvrent la voie à des actes terroristes », a-t-il déclaré à Zanjan (nord-ouest), après avoir promis la veille une réponse sévère des forces de sécurité à l’attaque de Chiraz.

Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a lui appelé le pays à s’unir pour combattre le « complot » fomenté par les « ennemis de l’Iran ».

Les dirigeants iraniens accusent principalement les États-Unis, ennemi juré de l’Iran, d’être derrière les événements qui agitent le pays depuis la mort le 16 septembre de Mahsa Amini.

Jeudi, le ministère iranien des Affaires étrangères a aussi convoqué l’ambassadeur allemand Hans-Udo Muzel pour protester contre des propos de responsables allemands « incitant aux émeutes » en Iran, a rapporté Irna.

Des manifestants chantent dans la ville iranienne de Saqez, après l’enterrement de Mahsa Amini (à droite), décédée après son arrestation par la soi-disant police des mœurs, le 17 septembre 2022. (Capture d’écran : Twitter ; avec l’aimable autorisation)

Berlin avait notamment annoncé la veille vouloir encore durcir ses relations avec l’Iran en réponse à la répression du mouvement de protestation.

Manifestations nocturnes

Ce mouvement s’est créé sous l’impulsion de femmes, d’écolières, d’étudiants, ulcérés par le décès de Mahsa Amini trois jours après son arrestation à Téhéran par la police des mœurs.

Cette dernière lui avait reproché d’avoir enfreint le code vestimentaire strict de la République islamique, imposant aux femmes le port du voile en public.

Défiant un lourd dispositif de sécurité, des milliers de personnes se sont réunies mercredi autour de sa tombe à Saghez, sa ville d’origine au Kurdistan, pour un hommage à la fin du deuil traditionnel de 40 jours.

Les manifestations se sont poursuivies dans la nuit et jeudi.

Un rassemblement s’est notamment tenu jeudi près de la ville occidentale de Khorramabad, sur la tombe d’une autre jeune fille, Nika Shahkarami, 16 ans, 40 jours après qu’elle eut été tuée par les forces de sécurité, selon le groupe de défense des droits HRANA basé aux États-Unis.

« Je tuerai, je tuerai, quiconque a tué ma sœur », scandaient les manifestants dans une vidéo publiée par HRANA sur Twitter.

Des jeunes se sont également rassemblés pour lui rendre hommage dans les universités de Téhéran et de Karaj, à l’ouest de la capitale, selon d’autres images partagées.

À Mahabad (ouest), les forces de sécurité ont ouvert le feu jeudi, tuant au moins trois personnes, selon le groupe de défense des droits humains Hengaw.

Ces incidents ont éclaté après l’enterrement d’un manifestant de 35 ans, Ismaïl Mauludi, tué mercredi soir, alors que la foule se dirigeait vers les bureaux du gouverneur, a ajouté l’ONG basée en Norvège, qui défend les droits des Kurdes d’Iran.

Dans la nuit, les forces de sécurité avaient ouvert le feu sur des manifestants à Marivan, dans la province du Kurdistan (ouest), selon une vidéo publiée par Hengaw.

« Mort au dictateur », criaient les manifestants qui avaient allumé des feux dans les rues de la ville voisine de Bukan, selon ce groupe. Des scènes similaires ont été signalées à Ilam, une ville de l’ouest également, proche de la frontière avec l’Irak.

La répression des protestations déclenchées par la mort de Mahsa Amini avait fait au moins 141 morts, dont des enfants, selon un bilan publié mardi par l’ONG Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo.

Une moto du Basij, le groupe paramilitaire iranien, incendiée pendant une manifestation dénonçant la mort de Mahsa Amini, 22 ans, décédée alors qu’elle se trouvait sous la garde de la police des mœurs, à Téhéran, le 10 octobre 2022. (Crédit : AP Photo/Middle East Images)

« Cette année est l’année du sang, Seyed Ali sera renversé », criait un groupe sur une vidéo authentifiée par l’AFP, en référence au guide suprême iranien.

Après ce rassemblement, des manifestants se sont dirigés vers les bureaux du gouverneur dans le centre de la ville, où, selon des médias iraniens, certains auraient eu l’intention d’attaquer une base militaire.

Selon Hengaw, les forces de sécurité ont alors tiré des gaz lacrymogènes et ouvert le feu sur des manifestants, mais on ignorait si ces tirs avaient fait des morts ou des blessés.

La répression des protestations déclenchées par la mort de Mahsa Amini a fait au moins 141 morts, dont des enfants, selon un bilan révélé mardi par l’ONG Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo.

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