Record de diversité, West Point diplôme discrètement son 1 000e étudiant juif
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Record de diversité, West Point diplôme discrètement son 1 000e étudiant juif

La célèbre académie militaire US a fait la une des journaux samedi avec sa promotion de 34 cadets afro-américaines – mais les Juifs ont également célébré une étape importante

  • Des cadets de West Point lancent leur casquette en l'air à la fin des cérémonies de remise des diplômes à l'Académie militaire américaine, le samedi 25 mai 2019, à West Point, New York. (AP Photo/Julius Constantine Motal)
    Des cadets de West Point lancent leur casquette en l'air à la fin des cérémonies de remise des diplômes à l'Académie militaire américaine, le samedi 25 mai 2019, à West Point, New York. (AP Photo/Julius Constantine Motal)
  • Cinq des 12 cadets juifs qui ont obtenu leur diplôme à West Point se tiennent aux côtés du lieutenant-général Darryl A. Williams, surintendant de West Point. Les cadets sont, de gauche à droite : Joshua Fernquist, Andrew Zinner, Noah Carlen, Rachelle David et Ryan Oppenheim (Avec l'aimable autorisation de Glenn Goldman)
    Cinq des 12 cadets juifs qui ont obtenu leur diplôme à West Point se tiennent aux côtés du lieutenant-général Darryl A. Williams, surintendant de West Point. Les cadets sont, de gauche à droite : Joshua Fernquist, Andrew Zinner, Noah Carlen, Rachelle David et Ryan Oppenheim (Avec l'aimable autorisation de Glenn Goldman)
  • Terry Bresnik, promotion de 1969, et Joel Kampf, promotion de 1959. (Cathryn J. Prince/Times of Israel)
    Terry Bresnik, promotion de 1969, et Joel Kampf, promotion de 1959. (Cathryn J. Prince/Times of Israel)
  • Le vice-président Mike Pence salue un cadet diplômé avant de lui remettre son diplôme lors des cérémonies de remise des diplômes à l'Académie militaire américaine, le samedi 25 mai 2019, à West Point, New York. (AP Photo/Julius Constantine Motal)
    Le vice-président Mike Pence salue un cadet diplômé avant de lui remettre son diplôme lors des cérémonies de remise des diplômes à l'Académie militaire américaine, le samedi 25 mai 2019, à West Point, New York. (AP Photo/Julius Constantine Motal)
  • De gauche à droite, le lieutenant en second Noah Carlen, le rabbin David Ruderman, le lieutenant Joshua Fernquist et le lieutenant Rachelle David se tiennent devant les noms de tous les diplômés juifs connus de West Point. (Cathryn J. Prince/Times of Israel)
    De gauche à droite, le lieutenant en second Noah Carlen, le rabbin David Ruderman, le lieutenant Joshua Fernquist et le lieutenant Rachelle David se tiennent devant les noms de tous les diplômés juifs connus de West Point. (Cathryn J. Prince/Times of Israel)

WEST POINT, New York – Lorsque West Point a décerné son diplôme à son 1 000e cadet juif samedi, c’était plus qu’un moment historique.

Pour les 12 cadets juifs diplômés cette année, issus d’une promotion de 980 personnes, et pour les centaines d’anciens élèves juifs qui les ont précédés, ce jalon montre à quel point la vie juive a grandi ici depuis la fondation de l’Académie militaire en 1802.

Cette étape a été franchie en même temps qu’une autre pour l’académie : la promotion de cette année a été la plus diversifiée de l’histoire de West Point, avec un record de 34 femmes afro-américaines ayant obtenu leur diplôme.

Lorsque le lieutenant Noah Carlen, 22 ans, est arrivé à West Point il y a quatre ans, il s’est retrouvé dans la situation unique de vivre avec deux colocataires qui n’avaient jamais rencontré un Juif. Pour quelqu’un qui a grandi à Newton, dans le Massachusetts, qui compte une importante communauté juive, ce fut une expérience révélatrice, mais pas désagréable.

En fait, cela a inspiré l’ancien boy-scout – et seul élève de son lycée à fréquenter une école militaire – à rejoindre la petite population juive de son académie.

« Ici, vous n’avez pas à choisir entre être Juif ou Américain », dit Carlen, qui se spécialise dans la défense aérienne d’artillerie et sera affecté en Corée.

L’Académie militaire américaine, ou West Point, a toujours accepté les Juifs. En effet, la première promotion de diplômés de 1802 était juive à 50 % – bien que la promotion ne comprenait que deux élèves au total. Au cours du siècle suivant, un ou deux cadets juifs y participaient habituellement. Ce nombre a augmenté dans les années 1940, avec cinq à dix participants chaque année.

Une femme cadet de West Point sourit lors de la cérémonie de remise des diplômes à l’Académie militaire des États-Unis, le samedi 25 mai 2019, à West Point, New York. La promotion de plus de 980 cadets qui ont obtenu leur diplôme comprenait 34 femmes noires, soit le nombre le plus élevé de toute l’histoire de l’Académie. (AP Photo/Julius Constantine Motal)

Mais si le nombre de cadets juifs a augmenté, la vie juive n’a commencé à s’épanouir ici que récemment.

« Ce n’était pas difficile parce que vous aviez du mal à être Juif. C’était difficile d’une autre façon. Par exemple, vous deviez aller à la messe le dimanche. Parfois, un rabbin venait de la ville, mais c’était rare », a confié Joel Kampf, qui a obtenu son diplôme en 1959.

Contrairement à aujourd’hui, à l’époque de Kampf, tous les cadets ayant une affiliation religieuse devaient assister à un service religieux au moins une fois par semaine – sauf les cadets juifs qui n’avaient pas leur propre chapelle. Ne comptant que 70 cadets sur un total de 2 400, Kampf et ses coreligionnaires ont utilisé la chapelle catholique, drapé les icônes chrétiennes de tissu et lu fréquemment la Torah entre eux.

En 1982, Kampf a lancé le West Point Jewish Chapel Fund, une organisation indépendante de diplômés et de non diplômés juifs. Ensemble, ils ont amassé plus de 7,5 millions de dollars pour construire un lieu de culte pour le nombre croissant de cadets juifs. Il a été inauguré en 1984.

Située sur une colline entourée d’arbres feuillus, le bâtiment en pierre blanche, qui accueille également la Hillel Academy, offre une vue sur le fleuve Hudson.

Cinq des 12 cadets juifs qui ont obtenu leur diplôme à West Point se tiennent aux côtés du lieutenant-général Darryl A. Williams, surintendant de West Point. Les cadets sont, de gauche à droite : Joshua Fernquist, Andrew Zinner, Noah Carlen, Rachelle David et Ryan Oppenheim (avec l’aimable autorisation de Glenn Goldman)

En plus de l’édifice, il y a une bibliothèque, et le long d’un mur dans un couloir à tapis bleu sont apposées 1 000 plaques de laiton étincelantes – une pour chaque cadet juif connu qui a obtenu un diplôme à West Point.

Le premier est Simeon Magruder Levy. Fils d’un négociant de fourrures et spéculateur, Levy s’est engagé dans l’armée américaine en 1790 à l’âge de 16 ans. Les archives indiquent qu’il s’est distingué pendant la bataille de Fallen Timbers en 1794. Levy est mort en 1807, peut-être de la fièvre jaune.

Il y a également une plaque pour David « Mickey » Marcus, promotion 1924, qui a été parachuté en Normandie le D-Day, puis en Israël pour aider à transformer la Haganah en armée régulière pendant la guerre d’indépendance de 1948. On y trouve aussi celle du lieutenant David Bernstein, diplômé de West Point en 2001, tué en Irak en 2003.

« Une fois que notre édifice était là, nous savions que nous étions reconnus comme Juifs », a expliqué Kampf.

Exposition des 17 récipiendaires de la Médaille d’honneur juive. (Cathryn J. Prince/Times of Israël)

Aujourd’hui, il y a aussi un chœur de cadets juifs, dont les membres comprennent des Juifs et des non-Juifs, ainsi que le West Point Hillel. Chaque année, les cadets participent au Warrior Weekend avec les groupes Hillel des autres académies militaires et les programmes du ROTC (Reserve Officer Training Corps). Les cadets participent également à des travaux d’intérêt général, qu’il s’agisse d’envoyer des colis de premiers secours à Hanoukka aux soldats sur le terrain ou d’aider à repeindre des écoles au Brésil.

L’automne dernier, des officiers de l’armée israélienne ont rendu visite aux cadets, et le Hillel de West Point a également organisé un voyage Birthright en Israël. Des cadets juifs ont participé à des voyages de cueillette de pommes dans le nord de l’État de New York, ont chanté des chants de Hanoukka aux Nations unies à New York et rencontré des survivants de la Shoah et des libérateurs des camps de concentration.

« Le plus important dans la vie juive ici, c’est le sens de la communauté. Etre Juif en Amérique est une question de communauté et de vivre ensemble. C’est ce que nous essayons de faire ici. Nous organisons des barbecues, des spectacles et des soirées cinéma. Nous nous réunissons pour regarder le Super Bowl », a déclaré le capitaine David Ruderman, le rabbin de West Point.

Au-delà des activités sociales, le rabbin Ruderman a indiqué que les cadets étaient encouragés à assumer des rôles de leadership au sein de la communauté juive sur le campus et dans leurs affectations futures au-delà de West Point.

Des cadets de West Point lancent leur casquette en l’air à la fin des cérémonies de remise des diplômes à l’Académie militaire américaine, le samedi 25 mai 2019, à West Point, New York. (AP Photo/Julius Constantine Motal)

Aujourd’hui, des cadets, des membres du corps enseignant, des Juifs de la région et des membres des anciens combattants juifs des États-Unis d’Amérique assistent aux offices du Shabbat et des fêtes juives dans ce havre de paix.

« Pendant l’entraînement de base, c’est un lieu de réconfort, un lieu de détente », explique le lieutenant Joshua Fernquist, 22 ans.

C’est aussi devenu un endroit où Fernquist, qui a grandi à West Bloomfield, au Michigan, a pu explorer le judaïsme comme il ne l’avait jamais fait auparavant.

« Il n’y a pas de pression ici, mais je suis plus en phase avec le judaïsme. J’y ai mis pour la première fois des phylactères, le rabbin m’a appris comment faire », dit-il.

Fernquist, qui se spécialise dans l’aviation et qui sera affecté à Fort Rucker, en Alabama, a affirmé que la communauté juive de l’académie l’avait attiré parce qu’elle est très unie.

Ce sentiment de proximité persiste depuis des années, comme en témoignent les liens affectueux entre Kampf et Robert Rosencranz, qui a obtenu son diplôme avec la promotion de 1961.

Kampf et Rosencranz se moquèrent l’un de l’autre pour savoir qui avait le plus d’endurance au défilé des anciens, qui avait lieu quelques jours avant la remise des diplômes.

« Vous tombiez comme des mouches. Le truc, c’est de ne pas bloquer les genoux. Peut-être voulez-vous une chaise pour vous asseoir », a dit Rosencranz, en montrant l’une des chaises de la bibliothèque.

Terry Bresnik, promotion de 1969, et Joel Kampf, promotion de 1959. (Cathryn J. Prince/Times of Israel)

« Je vais bien. Et on nous a dit que nous avions la marche la plus parfaite », a dit Kampf.

Les raisons pour lesquelles les étudiants choisissent West Point varient, tout comme les choix universitaires pour l’ensemble de la population. Certains, comme la lieutenant Rachelle David, ont su dès leur plus jeune âge qu’ils voulaient servir dans l’armée. Cette jeune femme de 22 ans a grandi à Great Neck, dans l’État de New York, et a fréquenté une yeshiva.

Après l’obtention de son diplôme, David, qui s’oriente vers le génie, aura 57 jours de congés avant qu’elle ne se rende au camp Humphreys en Corée.

Les cadets reçoivent une éducation gratuite de quatre ans, puis servent dans l’armée pendant cinq ans après l’obtention de leur diplôme.

« Il y a une vie juive intense ici, mais il n’est pas possible d’être complètement pratiquant. Je peux manger casher facilement parce que je suis végétarien, mais il n’y a pas de viande casher disponible », explique David.

Il y a des repas casher, prêts à manger – ou MRE, comme on les appelle dans le jargon militaire – pour ceux qui le veulent, bien que personne ne veuille vraiment manger des MRE pendant quatre ans, dit David. Il y a aussi des cours et des entraînements le samedi, donc le respect du Shabbat n’est pas possible.

D’autres cadets juifs, comme Fernquist, sont issus de familles de militaires.

De gauche à droite, le lieutenant en second Noah Carlen, le rabbin David Ruderman, le lieutenant Joshua Fernquist et le lieutenant Rachelle David se tiennent devant les noms de tous les diplômés juifs connus de West Point. (Cathryn J. Prince/Times of Israël)

Le grand-père de Fernquist était sous-officier dans la Marine et a servi en Corée et au Vietnam. Le frère aîné de Fernquist est également allé à West Point, ainsi que son frère cadet, qui en est à sa deuxième année à l’Académie.

Les Juifs américains ont servi dans l’armée américaine bien avant l’ère coloniale. Représentant environ 2,2 % de la population à l’échelle nationale, ils représentent environ un tiers de 1 % de l’armée américaine, a déclaré Anna Selman, ancienne directrice du programme et coordinatrice des relations publiques pour les anciens combattants juifs des États-Unis.

Aujourd’hui, environ 10 000 Juifs servent dans les forces actives et 5 000 dans la Garde nationale et les réserves, selon une enquête réalisée en 2017 par le JWB Jewish Chaplains Council.

Rigoureuse, tant sur le plan académique que physique, West Point est également à l’abri de l’antisémitisme croissant et des défis auxquels sont confrontés les Juifs américains au-delà du périmètre de l’académie.

Les cadets rassemblés dans le couloir ont reconnu que West Point a été un refuge contre l’antisémitisme auquel les étudiants des autres campus sont confrontés.

« Nous n’en avons pas fait l’expérience ici, mais bien sûr, nous sommes conscients de ce qui se passe. Nous vivons peut-être dans une bulle, mais nous ne vivons pas sous un rocher », rapporte Carlen.

Le vice-président Mike Pence salue un cadet avant de lui remettre son diplôme lors des cérémonies de remise des diplômes à l’Académie militaire américaine, le samedi 25 mai 2019, à West Point, New York. (AP Photo/Julius Constantine Motal)

Cette année, West Point enverra 12 jeunes qui serviront de leaders dans l’armée et dans la communauté juive dans son ensemble, a indiqué M. Ruderman.

« Ils combattront l’antisémitisme de par leur façon de vivre. Ils prendront soin des gens et seront au service des gens », a ajouté M. Ruderman.

Ce service est attesté dans la boîte noire contenant les noms de tous les récipiendaires juifs de la Médaille d’honneur, datant de la Révolution américaine. Le travail de Rosencranz, président de Veterans Moving Forward, qui fournit des chiens d’assistance aux anciens combattants atteints de PTSD [Posttraumatic stress disorder ou Trouble de stress post-traumatique], en est la preuve. Et c’est ce qu’atteste l’engagement continu des anciens élèves juifs de West Point.

Se tenant juste devant l’entrée principale du bâtiment, Terry Bresnik, de la promotion de 1969 et président du fonds de l’édifice religieux, a parlé avec le Times of Israël.

« J’ai beaucoup de nachas [fierté] à être ici », a-t-il déclaré.

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